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Théâtre

Mis en ligne le 18/08/2008

Vu pour vous au 49ème Festival de Théâtre de Spa : 8 des 37 spectacles dont 5 des 10 créations et 1 des 3 lectures. Moins de grands textes que d’excellents acteurs


Le succès du Festival de Théâtre de Spa, confié à la dynamique compétente et complémentaire codirection d’Armand Delcampe et de Cécile Van Snick ne se dément pas. Salles combles, spectateurs satisfaits comme semblent l’être aussi les travailleurs du secteur (comédiens et techniciens très professionnels, personnel administratif et d’accueil souriant), la réussite est donc bien là lors de ce rendez-vous annuel.
En dehors de la présence régulière depuis trente ans du Bourgmestre spadois Joseph Houssa et, le deuxième jour, d’un couple discret mais bien connu pour sa disponibilité (cette fois assez peu) estivale, celui formé par l’ancien Ministre André Flahaut et la nouvelle Gouverneur de la Province du Brabant wallon Marie-Josée Laloy, nous avons ces 8, 9, 14 et 15 août croisé peu de monde appartenant au Gouvernement ou au Parlement de la Communauté française directement concernés par cette quinzaine culturelle de haut niveau. Pourtant après trente ans (1959-88) de direction de Jacques Huisman et d’animation par le Théâtre national, dix ans de sélection des spectacles joués à Bruxelles (surtout) et en Wallonie par Billy Fasbender et André Debaar, il serait correct de donner aux codirecteurs actuels les moyens de réaliser un brillant cinquantième anniversaire de cette manifestation majeure de l’art dramatique en Wallonie.
En 1999, la Ville de Spa signait une convention de neuf ans avec Armand Delcampe.
En 2002 le Ministre Richard Miller engageait la Communauté française à Spa jusqu’en 2006. En 2007 et cette année, des avenants annuels ont prolongé ce contrat-programme.
Celui-ci reste en voie de renégociation tant pour 2009 que pour quelques années ultérieures. « En bonne voie », nous dit-on. Acceptons-en l’augure.
La Communauté française se compose de 80% de Wallons et de 20% de Bruxellois francophones. Dans le domaine des subventions théâtrales localisables, la proportion tend vers l’inverse. Mêmes les clés de répartition Persoons – Dehousse d’il y a trente ans (25 % pour Bruxelles, 75 % pour la Wallonie) sont totalement bafouées. N’est-il pas grand temps que quelques députés wallons, évidemment largement majoritaires au Parlement de la Communauté français, se réveillent s’ils n’ont pas la vocation d’être cocus mais content ?
Dans ces conditions, si un rééquilibrage s’opérait ( la solidarité ne pouvant rester à sens unique Wallonie Bruxelles) le demi-siècle du Festival de Théâtre de Spa pourrait déjà revêtir l’ampleur accrue que, par sa qualité, il mérite, tout en étant assuré ensuite de sa pérennité (contrairement aux Nuits musicales de septembre à Liège qui, après un remarquable cinquantenaire l’an dernier, sont devenues l’ombre d’elles-mêmes cette année).
L’Orchestre Philharmonique de Liège sous la direction musicale de Pascal Rophé, crée des œuvres du XXIème siècle (la saison prochaine des compositeurs Aussems, Bertrand, Derochette, Dusapin, Mantovani…) et interprète Dutilleux, Fourgon, Schoenberg, Stockhausen etc… mais cela n’exclut pas de sa programmation 2008-2009 Beethoven, Berlioz, Bruckner, Debussy, Dvorak, Franck, Haydn, Lekeu, Mahler, Mendelssohn, Moussorgski, Mozart, Prokofiev, Rachmaninov, Ravel, Rimski-Korsakov, Schubert, Schumann, Johan et Richard Strauss, Vieuxtemps, Wagner, bref des compositeurs classiques sans lesquels le patrimoine musical mondial serait amputé de ses principales richesses.
Dans le domaine de l’art dramatique, on peut ou non apprécier parmi les auteurs français les Achard, Adamov, Anouilh, Arrabal, Audiberti, Aymé, Beaumarchais, Beckett, Claudel, Cocteau, Corneille, Courteline, Dumas fils, Feydeau, Genet, Ghelderode, Giraudoux, Guitry, Hugo, Ionesco, Jarry, Marceau, Marivaux, Mirbeau, Molière, Montherlant, Musset, Pagnol, Racine, Romains, Rostand, Roussin, Sartre… et parmi les dramaturges s’exprimant en d’autres langues (sans aller jusqu’à « Tåti l'pèrikî » d’Edouard Remouchamps encore que….)
Aristophane, Brecht, Calderón, Eliot, Eschyle, Euripide, Goethe, Gogol, Goldoni, Gombrowicz, Ibsen, Marlowe, Miller, Molina, Obaldia, Pinter, Pirandello, Shakespeare, Sophocle, Strindberg, Tchékhov, Wesker, Williams et bien d’autres.

Comme Bach, Mozart etc., Molière, Shakespeare et la cinquantaine d’autres auteurs cités (et d’autres qui ne le sont pas ici) ne me semblent pas contournables et, à condition que metteur en scène et comédiens s’efforcent de servir au mieux les centaines d’œuvres dont ils disposent grâce à ces dramaturges, nos théâtres sont riches d’un patrimoine qu’ils devraient mettre majoritairement en valeur. Ce serait d’ailleurs le succès assuré. En 2006-2007, le meilleur spectacle représenté à Liège fut (et de loin !) « Le Bourgeois Gentilhomme » de Molière et Lully joué par des comédiens du Théâtre Arlequin renforcé (à l’occasion également de son demi-siècle) par des collègues de Luxembourg et des musiciens trouvés par le « fournisseur de l’intendance » Jean-Louis Grinda qui avait mis le Théâtre Royal et quelques moyens de l’Opéra à la disposition de cette heureuse initiative (je fus le témoin de ce triomphe lors d’une matinée scolaire, les adolescents attentifs réservant une longue ovation aux protagonistes de cette représentation). La saison prochaine l’Atelier Théâtre Jean Vilar à Louvain la Neuve qui est quadragénaire accueille « Le Cid » de Corneille et de Molière « Les Fourberies de Scapin ». Cela vous amuserait de voir ces dernières ? Désolé, ces 5, 6 et 7 mars 2009, c’est déjà COMPLET ! Plus que jamais alors que c’est si mal compris en Outremeuse, le théâtre ce sont de grands textes servis avec humilité par des comédiens talentueux et travailleurs.
A Spa, ces derniers étaient globalement d’un excellent niveau qualitatif. Quant aux textes, ils n’émanaient pas d’une majorité des auteurs classiques précités. Nous avons écouté lors de quatre des quinze soirées, huit des trente-sept spectacles dont la moitié des dix créations. Nous n’avons pas entendu les pièces de deux « claissiques » : Gozzi (père de la Commedia dell’Arte) et Victor Hugo (sa « Lucrèce Borgia »). Par contre, nous avons vu le Labiche. Des auteurs francophones belges contemporains comme Vrebos, Roegiers ou De Decker et français comme Schmitt ou en traduction tel Russel nous paraissent a priori dignes d’intérêt (même si nous n’avons pas pu les apprécier à Spa). Mais envisageons plutôt les pièces découvertes ces 8, 9, 14 et 15 août. Et suivons l’ordre dans lequel nous les avons vues.

Amour,amour

Jacques Henrard est décédé à Tihange le 11 mai dernier. Il avait 88 ans. Cette pièce posthume, tirée d’un de ses romans, met en scène avec la complicité de Cécile Van Snick (qui est aussi la voix de l’institutrice, cette collègue exprimant la foi de l’auteur enseignant) quatre élèves de neuf ans (un fort en gueule, un diabétique gourmand et deux filles complexées par leurs odeur ou leur obésité quelque peu fantasmées).

L’idéalisme de la maîtresse - pour qui la vie, dont l’amour et la mort font partie, est merveilleuse - se heurte à la désillusion de gosses pas toujours désirés et auxquels l’existence ne fait guère de cadeaux. Ce sont quatre jeunes adultes qui, dans un décor ingénieux de Lionel Lesire, incarnent ces gosses. Pari risqué mais gagné : dans leurs monologues et dialogues (la conversation n’étant pas généralisée) ces quatre comédiens se révèlent tout-à-fait crédibles et constituent une distribution qualitativement homogène. Hervé Guerrisi, le « tueur » au canif, Catherine Decrolier, qui n’arrive pas à camoufler ses rondeurs, Pierre Poucet, que seul du chocolat spécial sauve des syncopes et la pauvre Cachou Kirsch, dont la baignoire sans robinet traîne dans le jardin, méritent de vifs éloges. Quant au texte ce n’est pas sans raison que Philip Tirard dans « La Libre » écrit qu’il est « par endroits simpliste », la solution magique résidant selon feu cet auteur utopique mais positif, dans les mots répétés du titre de sa pièce. Celle-ci se jouera à Louvain-la-Neuve du 18 novembre au 4 décembre prochain (au Théâtre Blocry).


L’arbre de joie

Voici un spectacle d’ouverture du Festival qui nous a semblé très apprécié par le public mais très mal accueilli par la critique. Je comprends ces deux réactions car je les partage : j’ai été agacé mais séduit. L’auteur dirige avec Colette depuis dix ans le Théêtre de la Gaîté-Montparnasse à Paris, a écrit quelques pièces qui par leurs titres sentent déjà les effets faciles et s’est spécialisé dans la rédaction de scénarios de séries T.V. et de téléfilms. Il s’est adjoint le plus médiatisé, des cancérologues français le Docteur David Khayat, encensé par les uns, attaqué par d’autres et qui a troqué ici ses instruments pour la plume. L’histoire nous paraît largement rocambolesque : un professeur quasi solitaire car sa réputation a été entachée d’une faute professionnelle est disposé à brûler les étapes et essayer de traiter une patiente avec un médicament produit grâce à des extrait d’un arbre chinois (l’arbre de joie) mais non testé sur des animaux supérieurs.

Il y réussit à l’insu de son assistant amoureux de cette patiente mais ce professeur lui-même constate qu’il est victime d’une forme d’un autre cancer resté incurable. En outre, les décors sont complexes (et ornés d’un squelette inutilement grandguignolesque) et les changements de disposition sont soulignés par huit extraits de musique grave dont quatre de Purcell et d’autres de Vivaldi et même de Satie). Cela brise le déroulement de l’action qui aurait pu faire le choix de la sobriété. Bref n’en jetons plus mais il n’en reste pas moins vrai que les problèmes soulevés nous sommes tous susceptibles d’y être confrontés qu’il s’agisse d’un(e) proche ou de nous-même (ou des deux à la fois !) et d’autres questions comme celle relative à la surexploitation corporatiste de femmes et d’hommes médecins étrangers diplômés de nos universités à un titre qui ne leur permet pas de travailler librement mais seulement comme subordonnés et en étant nettement moins payés que leurs collègues, cela constitue dans divers pays européen une réalité déplorable. Et ce qui sauve tout (à une petite réserve près : dans quelques scènes où il s’exprime assez longuement, en étant de profil par rapport au public, Serge Demoulin adopte un débit rapide et une tonalité insuffisamment élevée ce qui le rend à ces moment trop peu audible), ce sont les qualités des interprètes. Alexandre von Sivers est un salaud ambigu avec le même talent qu’il incarnerait Cyrano, par exemple. C’est je crois la première fois que je découvre deux de ses trois partenaires. Ils se hissent à son niveau. Myriem Akheddiou a le ton parfaitement juste dans le rôle de cette assistante, doctoresse immigrée. Sa prestation enthousiasme. Serge Demoulin passe de la désinvolture à l’angoisse de manière tout à fait crédible. Et dans le rôle de la patiente Stéphane Excoffier confirme ses qualités de grande comédienne sachant aller de l’espoir au découragement, de la fragilité à la dureté . Ces quatre là sauvent la pièce qui sera reprise au Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve du 16 au 19 septembre et du 30 septembre au 5 octobre.

Sur la route de Montalcino

J’aime Montalcino cette grosse bourgade fortifiée sur une colline au sud de la province de Sienne où s’élabore le meilleur vin rouge de Toscane et sans doute d’Italie. Je parlerais des heures de cette région et sans doute est-ce pour cela que je suis allé écouter l’après-midi la lecture de la pièce de Jean-François Viot qui était présent avec jolie épouse et jeunes enfants.
Cette lecture fut vécue par trois des comédiens vus la veille (Alexandre von Sivers incarnant le savant et prêtre wallon Georges Lemaître père de la théorie du Big Bang et Serge Demoulin jouant un mathématicien anglais Fred Hoyle qui se moquait du Gros Boum tandis que Catherine Decrolier devenait la séduisante Madame Hoyle) que rejoignait Grégoire Beldari en truculent aubergiste et le neveu de celui-ci Hervé Guerrisi. Allant au Vatican à l’invitation de Pie XII, la voiture partagée par Lemaître et Hoyle tombe en panne près de Montalcino et s’ils négligent le Brunello (péché peu pardonnable) les savants échangent des arguments sur la naissance de l’univers qui ne manquent ni de vivacité, ni parfois d’humour. Voilà un texte qui mérite assurément de monter sur les planches et si c’était avec les comédiens qui l’ont lu, ce serait une garantie de succès supplémentaire.

Le Voyage

Interprétée par Léonil Mc Cormic (le fils) et Gérard Vivane (le père) deux des meilleurs comédiens bruxellois qui animent souvent le Théâtre de la Valette (où ce spectacle sera repris du 4 septembre au 5 octobre), la pièce de Gérard Aubert « Le Voyage » mise en scène par Eric Lefèvre dans un décor de Christian Ferauge aborde un sujet grave.

Celui de la mémoire des atrocités nazies. Le fils accompagne le père là où il fut déporté : au camp de concentration de Dachau près de Munich. L’un est tourné vers l’Europe en construction, l’autre garde intacte sa haine à l’égard des « boches ». L’oubli coupable contre le souvenir revanchard, le sujet pouvait être riche en lui-même. Y ajouter l’aveu par le père au fils que celui-ci n’est pas l’enfant de celui-là mais bien d’un SS, le rescapé ayant accepté d’épouser la mère pour la sauver de l’opprobre, je ne trouve pas c’est très utile car cela éloigne de la dénonciation nécessaire des horreurs, des tortures, des chambres à gaz. Sans doute y-a-t-il dans la mémoire de ces camps concentrationnaires, trop d’indicible …bien peu théâtral.

L’Amérique

Serge Kribus a écrit, mis en scène et il interprète le rôle principal (celui de Babar) d’une pièce intitulée « L’Amérique » qu’il joue avec Bernard Sens (Jo). Dans les années ’70, Babar étudiant en médecine à Bruxelles en a marre de lui-même car il n’ose rien ni avec les filles, ni avec ce monde qui est pourtant à changer. Il part à Paris et y rencontre Jo qui ne fait rien mais ose tout. Ils vont sympathiser et ensemble quitter difficilement leur jeunesse. Ce spectacle intéressant et joué avec conviction sera repris au Rideau de Bruxelles du 4 au 29 novembre et à nouveau au Théâtre Jean Vilar de Louvain la Neuve du 13 au 16 janvier

Embrassons-nous

Il y a dix ans dans le café-théâtre d’une rue de Bruxelles qui porte le nom d’un des plus grands artistes liégeois (Adrien de Witte) - à « La Soupape » - Pierre Johnen jouait la pièce d’Eugène Labiche « Embrassons-nous Folleville ». A présent, il la met en scène et l’interprète en y ajoutant en hors d’œuvre un autre vaudeville du même auteur « Mon Isménie ».

Il est entouré de six autres comédiens du Théâtre spadois des Sources : Pascale Bonnarens, Stéphane Prijot, Nicolas Sante, Michel Gellée, Nicolas Haesbroeck et Fabrice Pezzetti. Ces histoires de beau-père ayant la prétention de marier leur fille à un autre prétendant que celui qu’elle préfère s’avèrent aussi pétillantes que l’eau de certaines sources de la Cité des Bobelins. Pour s’amuser en faisant ou en regardant du théâtre, Labiche reste un maître incontestable. Et l’équipe du Théâtre des Sources confirme toutes ses qualités et une homogénéité due aux talents de ses membres mais aussi à leur travail.

Tristant et Yseut

Ecrire une légende médiévale attribuée à des trouvères du XIIème siècle, tels le normand Béroul et l’anglo-normand Thomas d’Angleterre, laisse à l’adaptateur une grande liberté d’imagination et Paul Emond ne se prive pas d’en profiter en connivence avec Nele Paxinou qui, une fois de plus, réussit une efficace et harmonieuse mise en scène. Sous le chapiteau des « Baladins du Miroir » qui accueille un public plus diversifié (avec notamment davantage d’adolescents) que le théâtre et les salons qui jouxtent le casino (sans doute parce que la fréquentation occasionnelle du cirque conduit à ce que le chapiteau impressionne moins), plus d’une douzaine de comédiens et de musiciens et chanteurs nous transportent en des temps lointains. Chargé de ramener chez son oncle le roi de Cornouailles, la belle et blonde princesse d’Irlande Iseut, Tristan boit avec celle-ci mais à leur insu un philtre d’amour qui les conduit à trahir la confiance royale en s’aimant ce qu’ils ne pourront continuer à faire qu’en mourant ensemble (bien avant Roméo et Juliette !) Mais tout cela sans que l’on ne s’ennuie une seule seconde tant le spectacle a du rythme, de la saveur, de l’humour, de l’ingéniosité, de l’impertinence, de la magie. Et à nouveau, nos Baladins du Brabant Wallon donnent le goût du théâtre à celles et ceux qui ne le connaissaient pas (tout en confirmant qu’en francophonie l’existence de troupes de comédiens reste envisageable au XXIème siècle)

Mon petit soldat

Il n’est pas banal d’écrire à vingt ans comme Polly Stenham une pièce aussi violente que celle créée à Londres l’an dernier sous le titre « That face » (Quel visage, quel air !), titre curieusement remplacé dans l’adaptation française de Marianne Groves par… « Mon petit soldat » appellation donnée par une mère alcoolique à son fils obnubilé par elle.
Cette famille déchirée est, dans une mise en scène de Tanya Lopert, remarquablement interprétée par Marie-Line Lefebvre et Anaël Snoek (la mère et la fille) Frédéric Lepers et Laurent Micheli (le père et le fils) Deborah Amsens et Emilie Hermans (condisciples dominante et dominée de la fille). La torture au pensionnat, la drogue administrée à l’insu de sa victime, un père indifférent au sort de ses enfants et de la femme qu’il a abandonnée en faveur d’une asiatique docile, un fils perturbé qui déserte ses études, une fille qui s’isole et vole des tranquillisants, une mère dépressive et alcoolique : le monde qui nous est décrit est d’un noir opaque, sans ébauche de solution. Espérons que cette œuvre ne soit pas trop autobiographique.

La Molière

J’ai acheté (ce que je fais rarement par manque de temps et parce que mon épouse estime que mes bibliothèques débordent) le texte d’une pièce. Celle de Joëlle Gardes : « La Molière (ou Madeleine B.) ». Interprétée pendant une heure par la grande comédienne française Frédérique Tirmont (nominée aux Molières 1999 et 2007) qui incarne, seule en scène sous la lune rousse, Madeleine Béjart à la fin de sa riche existence de femme en lutte contre les contraintes de l’ancien régime et contre le machisme de son génial Jean-Baptiste (Poquelin dit
Molière), qu’elle continue à aimer, cette œuvre est rédigée dans une langue qui après l’échec de l’Illustre théâtre des Béjart, fait honneur à la « troupe de Molière et de la Béjart » qui devint successivement celle du Prince de Conti, puis celle de Monsieur, avant d’être enfin la troupe du Roi qui plus tard donna naissance à la Comédie française. La maîtrise linguistique et scénique qui caractérise (pour parler comme tout le monde) ce «seule en scène» nous permit de quitter le Festival avec l’envie d’y revenir lui souhaiter un grand cinquantième anniversaire l’an prochain.





Jean-Marie ROBERTI