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Cinéma

Mis en ligne le 07/05/2008

Cinéma Sauvenière


Si ce vendredi 9 mai vous rencontrez dans le centre de Liège, une joyeuse fanfare colorée précédée d’une accorte éléphante, ne croyez pas qu’il s’agisse d’une parade publicitaire pour un cirque quelconque. Non. C’est tout simplement la façon ludique et originale que le conseil d’administration des «Grignoux» a mis sur pied pour fêter l’inauguration de son projet « Le Cinéma Sauvenière » qui a lieu le soir même place Xavier Neujean.
De cette inauguration, nous ne vous en parlerons plus puisque nous n’y avons pas été invités. Par contre, la semaine dernière nous l’étions pour la présentation «presse », à laquelle participait les ministres Jean-Claude Marcourt (Région wallonne) et Fadila Laanan (Communauté française) ainsi que le bourgmestre Willy Demeyer.

Un petit bijou architectural pour 4 salles et 800 places

On aime ou pas. Tout est fonction de la subjectivité de chacun. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié l’architecture en courbe et en obliques, ses volumes rapportés, ses larges baies vitrées, un accès lumineux, une cafétéria –brasserie de 250 places, claire, tournée vers un futur jardin public et ses espaces rencontres transformables pour d’autres activités musicales ou artistiques. Une harmonie de matériaux résolument modernes, puisqu’il s’agit de béton, d’acier et de verre, en noir et blanc et en vert dans des tons agréables.
Cette architecture qui va sans doute en époustoufler plus d’un, on la doit au bureau « Vers plus de bien être » ou « V+ » emmené par trois architectes Thierry Decuypere, Jörn Aram Bihain et Shin Hagirawa, âgés respectivement de 34,35 et 36 ans.
Le bébé des «Grignoux» comporte 4 salles : l’une de 300 places, 2 de 200 et la dernière petite de 100 places. Et si l’on compte les espaces publics, on pourra raisonnablement parler de 5 ème salle, le tout étant accessible et aménagé pour les personnes à mobilité réduite. Bref, nous ne vous dirons pas plus. Situé en plein cœur de la ville, c’est un cinéma à visiter, même si vous ne souhaitez qu’y prendre un verre ou y déguster le « plat du jour ».

10 millions pour une «Entreprise culturelle d’économie sociale alternative»

Si l’ASBL «Les Grignoux» entend bien poursuivre sur sa lancée d’éducation permanente et alternative (l’art cinématographique pour le plus grand nombre e.a.) l’ouverture du cinéma Sauvenière qui fonctionnera avec les salles du Parc et du Churchill, en a fait une véritable entreprise culturelle d’économie sociale alternative.

- Entreprise : (et c’était pour cela que Jean-Claude Marcourt était présent – aide à l’emploi), «Les Grignoux», avec l’ouverture de ses nouvelles salles occupera dans la Cité ardente une cinquantaine de travailleurs en plus ce qui portera son effectif à quelques 105 personnes (dont environ 67 équivalents temps pleins).
- Culturelle : (d’où la présence de Fadila Laanan) depuis 1975, «Les Grignoux» dont le but était de rassembler diverses associations liégeoises autour d’un projet de maison de la culture alternative, a parfaitement réussi son pari et continue. On lui doit notamment les premières séances de cinéma d’art et d’essai au « Parc » dès 1979 puis régulièrement depuis 1982. L’année suivante il entame ses séries de matinées scolaires et crée en 1990 «Ecran large sur tableau noir», avec des dossiers pédagogiques qui seront connus dans toute la Communauté française. C’était ensuite en 1993, l’ouverture du Churchill permettait dans trois salles, d’y projeter des films du monde, moins commerciaux et qui méritaient d’être connus du grand public pour un prix vraiment démocratique.

« Les Grignoux » culturel, c’est aussi le dialogue qu’il a établi avec les lecteurs de son journal tiré à 60.000 exemplaires. Il y a aussi ses soirées événementielles, ses projets collectifs avec les habitants du quartier (La Caravane des quartiers à Droixhe)…C’est aussi la volonté affichée de continuer dans cette voie avec ses 4 nouvelles salles.
- Social et alternatif : Depuis sa création, «Les Grignoux» ont laissé le pouvoir de décision à ses travailleurs et les bénéfices réalisés sont destinés à l’améliorations de leur politique salariale. Ce qui fait dire à Jean-Marie Hermand, co-fondateur des Grignoux : « L’ASBL Les Grignoux, montre ainsi qu’un autre type de fonctionnement est possible, où les travailleurs sont partie prenante de l’association grâce à une participation active aux organes de décision mais également aux structures mises en place dans la gestion quotidienne de leur outil de travail (groupes de travail, réunions sectorielles, gestion de caisses et de budgets particuliers, etc.).
Nous sommes convaincus que c’est en donnant la parole et les moyens d’action aux citoyens dans un maximum de lieux et dans leur vie quotidienne (et pas seulement dans l’isoloir le jour des élections) qu’une autre organisation sociale, plus équitable et basée sur l’intérêt collectif, verra peut-être le jour. Elle pourrait s’appeler… l’autogestion. C’est en tout cas ce que vise l’ASBL dans son propre fonctionnement.»
Et le coût de ce petit bijou ? 10 millions d’euros dont 2,5 provenant des Grignoux, 4 millions de la Communauté française et 3,5 millions du Feder (Fonds européens de développement régional).
Et si Willy Demeyer était présent, c’est parce que la Ville de Liège est propriétaire du terrain et qu’elle finance également la réalisation de la place publique se trouvant au centre du cinéma et qui sera le carrefour piétonnier de la circulation venant directement du boulevard de la Sauvenière vers la place Xavier Neujean, mais aussi directement vers le cinéma Sauvenière.

Et la programmation ?

Comme l’expliquera Dany Habran, le responsable de la programmation, « L’actualité cinématographique belge et surtout wallonne vit souvent des situations extrêmement paradoxales. D’un côté, une œuvre est encensée par la critique ; elle fait la une des grands quotidiens le mercredi, et les journalistes des radios et télévisions ne sont pas en reste. Par contre, elle reste invisible dans la grande majorité des villes wallonnes où Liège fait figure d’exception avec les salles du Parc et du Churchill. Face à cet état des lieux, la programmation du Sauvenière se doit de rester fidèle au cinéma d’auteur, aux productions émergentes, à la découverte d’œuvres fragiles encore mal identifiées par le public, aux films nationaux, européens mais aussi aux perles venues d’autres continents. »

La programmation aura l’occasion de se nicher dans l’écrin des différents sites qui, en fonction de leur spécificité, offriront leur coloration aux œuvres qu’ils accueilleront.
- La salle rouge du Parc privilégiera toujours l’événementiel avec son rideau, ses 424 places, son café attenant (avant-premières, films, concerts, soirées militantes avec débats,…)
- Le bleu du Churchill continuera à accueillir la mémoire du cinéma, qui pourra s’élargir avec davantage de séances, des rétrospectives, des colloques et des collaborations plus étroites avec la Cinémathèque royale de Belgique et l’Université de Liège. L’intimité feutrée du Churchill permettra par ailleurs d’amplifier un travail de défrichage des cinématographies novatrices, ainsi qu’une exploration des différentes facettes du cinéma contemporain.

- Le nouvel espace du Sauvenière jouera la carte du vert avec jardin et brasserie.
Des lieux qui susciteront l’animation et qui seront en affinité aussi bien avec des films haut de gamme bénéficiant d’une belle résonance critique et médiatique, qu’avec des découvertes qui doivent encore bénéficier de l’effet favorable du bouche à oreille. On y donnera d’ailleurs le tout nouveau « Indiana Jones » dès sa sortie, mais en version originale. Mais tout cela à partir du 21 mai.

Et la première semaine ?

La première semaine de fonctionnement du cinéma Sauvenière sera l’occasion d’une grande fête du cinéma et de la musique.

- lundi 12 mai : avant-première (Eldorado de Bouli Lanners, (en avant première mondiale), Chacun son cinéma, film collectif de 34 réalisateurs primés à Cannes, et d’autres avant-premières encore)
- mardi 13 : CLAP ! Courts métrages (On en reparlera)
- mercredi 14 mai : documentaires exclusifs dont notamment HF6 : le film et d’autres et aussi Les enfants du paradis de Marcel Carné.
- jeudi 15 mai : Le sacrement de Hugo Claus et Avant que j’oublie de Jacques Nolot
- vendredi 16 mai : la Nuit du court (en collaboration avec le Festival du Court métrage de Bruxelles)
- samedi 17 mai : La personne aux deux personnes de Nicolas et Bruno et Les ballets de ci de là de Alain Platel.
- dimanche 18 mai : classiques de prestige (1900 de Bertolucci en version intégrale et repas italien, Nocturna, la nuit magique (animation) et Les citronniers, - lundi 19 mai : La rose pourpre du Caire, de Woody Allen.
- Mardi 20 mai : Rue Santé Fe (documentaire)
-Sont aussi programmés : deux concerts pour inaugurer la scène de la Brasserie : Sacha Toorop le jeudi 15 mai et Beverly Jo Scott le mardi 20 mai.
Enfin, les «coups de cœur» : rediffusion des films qui ont marqué l’année 2007 sur les écrans du Parc et du Churchill.

Dès le 21 mai, le cinéma Sauvenière ouvrira ses portes pour une programmation «régulière», complémentaire à celles du Parc et du Churchill. Le programme des huit salles se trouvera dans les médias habituels, dans le journal « grignoux.be » ainsi que sur le site Internet www.grignoux.be que nous vous conseillons d’user et d’abuser pour savoir tout ce qui se fait, non seulement au niveau du cinéma, mais aussi des concerts et autres manifestations alternatives.

Et l’éléphant dans tout ça ?

Si la direction des «Grignoux» (les « Grincheux en français, parti populaire, luttant pour plus de libertés et qui en ont décousu avec les Chiroux, bourgeois et cléricaux au 17ème siècle à Liège) a décidé de parader ce vendredi avec une éléphante, c’est tout simplement pour rappeler un épisode de leurs luttes et lorsqu’en 2000, lorsqu’ils sont venus déposer, à l’Hôtel de Ville, une pétition de quelques 50.000 signatures, pour la défense du cinéma au centre-ville, menacé par l’ouverture de 16 salles à la Médiacité. Ce jour là, les Grignoux étaient aussi précédés d’une éléphante. C’est d’ailleurs la même qui sera là vendredi pour célébrer leur victoire. Longue vie au cinéma « Sauvenière ».

Gaston LECOCQ

Les photos de haut en bas :

- Le cinéma Sauvenière vu de face place Xavier Neujean
- Pendant la conférence de presse avec de gauche à droite, Dany Habran, Willy Demeyer, Jean-Claude Marcourt et Fadila Laanan.
- La presse dans la salle de 300 places
- La cafeteria - brasserie
- Une autre vue du cinéma

Ci-dessous, toute l'équipe des Grignoux (Photo : Copyright Hélène Erpicum)