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Musique

Mis en ligne le 10/08/2008

Notre Opéra en 2008-2009


La brochure de l’Opéra Royal de Wallonie présentant sa saison 2008-2009 s’ouvre par un article de son président, le Bourgmestre Willy Demeyer qui écrit d’abord que l’offensive vers les moins de 26 ans permet au public jeune de représenter désormais près du quart de l’audience de la grande maison lyrique liégeoise.
Il souligne, ensuite, qu’avec plus de 46.000 spectateurs (en fait plus de 51.500) la fréquentation est en hausse grâce, en particulier et entre autres, à une progression de 50% des abonnés néerlandais.
Et , enfin, il se réjouit d’une programmation qui, centrée sur l’Italie berceau de l’Opéra, a su plaire à tous les publics.
Certes quelques Brabançons (ces ennemis héréditaires des Liégeois) grognent au sujet d’une telle programmation « trop traditionnelle » à leur goût. Ils contestent la priorité donnée aux qualités de l’expression vocale qui prendrait le pas, selon eux, sur la mise en scène proprement dite. Mais, par exemple, dans un passé récent, ces mêmes critiques ne mettaient nullement en cause les anachronismes si contemporains (par exemple un vélo qui se balade sur la scène d’un opéra de Mozart) tels qu’ils étaient conçus par des génies nombrilistes préférant plutôt que de servir les œuvres programmées, se servir d’elles en vue de leur notoriété personnelle.

Ajoutons que non seulement la critique médiatique est devenue très largement une chasse gardée d’une Capitale multiple (celle de l’Europe, du Royaume, de la Communauté et de la Région flamandes, de la Communauté française et de la Région Bruxelles… - Capitale) et bien entendu ces dix-neuf communes ne supportent jamais la moindre critique venue de … provinciaux. En plus « chez ces gens-là, Monsieur », comme le disait Brel, on ne cherche même pas à comprendre que l’histoire sociale du XXème siècle a rendu partiellement italienne l’agglomération liégeoise qui a, dès lors, intégré naturellement comme une des composantes de sa propre culture le Bel Canto autant que la cuisine transalpine. Il est malaisé de leur expliquer que la ville la plus septentrionale du monde latin devient de plus en plus méridionale (Maghrébins et Turcs ayant succédé aux immigrés du Mezzogiorno et d’autres régions italiennes). Bruxelles n’est, pas plus que Mons, la capitale culturelle des Liégeois qui lorsqu’ils sortent des anciennes limites de leur principauté, tels César Franck ou Georges Simenon, se tournent d’abord vers Paris, sans renier Rome ni Athènes.
En dépit de ces grognements des (re)centralisateurs, le bilan de l’O.R.W. est donc positif mais, en outre, ses perspectives à moyen terme (après travaux) s’annoncent excellentes.

Eppur…si farà ! (*)

La très problématique négociation en vue d’une rénovation complète et d’une extension en hauteur du Théâtre Royal vient, en effet,d’aboutir positivement. Elle devra s’effectuer en deux ans de mai 2009 à l’été 2011 et coûtera (parlons en francs belges pour être compris) 1.100 millions. La Ville prendra à sa charge 14,3% (soit 157 millions mais dont les deux tiers soit 105 millions restent subsidiables), l’Europe (Feder) assumera 38,1 % de la dépense (soit 420 millions) et la Région wallonne (qui à défaut d’être compétente dans le domaine culturel a heureusement un ministre liégeois attentif au Patrimoine) a accepté de participer pour près de la moitié à cette transformation de fond en comble, en versant 524 millions soit 47,6%. Stefano Mazzonis applaudit (dans « La Gazette de Liége ») un projet « fantastique, simple et efficace, beau et novateur » ajoutant « j’en suis encore étonné, la rénovation aura bel et bien lieu, et sera de taille. Les différents acteurs ont été efficaces », ce qui semble en effet nécessaire pour permettre aux Wallons de vaincre le scepticisme italien … Même les panneaux photovoltaïques sont prévus pour économiser l’énergie.

Quelques chiffres

En 2007-2008, l’O.R.W. a accueilli 51.574 spectateurs dans sa grande salle d’un millier de places. dont 13.045 moins de 26 ans (un quart) auxquels il convient d’ajouter 2.500 jeunes qui visitent le théâtre.
L’O.R.W. comptait 2.782 abonnés (1617 aux huit principaux spectacles, 312 à des « groupes lyriques » et 853 à quatre spectacles). Le public « eurégional » s’avère particulièrement fidèle : ces spectateurs « étrangers » sont plus de 5.000 : 3.818 Néerlandais et 1.440 Allemands). La saison dernière, le nombre de spectacles ouverts au public fut de 85. Parmi les dix principales productions, six étaient nouvelles et autant ont été réalisées par l’O.R.W. et ses ateliers.
Soulignons aussi que notre Opéra occupe à Liège et dans ses ateliers d’Ans quelque 275 personnes . Plus d’une septantaine de musiciens, presqu’autant de techniciens (des machinistes jusqu’aux couturières) et près de quatre douzaines de choristes, autant de responsables artistiques et administratifs et une quarantaine de personnes pour l’accueil dans la salle et aux bars. Le budget annuel est de l’ordre de 17 millions d’euros (686 millions de francs), les subventions publiques atteignant 13 millions d’euros (524 millions de francs) soit les trois quarts des dépenses. Ces chiffres se situent vraisemblablement entre le tiers et la moitié des comptes et budgets du Théâtre Royal de la Monnaie.

Arrivabeni, Seminara et Rasquin

Dès le début de la saison 2008-2009 le directeur général et artistique Stefano Mazzonis di Pralafera aura, sur le plan musical, à ses côtés, conformément à ses souhaits, un directeur de la musique, le maestro Paolo Arrivabeni - qui dirigera « Macbeth » et « La Traviata » de Verdi et (en version concertante au Forum) « Lucrezia Borgia » de Donizetti - et, comme chef des chœurs, Marcel Seminara qui remplace celui qui remplissait cette fonction depuis plus d’un quart de siècle, le plus liégeois des Maastrichtois Edouard Rasquin. Si nous nous étions réjouis de l’arrivée de Stefano Mazzonis et si nous avions le 18 novembre dans Proxi-Liège commenté favorablement le choix de Paolo Arrivabeni, nous nous étions par contre inquiétés d’un possible licenciement de Monsieur Rasquin dont nous avions souligné les qualités professionnelles et, en outre, l’excellent réseau de relations artistiques de haut niveau qui est le sien au sein du Sud-Limbourg néerlandais.

Nous pensons être parmi ceux qui ont été entendus puisque deux fonctions ont été confiées à M. Rasquin au sein des Directions générale et musicale de l’Opéra. Auprès de la direction générale il devient chargé de mission de l’O.R.W. aux Pays-Bas (tâche dont l’importance s’accroît encore du fait des accords signée entre la Province néerlandaise du Sud-Limbourg et l’O.R.W. : voir Proxi-Liège du 23 juillet dernier). Et au sein de la direction musicale, il est à présent « chef d’orchestre associé » ce qui signifie concrètement qu’il dirigera notamment (outre sans doute certains concerts dominicaux) les concerts d’été de ces 16 et 17 août, les concerts de gala des 30 août et 19 septembre à Maastricht et Heerlen, la version « jeune public » de « la Flûte enchantée » de Mozart les 22 et 26 octobre (outre les représentations scolaires) et les opéras « Ariane auf Naxos » de Richard Strauss et « Fra Diavolo » d’Auber les 3 février (au lieu de Patrick Davin) et 2 mai (à la place du Maestro Giovanni Antonini).Bref ce n’est ni la retraite ni le chômage et on ne peut que s’en réjouir dans l’intérêt de l’O.R.W..

Les jeunes toujours prioritaires

Dans la brochure de présentation de la saison 2008-2009, les deux premiers paragraphes de l’éditorial du Directeur général et artistique de l’O.R.W. Stefano Mazzonis di Pralafera sont clairs (et judicieux) :
« La dynamique lancée pour cette saison à la direction de l’ORW se poursuit et se développe encore : les jeunes ont accès à l’opéra à des conditions extraordinairement favorables parce qu’ils sont le public de demain et que notre mission est de les initier à cet art fabuleux.
» Outre les formules tarifaires dont ils bénéficient pour l’ensemble de la saison, nous proposons, cette année encore, deux spectacles qui leur sont spécialement destinés : « La Flûte enchantée », où les enfants entrent dans le monde de l’opéra en chantant eux-mêmes certains chœurs, et « La Forêt bleue », un opéra rare inspiré des contes de Perrault. »
Et l’on peut ajouter que l’Opéra de Gluck « Paris et Hélène » (Paride ed Elena) réunira une trentaine de jeunes chanteurs d’Italie et de chez nous qui ont travaillé plusieurs mois ensemble à Livourne puis à Pise dans le cadre de l’opéra-studio de Toscane, le rôle titre ayant été attribué à Nicolas Ziélinski, lauréat l’an dernier du Concours international de chant de Verviers. Par ailleurs l’ORW, le Teatro Real de Madrid et l’As.Li.Co (Association lyrique de Côme) organisent dès ce 1er octobre un concours européen pour la composition d’un opéra pour enfants au lauréat duquel sont garanties plus de cent représentations dans les trois pays organisateurs !

La saison 2008-2009

La saison 2008-2009 comprend au Théâtre Royal de Liège 49 représentations de sept opéras (représentations auxquelles il convient d’en additionner deux à Heerlen et trois à Charleroi mais aucune à Bruxelles), trois représentations (toujours au Royal) des deux opéras « pour jeune public » et un prestigieux récital du beau et talentueux ténor péruvien Juan Diego Flórez ainsi qu’en fin de saison au Forum deux représentations de Lucrèce Borgia en version concertante et le Requiem de Verdi.

Il y aura trois premières à l’ORW et les nouvelles productions de notre Opéra alterneront avec des productions du Communale de Bologne et de l’opéra studio toscan ainsi qu’avec des coproductions où l’ORW (re)trouvera deux fois Monte-Carlo et une fois Metz, Bordeaux, Toulouse et l’Opéra Comique de Paris. A cela s’ajoutent encore le cycle « Dimanche en (neuf ) concerts » et quatre productions du Petit Théâtre qui accueille les Midis du Jazz (huit mercredis) et l’Académie Grétry.
Quelles œuvres, quels artistes à quelles dates me demanderez-vous ? « Macbeth » et « La Traviata » de Verdi , « Il Barbiere di Siviglia » de Rossini et, pour les fêtes de fin d’année, « La Chauve souris » de Johann Strauss totaliseront le plus de représentations (39 à elles quatre) ce qui conduira les deuxième et troisième spectacles à demander des « doubles distributions ».
Mais, comme je n’ai plus l’intention de paraphraser ce qui existe je vous renvoie au site www.operaliege.be (ou orw.be).
Voir aussi les versions spécialisées de ce site comme par exemple : http://medias.operaliege.be/documents/programme_secondaire_2008-2009.pdf

Excellente saison lyrique !

Jean-Marie ROBERTI

(*) Nous avons volontairement mélangé deux citations célèbres (que vous trouverez dans les pages roses des vieux « Petit Larousse ») : « Eppur, si muove » (« Et pourtant elle tourne ») phrase attribuée à Galilée quand l’église catholique l’obligea à se rétracter au sujet de la rotation de la terre et « Italia (L’) farà da sè », l’Italie le fera par elle-même, elle n’a besoin de personne pour réaliser sa propre unité. « Eppur, si farà », c’est ce que Stefano Mazzonis pourrait dire à Willy Demeyer et à ses administrateurs ainsi qu’aux Ministres de la Région wallonne au sujet de la rénovation de l’Opéra : « Et pourtant elle se fera » bien qu’on y croyait peu…



Nos photos :
- Cinzia Forte, la première des deux Violetta, rôle titre de « La Traviata »
- Une photo (pas tout-à-fait récente) d’Edouard Rasquin,notre ancien Chef des Chœurs, à présent Chef d’orchestre associé et chargé de mission aux Pays-Bas.
- Le remarquable ténor péruvien Juan Diego Flórez