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Société

Mis en ligne le 01/08/2008

M. Zaïr Kedadouche


C’est en principe à la fin de ce mois d’août, que l’actuel Consul Général de France à Liège M. Patrick Fers, quittera la Cité ardente pour de nouvelles missions dans l’hexagone.
Si son remplaçant n’a pas encore été officiellement désigné par le Quai d’Orsay, un vent favorable (mais bon tout peut encore arriver, soyons prudent) vient de nous apprendre que le successeur de M. Patrick Fers devrait être M. Zaïr Kedadouche.
Le moins que l’on puisse dire, à la lecture de son curriculum vitae que l’on peut aisément reconstituer sur Internet où pas moins de 499 pages lui son consacrées, est qu’il s’agit d’un personnage, non seulement haut en couleur, mais également doté d’un caractère assez inouï. Je ne trouve pas d’autres mots. Je ne crois pas non plus me tromper en prédisant qu’à Liège, ville dont la densité multiculturelle est importante et où l’on voue au sport, au football en particulier, un intérêt plus que démesuré, il devrait rapidement s’y faire de nombreux amis.
Si nos informations sont exactes, M. Zaïr Kedadouche devrait entrer en fonction d’ici le début septembre. Il représentera la France à Liège avec comme ressort consulaire, les Provinces de Liège, de Namur et du Luxembourg.

Il n’y a pas qu’en Amérique qu’on réalise ses rêves

De part sa naissance, Zaïr Kedadouche est Français et un peu Chti, puisqu’il est né à Tourcoing le 9 août 1957. Il est aussi Kabyle de par ses parents dont la famille éleva 6 enfants. Orphelin de père dès l’âge de 6 ans, le futur Consul Général de France à Liège grandira dans un bidonville d’Aubervilliers. Dans un portrait écrit pour Génération Terrain par Camille Vincent on peut y lire : «Mon père a fait de la taule. Il était FLN. Il est mort quand j’avais 5 ans. La famille voulait qu’on rentre en Algérie. Ma mère a décidé qu’on resterait. Elle mettait déjà 5 minutes pour écrire son nom…» Le parcours commence ainsi, de manière un peu chaotique. Mais il y a cette curiosité qui le pousse et quelques mentors, à commencer par un vieux voisin, Monsieur Francis, un «bon Gaulois» qui apprend à la tribu Kedadouche à écrire et à lire – le Parisien essentiellement - supportant les chapardages ("on lui piquait tout" reconnaît-il comme s'il parlait d'un autre), méchancetés et autres ingratitudes enfantines. Puis, la vie s'est chargée de lui montrer qu'il faut toujours croire en sa bonne étoile… »
Et il y a cru, démontrant ainsi qu’il n’y a pas qu’en Amérique que l’on, peut réaliser tous ses rêves.

Footballeur pro pendant 12 ans

Coursier, gardien de musée, professeur de technologie, Zaïr Kedadouche sera même un footballeur professionnel pendant 12 ans, de 1975 à 1987.

C’est ainsi qu’il évoluera d’abord au CS Sedan Ardennes, puis au Paris Football Club pour terminer à l’AS Red Star, le club mythique de Saint-Ouen en Seine Saint-Denis où son entraîneur n’était autre qu’un certain Roger Lemerre qui a été l’adjoint d’Aimé Jacquet (champion du Monde 1998) et qui a amené la victoire des « Bleus » à l’Euro 2000.

Etudiant jusqu’à 35 ans

Parallèlement – pendant plus de 10 ans en tout cas – à son activité footballistique qui lui permettait de vivre, Zaïr Kedadouche a suivi des études supérieures, et pas vraiment les plus faciles. Voyez son cursus
De 1982 à 1984 DEUG de Sciences Humaines à l’Université Paris 8 ; de 1984 à 1985 DUT gestion des Entreprises et des Administrations à Paris 13 ; de 1989 à 1990 Professeur Certifié en Technologie Gestion (CAPET) ; en 1991-92 préparation suivie à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris du concours d’entrée à l’Ecole Nationale Administration (ENA). En outre il parle et comprend bien l’anglais.

Avant, pendant et après : il est infatigable

En 1983, Zaïr Kedadouche co -organise la « Marche des Beurs » ; en 1984, il obtiendra le diplôme d’Etat d’Educateur Sportif de 1er degré pour le football ; en 1988, il devient un des créateurs du 1er trophée Sport et Intégration avec le Red-Star. De 1988 à 1992 il est professeur de gestion (notamment pendant trois années scolaires à la Chambre de commerce de Paris). En 1988 également, il est un des principaux créateurs de l’Association pour le Musée d’Histoire de l’Immigration (AMHI).
De 1993 à 2003, Zaïr Kedadouche fut dix-sept fois intervenant dans les colloques de « Migration Dialogue » (Université de Davies en Californie) sur les thèmes liés à la problématique urbaine et migratoire : à Nuremberg, Berkeley (1993), San-Diégo 94, Paris 95, Chicago 96, Berlin 97, Miami 98, Lyon , Casablanca, Munich 99, Florence, Guadalajara, Tokyo 2000, Istanbul 2001, San-Domingue 2002, San-Diégo 2003 et Berkeley 2003
En 1992, il se lance dans la politique sous les couleurs de Génération Ecologie, le mouvement de Brice Lalonde et est élu Conseiller régional d’Ile-de-France jusqu’en 1998, et membre de la commission des Sports, du Tourisme et de la Jeunesse d’une part et de celle des Affaires Internationales d’autre part.
Depuis 1992, il a présidé l’association « Intégration France » dont l’objet est de favoriser l’intégration économique, sociale et culturelle des jeunes d’origine étrangère. Et depuis la même date, il est aussi Délégué Général adjoint de l’association « Entreprendre Ensemble » dont l’objet est de cautionner financièrement des projets de création d’entreprises.
En 1993 il fut un leader du programme international d’échanges organisé par la Fondation américaine German Marshall Fund. En 1994, il accompagna un groupe de jeunes en allant découvrir les Etats-Unis lors de la Coupe du Monde de football.En 1995, il devint membre du Comité Régional d’Ile de France pour l’organisation de la Coupe du Monde 98.

Devenu un « compagnon de route » du RPR, Zaïr Kedadouche entre en 1995 comme Conseiller technique au cabinet d’Eric Raoult, ministre délégué à l’Intégration et à la Ville dans le gouvernement d’Alain Juppé.
En 1996, il publie son livre « Zaïr le Gaulois » paru aux éditions Grasset. De 1996 à 1999, il fut Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris où il donna un cours sur la politique de la ville. Depuis 1997 Zaïr Kedadouche est Chargé de Mission à l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) où il est rapporteur à la Commission des Marchés des Organismes de Sécurité Sociale. Il sera aussi responsable de délégations française lors de nombreuses conférences internationales.
En 1999, avec Frédéric Salat-Baroux, qui fut secrétaire général de l’Elysée sous la présidence de Jacques Chirac, il avait réalisé, pour le compte d’Alain Juppé, un rapport sur l’immigration qui, à l’époque, avait fait grincer des dents.
En Septembre 2000, il fut choisi comme Auditeur de la 53ème session de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN). De Septembre 2000 à 2002, il fut Membre de la Section du Travail au Conseil Economique et Social où il proposa une étude sur le sport professionnel.
En Mars 2001, il devint Conseiller du 17ème Arrondissement de Paris et délégué à la Jeunesse auprès du Maire Françoise de Panafieu.
Il créa aussi un Prix littéraire sur la Ville et la Citoyenneté, et il participa à un ouvrage collectif «La Tyrannie des Bien-Pensants », paru aux éditions Economica (2002). Il sera également l’auteur de « La France et les Beurs », paru à La Table Ronde en 2002.
En Octobre 2002, M. Zaïr Kedadouche fut choisi comme Membre du Haut Conseil à l’Intégration et en juin 2003, désigné comme un des membres de la mission de préfiguration du centre de ressources et de mémoire de l’immigration présidé par l’ancien ministre Jacques Toubon.

Lu aussi à son sujet: dans le Figaro et dans un article intitulé «Zaïr Kedadouche, un «Beur-geois» à l’Elysée » :
"La crise des banlieues qui éclata en France en novembre 2005 conduisit le secrétaire général de l’Elysée, Frédéric Salat-Baroux, à le recruter. Zaïr Kedadouche disait s’être pleinement reconnu dans les propos de Jacques Chirac ux jeunes des quartiers en crise auxquels le Président avait déclaré qu’ils étaient « les filles et les fils de la République ». «C’est la première fois qu’on me disait que j’étais français », confiait-il. Zair Kedadouche qui ajoutait : « Les jeunes ont ressenti la même chose que moi. Les Beurs aiment Chirac, parce que Chirac aime les Beurs ».
Dès le début de l’année 2006 jusqu’à la mi-mai 2007 (moment de la passation de pouvoir à l’Elysée) Zaïr Kedadouche fut donc Conseiller technique à la Présidence de la République française en charge de la vie associative.
"Zaïr Kedadouche incarne aujourd’hui cette « beur-geoisie » dont il prédisait l’émergence dans son livre « La France et les Beurs».
Mais il n’a pas suivi le cursus ministériel traditionnel des membres de cabinet. « Il a dû se construire par lui-même ; c’est un self made man, pas un pistonné », souligne Malek Boutih, qui malgré les divergences politiques, vante « sa ténacité, son optimisme et sa fidélité à ses convictions ». « Zaïr n’est pas de ceux qui frappent à la porte du PS quand la gauche est au pouvoir puis à celle de l’UMP quand c’est la droite », souligne l’ex-président de SOS-Racisme.
(….Zaïr Kedadouche) ce républicain laïc, ce musulman athée, revendique son droit de vivre comme tous les Français, sans renier ses origines.
A l’Elysée, il se dit « heureux » de faire ce qu’il aime." Il est aussi papa d'une fille de 20 ans.

Et comme le dit aussi Camille Vincent : «C'est l'histoire d'un Beur qui voudrait dépasser le stade du témoignage, qui bosse et qui y croit. Il a raison: Zaïr, en arabe, ça veut dire la chance. »

Signalons également que Zaïr Kedadouche a été fait Chevalier de l’Ordre National du Mérite (en 1995) et Chevalier de la Légion d’Honneur (en 2003).

Quand nous écrivions qu’il s’agissait d’un personnage hors du commun, nous ne nous trompions pas. Bienvenue à Liège M. Zaïr Kedadouche!!!

Les photos de haut en bas :
- M. Zaïr Kedadouche, futur Consul Général de France à Liège
- Le même sous le maillot du Red Star
- Il aime se déplacer dans Paris en Vélo-Solex





Gaston LECOCQ