• Visiteur(s) en ligne : 2
  • |
  • Visiteurs total : 3097534

Politique

Mis en ligne le 23/03/2008

Entendu pour vous : A la tribune du «Grand Liège» Jean-Michel Javaux prône la Communauté urbaine de Liège


A la tribune du «Grand Liège» Jean-Michel Javaux prône la Communauté urbaine de Liège
Dans la lettre adressée à ses membres par «Le Grand Liège» les conviant à venir écouter Jean-Michel Javaux, ce jeudi 20 mars, le Président Jean-Maurice Dehousse précise quelques points : «La grande crise politique qui a secoué le Royaume de Belgique après les élections législatives de 2007 ayant pris fin, le Comité Exécutif a aussitôt donné suite au projet qui était le sien d’inviter M. Jean-Michel Javaux, bourgmestre d’Amay et co-président du parti Ecolo, à occuper notre tribune. Outre le pluralisme politique auquel «Le Grand Liège» est viscéralement (et statutairement) attaché, nous avons en effet estimé, après avoir entendu les rapports de l’Université de Liège, que l’élection de M. Javaux constituait en Wallonie un fait majeur des élections communales de 2006». Le thème annoncé : « Et si nous parlions un peu d’autre chose que d’Ecologie ? ».
D’emblée, le leader Ecolo ajoute à ce titre «…et quoique » en regrettant que trop souvent on caricature les représentants de son parti «en écologistes primaires en les cantonnant dans le rôle de super zorro des riverains ou des râleurs, sans vision globale ou équilibrée».
La situation exige de réagir.
L’exposé de Jean-Michel Javaux qui va «du macro au local» montre qu’il n’en est rien. Se référant à l’exposé récent devant le Parlement européen de Lester Brown, président du « Earth Policy Institude », l’orateur évoque l’urgence pour empêcher le climat planétaire de s’emballer : «c’est d’ici 2020 qu’il faut réduire de 80 pour cent les gaz à effet de serre alors que Kyoto se limite à un objectif de 7%5».
Autre constat : «au rythme actuel, les glaciers qui alimentent le Gange pourraient avoir fondu d’ici 20 à 30 ans. Or le Gange, c’est la condition de possibilité de vie en Inde» ou encore la fusion de l’économie de l’énergie et celle de l’alimentaire «l’an prochain, 30% de la production de céréales des USA ira aux biocarburants».
D’un naturel optimiste, Jean-Michel Javaux estime avec Lester Brown que la situation est à ce point mauvaise qu’il est vain d’être pessimiste !
La solution passe par une révolution énergétique. «C’est possible. Aux USA, le Texas sous la direction des républicains va créer une capacité de production de 23.000 Mw d’éolien, de quoi alimenter la moitié des Texans en électricité». Ne rien faire aura un coût exorbitant – de 5 à 20% du PIB - alors qu’agir maintenant a un coût raisonnable - 1% du PIB-, entraînera des menaces sur des populations contraintes à l’émigration climatique et sera source de conflits armés.
Enfin pour en terminer avec quelques chiffres internationaux, Jean-Michel Javaux cite le cabinet d’audit Ernst and Young selon lequel «les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables (solaire, éolien ou biomasse) pourraient atteindre les 750 milliards de dollars d’ici 2016» ou encore, selon le Programme pour l’environnement des Nations-Unies, «les énergies renouvelables, qui produisent environ 2% de l’énergie mondiale, représentent désormais environ 18% de l’investissement mondial dans la production énergétique, avec en tête l’énergie éolienne qui attire les plus gros investissements».

Pour Jean-Michel Javaux, il s’agit d’une tendance lourde qui «touche non seulement les entreprises actives dans les écotechnologies mais qui, plus important, influence à des degrés divers l’ensemble de l’industrie mondiale».
Trois mots-clés en Belgique : stimuler, orienter, redistribuer.
Abordant la situation en Belgique, le co-Président d’Ecolo estime, vu le dérèglement climatique, «nécessaire la remise en cause complète de notre relation à l’énergie et par conséquent à l’industrialisation, à la mobilité, au logement et à la localisation de nos activités quotidiennes». Il constate également que les premières victimes d’une dégradation de l’environnement sont les plus fragiles et réclame l’accès pour tous à une qualité de vie qui suppose la préservation des espaces naturels, la biodiversité, la gestion durable des ressources naturelles et la responsabilisation sociale, environnementale des entreprises. Cette politique s’appuie sur trois mots-clés : stimuler, orienter et redistribuer. « Redistribuer parce qu’on ne pet se complaire dans une situation où près de 600.000 travailleurs sont au chômage et où près de 1.600.000 de nos concitoyens et concitoyennes vivent sous seuil de la pauvreté». Sans lui attribuer l’excellence dont ses promoteurs se gargarisent, le Plan Marshall trouve des échos favorables auprès de Jean-Michel Javaux.
Et Lîdge là dedans ?
Troisième volet de la conférence intitulé «Et Lîdge là dedans ». Après une énumération des filières d’emplois proposées par Ecolo en plus des options du redéploiement liégeois, Jean-Michel déclare : «Probablement est-ce trop méconnu mais Ecolo ne veut pas diaboliser les secteurs traditionnels, l’industrie lourde mais soutenir son orientation vers le développement durable tels l’arceo, une technique de plasma sous vide, le biocoat, des bio-polymères adaptés à l’acier, un partenariat développé entre MittalArcelor et notre Université ».
Jean-Michel Javaux déplore l’absence d’une réelle politique de fond pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, notamment en matière de transport qui est un des plus gros émetteur par habitant, « en ne réduisant pas les émissions non industrielles, la région réduit les émissions possibles des entreprises ».
Nécessité d’un consensus métropolitain.
Citant, con amore, le «célèbre philosophe politique local » Jacky M. qui vilipende « l’absence d’un consensus métropolitain» à Liège, Jean-Michel Javaux constate «la fusion des communes est resté trop politique et n’a pas réglé le problème des sous-localismes mais aurait du accoucher d’une métropole de 400.000 habitants avec une force de frappe, une vision territoriale, urbanistique». Il réclame avec force l’installation d’une Communauté urbaine.
Jean-Michel Javaux est conscient des problèmes qui fâchent ainsi la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux Beaufays et l’installation d’un tram moderne non polluant dans les dix ans à venir. «Tout le monde en convient aujourd’hui : sur les grands axes, les bus sont arrivés au bout de leurs possibilités ; le réseau ferroviaire ne peut offrir une desserte suffisamment fine pour répondre aux besoins de l’agglomération. La conversion des axes urbains principaux vers un mode électrique à plus grande capacité, tout à fait réaliste quant à ses coûts, permettra demain au cœur de la région urbaine d’être plus accessible qu’aujourd’hui avec des nuisances moindres. Cette refonte globale du réseau de transport public et de l’accessibilité par les modes durables s’inscrit dans un cercle vertueux : un territoire plus accessible à tous, des espaces publics plus accueillants, une zone urbaine danse plus attractive pour les emplois urbains et l’habitat ».
Des signes d’espoir.
Le leader Ecolo voit des signes d’espoir dans le nouvel appel à projets de développement durable dans le cadre du plan Marshall, la création d’un cluster axé sur le même développement durable en Wallonie, la diminution du chômage, le trilogiport, la Médiacité, la gare des Guillemins, le succès de l’aéroport, le projet de gare TGV-Fret, Il se réjouit de la reprise de la dette de la ville dans lequel il voit l’ouverture d’un nouvel espace de débats et de projets. «Je le martèle depuis 4 ans, la Wallonie se relèvera lorsque Charleroi et Liège seront relevées. Nous devons donc ensemble, nous mettre en route vers une Wallonie et une région liégeoise ouverte, rassemblée, car aucun acteur individuel, aucun parti ne sera capable de mettre à son chapeau tout seul la plume du sauvetage de la région et/ou de la planète».
Vers la fin des hégémonies.
Abordant l’aspect des forces politiques démocratiques en Wallonie, Jean-Michel Javaux constate que le centre de gravité politique change non comme certains le disent ou le souhaitent. «Le changement est structurellement amorcé avec des majorités wallonnes en sens divers ; d’après les résultats 2007 et les récents sondages, nous sortons de l’hégémonie d’un parti dominant pour passer à un rapport de forces à quatre : deux grands, deux moyens, ce qui change la donne».
L’heure de débattre.
L’exposé de Jean-Michel Javaux a été suivi comme il est de tradition au «Grand Liège» d’un débat avec la salle. Débat passionnant, voire passionnel, qui a permis à l’orateur de mieux cerner les frontières de la communauté urbaine liégeoise. Hannut en est exclut car tourné vers le Brabant wallon. Verviers aussi car davantage orienté vers la communauté germanophone. En revanche, la communauté urbaine liégeoise doit englober Waremme. En réponse à une question «impertinente» de Jean-Pierre Grafé qui entrevoit la création d’un cartel MR-Ecolo, Jean-Michel Javaux le rassure : «Ecolo est déterminé à conserver son indépendance tant à l’égard du PS, du MR ou de CDH !»





Pierre ANDRÉ