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Reportage

Mis en ligne le 02/05/2008

Un 1er mai liégeois plus à gauche, comme d’habitude


S’il est vrai que cette année, les manifestations traditionnelles du 1er mai liégeois ont accueilli un peu moins de monde que d’habitude (long week-end et météo peu favorable même s’il n’a pas plu), les discours des leaders liégeois au kiosque d’Avroy, ont sûrement été plus à gauche que partout ailleurs en Wallonie, excepté peut-être celui de Rudy Demotte, le ministre président de la Région wallonne et de la Communauté française.
Il a fortement étonné en lançant lors de son discours à Tournai et en s’attaquant de front au patronat, où il parla même des «imposteurs du travail » : «Oui, les imposteurs du travail et je pèse mes mots. Ils veulent pour eux le paradis et l'amnistie fiscale mais exigent des contrôles renforcés pour les chômeurs. Ils veulent pour eux la richesse mais pour les autres un partage de la précarité».

Marre des Schtroumpfs grincheux

C’est devant un parterre quand même bien rempli de militants venus des quatre coins de la Fédération liégeoise du PS que son président et bourgmestre de Liège, Willy Demeyer a ouvert le traditionnel meeting.

En rappelant que le PS venait de lancer sa grande campagne « La solidarité, on y gagne tous » Willy Demeyer a insisté pour que : « Mais la solidarité doit exister d’abord au sein de la famille de Gauche. Ce combat, nous devons le mener tous ensemble : Parti, Syndicat, Mutualité, au sein de l’Action Commune, avec toutes les associations qui travaillent au progrès social. Cette Action commune est plus que jamais nécessaire pour lutter contre les effets du capitalisme sauvage qui se déploie à l’échelle mondiale. Je remercie le Syndicat et la Mutuelle de relever avec nous ce défi. Marc Goblet vous expliquera tout à l’heure pourquoi. Je l’en remercie déjà fraternellement. Nous sommes, comme le disait récemment Anne Demelenne (Secrétaire générale de la FGTB NDLR, sur la même longueur d’onde ».
Evoquant la ville et le Pays de Liège : «Le bien-être passe par la prospérité du Pays de Liège. Le développement des métropoles modernes est basé sur la culture, l’éducation, la mobilité. Préservons nos institutions culturelles et nos écoles. Travaillons avec la Conférence des Bourgmestres au retour du tram. Le résultat de nos efforts est visible. Nos équipes sportives (faisant allusion aux titres du Standard et du RFC Liégeois ndlr) portent haut les couleurs du Pays de Liège. Mais surtout notre multi modalité s’affirme. Rail eau, air et route se développent. L’université contribue à notre redéploiement.
En Cité ardente, c’est le temps des grands travaux sur la base d’une dette effacée. Gare TGV, Médiacité, Cinéma Sauvenière, Hôtel 5 étoiles, Emulation sortent de terre et des dizaines d’autres projets publics et privés sortent de terre. De Seraing à Herstal, le bassin mosan se redéploie également…Tous ces projets serviront une large population… » «Il faut être sourd et aveugle et de mauvaise foi pour le nier… » «On peut comprendre une certaine impatience…. » « Mais je dis à quelques uns et quelques unes que j’en ai marre des Schtroumpfs grincheux qui critiquent sans proposer, qui se plaignent sans cesse, qui détruisent pour détruire…»
Et de conclure : «Nous devons garder le contact avec toutes les composantes de la société. C’est la condition pour que le Parti socialiste continue d’exister. Restons, soyons, redevenons encore plus proches des gens et surtout des moins favorisés dont nous sommes les représentants naturels. Ne laissons personne au bord du chemin ».

Marc Goblet (FGTB) fustige la droite mais prévient le PS

Fortement applaudi pendant son allocution, Marc Goblet, président de la FGTB Liège-Huy-Waremme, a aussi appelé à l’unité des travailleurs, à plus de solidarité, à une plus forte Action commune.

Il a aussi mis en garde (gentiment), le Parti socialiste en rappelant qu’il avait aussi participé à la réforme fiscale de Didier Reynders, favorisant ainsi 9% (les plus riches) de la population, que le PS n’avait pas compris le sens des manifestations contre le « pacte des générations » et qu’enfin le PS aurait intérêt à comprendre le sens des actions qui auront lieu en juin prochain.
Cela dit, Marc Goblet rappelant l’enjeu des élections sociales et syndicales qui démarrent ce 5 mai dans toute les entreprises du pays ne s’est pas privé de fustiger la droite.
«Si la droite flamande veut scinder le pays, la droite francophone attaque les chômeurs et les précarisés. Face à une droite décomplexée, il faut une gauche conquérante et unie. Il faut dénoncer la démagogie du MR qui veut une nouvelle réforme fiscale. L’impôt, c’est la redistribution des richesses. Reynders, l’homme qui parle à l’oreille des riches est un trompeur…. »
Et de lancer : «Comme socialiste, je suis honteux qu’un travailleur doivent demander une allocation chauffage au CPAS pour remplir sa cuve à mazout. Il faut trouver des solutions structurelles… »

Julie Fernandez-Fernandez : Et si le sursaut de la gauche venait de la jeunesse?

Il y avait une chanson que nous entamions souvent chez les «Faucons rouges» ou avec les J.G.S et qui disait entre autres : «La jeunesse aura toujours raison». Ce 1er mai, je me suis souvenu de ces paroles lorsque Julie Fernandez-Fernandez, notre toute jeune secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées et adjointe à la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique (et échevine empêchée de l’Etat-civil et de la Population de Liège), a pris la parole. Quel rayon de soleil !

Emue, parce que c’était son « premier 1er mai au kiosque », Julie Fernandez-Fernandez, dont le discours était doublé en language des signes, a brièvement rappelé son parcours, sa lutte socialiste avec ses camarades espagnols, ses amitiés enrichissantes avec Alain, Willy, Jean-Claude et «ceux qui rêvent du même monde que moi». Parlant ensuite de ces personnes qui ont le droit de s’épanouir dans une société qui leur offre sécurité et qualité de vie suffisante, qui exposent leurs envies, leurs espoirs mais aussi leurs craintes ; et aussi de ces femmes et ces hommes qui compte sur eux, elle enchaînera : « C’est pour ça que nous faisons de la politique parce que nous ne supportons pas les injustices et les inégalités. C’est parce que notre faculté de révolte et d’indignation n’a pas de limite. Et parce que nous croyons que la meilleure arme contre l’injustice, c’est la solidarité… »
Et de poursuivre : «En face, chez ceux que les inégalités arrangent puisqu’elles jouent en leur faveur, cette révolte permanente dérange. Il ne faut pas que leurs attaques incessantes nous découragent : le combat à mener est bien trop important que pour nous laisser abattre par les bassesses qu’ils déploient.
Non : les richesses ne doivent pas rester dans les mains de quelques uns : elles doivent être partagées entre tous. Non il n’y a pas d’un côté ceux qui travaillent et de l’autre ceux qui ne travaillent pas. Il n’y a pas d’un côté les pauvres et de l’autre, ceux qui ne le sont pas. Pas de clivage entre les valides et les personnes en situation de handicap, entre les personnes en bonne santé et les malades ou entre les citoyens et les sans papiers. La solidarité concerne tout le monde. »… »Lorsque l’on est frappé par les difficultés, nous, Socialistes, pensons que c’est à l’Etat de prendre le relais et tant pis si cela dérange certains, car pour nous, ce n’est pas de l’assistanat : c’est de la justice sociale. Nous sommes fiers d’être le seul parti qui défend clairement et ouvertement les plus fragile de notre société. Nous nous opposons aux discours démagogiques et dangereux qui disent qu’il y a trop de solidarité ! De la solidarité, camarade, il n’y en a pas assez…par contre il y a aujourd’hui encore trop d’emplois précaires, trop de personne vivant en dessous du seuil de pauvreté, trop de jeunes en manque de perspectives d’avenir… »
Et en rappelant les avancées sociales arrachées dans le passés : «Ceux-là contre qui nous nous sommes battus hier, sont ceux contre qui nous devons encore et encore nous battre aujourd’hui et dans ce combat contre le capitalisme méprisant, nous devons rester unis.»

Pour Jean-Claude Marcourt : un 1er Mai d’exception

Ce fut ensuite le tour de Jean-Claude Marcourt, ministre de l’Economie, de l’Emploi, du Commerce extérieur et du Patrimoine, de prendre la parole.
Pour Jean-Claude Marcourt : « Nous avons vécu, ici, des dizaines de 1er Mai. Mais celui-ci est pour moi un1er Mai d’exception ». Et de rappeler comment, son ami Alain Mathot (bourgmestre de Seraing) avec les Métallos de la FGTB et le SETCA, ils avaient gagné en arrivant au «bout de la chape de plomb du défaitisme qui pesait sur notre bassin». Il faisait allusion évidemment à ce qui s’était passé en 2003 avec l’annonce de la fermeture de la phase à chaud de la sidérurgie liégeoise, de la fusion Arcelor-Mittal et de l’éclaircie apparue début 2007 «Cela a été un combat d’un an où la plupart pensait qu’on n’y arriverait pas. Mais on y est arrivé. »…«La réouverture du HF6 et le maintien de la ligne à chaud, c’est plus de 7.500 emplois qui vont rester à Liège»…«Nous avons une leçon à tirer de tout ça : la détermination peut soulever des montagnes et un combat n’est jamais perdu avant son terme.»

Jean-Claude Marcourt a également évoqué (plan Marshall oblige) d’autres réussites comme le déblocage du Trilogiport, la relance à la FN, nos entreprises dans l’aérospatial, les biotechnologies, les services, les investissements en hausse et une baisse du taux de chômage dans notre région.
«C’est la raison d’être du plan Marshall qui n’a d’autre objet que le pouvoir d’achat. Créer de l’activité économique, c’est quand même la manière la efficace de créer de l’emploi et les revenus qui vont avec.»
Plus politique et plus à gauche, il dira aussi : «La crise financière est la démonstration par l’absurde des limites du capitalisme, avec la titrisation de valeurs qui ne valent rien. Et elle nous montre que quand le cheval s’emballe, quand personne ne tient les rênes, le cheval peut devenir fou… » « Le principal rôle, le principal devoir de la représentation du peuple, pour nous, femmes et hommes de gauche, c’est précisément d’organiser la société au bénéfice du plus grand nombre. C’est établir les règles de fonctionnement et les faire respecter.»
« J’ai entendu ces derniers jours, certaines voix de droite raconter n’importe quoi en matière d’imposition, de solidarité interpersonnelle et de transferts. Peut-être pensent-ils, pensent-elles, que plus c’est gros, plus ça passe et qu’un discours populiste est forcément un discours populaire…. »
« Aussi n’ayons pas peur de rappeler que l’impôt, c’est un outil de redistribution et d’équité sociale, notamment à travers les services publics. Qu’il faut en garantir la progressivité et qu’il faut y faire contribuer tous les types de revenus. »…«Rappelons que les cotisations sociales, c’est un salaire différé qui permet, à travers la sécurité sociale, d’atteindre un niveau de protection sociale que seuls ceux qui peuvent souscrire aux assurances privées (les riches évidemment ndlr) pourraient atteindre. Et que le financement alternatif est tout à la fois une nécessité sociale et économique »….
A propos du pouvoir d’achat : «Alors que pour les allocataires sociaux, mais aussi pour de très nombreux travailleurs dont le salaire ne leur permet plus de vivre normalement, certains, dans ce contexte, veulent remettre en cause l’index alors que celui-ci ne garantit plus pleinement la stabilité du niveau de vie. Non, non et non !
« Principale force de gauche, le parti socialiste a plus que jamais une responsabilité majeure vis-à-vis de la population, pour la population. Pour que celle-ci toute celle-ci, trouve dans la société les conditions de son épanouissement. Cette gauche là, ce PS là, il les faut courageux, modernes, porteurs à la fois de nos valeurs et principes historiques, plus actuels que jamais, et du pragmatisme pour les mettre en œuvre».

Michel Daerden : l’augmentation du coût de la vie, c’en est trop


Pour terminer le meeting, avant la traditionnelle «Internationale» et le cortège des militants et groupes de l’Action communes, la parole était donnée à Michel Daerden, Ministre du Budget et des Finances régional et communautaire.
Avec l’allant qu’on lui connaît, maniant aussi bien l’humour que la calculette, le bourgmestre empêche d’Ans à qui Liège est redevable de l’effacement de sa dette, n’a pas manqué de donner à la manifestation quelques accents humoristiques appréciés par les camarades et les citoyens. Quoi que certains en disent, on aime bien Michel ou encore «papa» et lui aussi aime bien son public, ses militants, ceux qui font le Parti socialiste.

Après avoir épilogué avec sa gouaille habituelle (il n’avait bu que de l’eau et avait un peu froid) sur les victoires du Standard de Liège mais aussi du Royal Football Club Liégeois, Michel Daerden a, avec sérieux et toujours un clin d’œil bien vu, abordé des problèmes beaucoup plus sérieux.
Il a, comme ses prédécesseurs, appelé à l’union de la gauche, pour défendre le pouvoir d’achat : «L’essence a augmenté de 12% en un an, le pain de 13 %, le beurre de 23 %, les œufs de 25%, le mazout de chauffage de 26 % et les spaghettis de 27%. C’en est trop… »
Et de rappeler que : «Il fallait absolument que le PS fasse partie de ce gouvernement pour ne pas remettre en cause l’indexation des salaires et laisser la main à la droite.»… «Nous avons pu proposer une augmentation du pouvoir d’achat qui, grâce aux socialistes dans la déclaration de politique gouvernementale se traduira par une augmentation des salaires de travailleurs à bas et moyens revenus, par l’augmentation des pensions les plus basses, par l’augmentation de la prime de rentrée scolaire.»
Annonçant (parce que c’est de son ressort au niveau régional) qu’il allait essayer de supprimer la Radio-TV redevance (qui n’existe plus en Flandre) Michel Daerden qui a quand même dit que «Cela coûte cher» a terminé en appelant les militants, mais aussi la gauche à se mettre en «ordre de marche» pour les élections sociales (qui démarrent ce lundi) et pour les prochaines élections Régionales et Européennes de 2009.





Gaston LECOCQ