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Société

Mis en ligne le 03/03/2008

Le HF 6 a redémarré


C’est le mercredi 27 février dernier à 15 h 30 précise qu’a eu lieu le rallumage du haut fourneau 6 (appelé communément HF6) de l’aciérie d’Arcelor-Mittal à Seraing qui avait craché sa dernière coulée le 26 avril 2005. C’était, à l’époque, l'annonce, pour la région, et plus particulièrement le bassin sidérurgique liégeois, de la perte de plusieurs milliers d’emplois, la fermeture à plus ou moins long terme de toute l’activité sidérurgique qui a fait l’orgueil de la grosse industrie liégeoise. Mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté, la détermination, le combat des travailleurs regroupés au sein de la FGTB-Metal Liège mais aussi du SETCA.
Mercredi dernier, au pied du HF6, il y avait près de 150 personnes : des sidérurgistes ainsi que plusieurs personnalités politiques sérésiennes et liégeoises dont notamment Jean-Claude Marcourt, le ministre wallon de l'Emploi qui a lui œuvré et pesé de tout son poids au niveau de la relance de l’outil, pour le rallumage du haut fourneau. Une véritable cérémonie car c’est un haut-fourneau que l’on rallume après 3 ans c’est un événement historique.
Pour la FGTB Metal, cet événement n'est que l’aboutissement d'un combat qui avait commencé au lendemain de l'annonce d'Arcelor - alors propriétaire - condamnant la phase à chaud.

Pour Jean-Claude Marcourt « c'est une réelle victoire pour tous ceux qui croyaient en la relance du HF6 et surtout pour la FGTB Métal et le Setca qui avaient vu clair dans ce dossier. ». Nous vous invitons d’ailleurs à visiter le blogue de Jean-Claude Marcourt pour lire ce qu’il a écrit sur le sujet le jour même où il pouvait annoncer le redémarrage.

Il s’est agit, mercredi dernier, de ce qui pouvait arriver de mieux pour le bassin sidérurgique liégeois, non seulement pour son aspect purement économique mais surtout parce qu’il va permettre à des dizaines de famillse de revivre et à des travailleurs, jeunes ou anciens, de retrouver une sorte d’honneur perdu. C’est aussi un nouveau défi pour l’avenir.
Aussi tout le monde doit le savoir : à Liège, dans le Pays de Liège, on ne baisse pas facilement pavillon. Et même si on doit verser des larmes ou même du sang, malgré ce que tous les Cassandre, bleus ou verts, pourraient dire ou faire croire à l’intérieur comme à l’extérieur, le travailleur liégeois non seulement est courageux, mais il a surtout droit au respect. Ceux qui se remplissent les poches sur leur dos, devraient de temps à autre y penser.
Comme nous n’avons malheureusement pu assister à cette cérémonie ô combien émouvante, nous vous invitons à voir le reportage vidéo grâce à Anthon, sur
www.dvsanthon.com

Gaston LECOCQ

Chronologie du combat pour la sidérurgie à chaud à Liège

24 janvier 2003. Arcelor condamne la phase à chaud liégeoise ainsi que trois autres sites européens.
Avril 2003. Un préaccord social signifie la "mise sous cocon" du HF6 le 30 juin 2005. La FGTB Métal espère ainsi laisser une timide porte ouverte à une hypothétique relance.
Avril 2004. L'accord définitif est signé: il stipule bien que "l'arrêt du haut-fourneau 6 sera effectué dans les conditions permettant un éventuel redémarrage en cas de besoin".
Mars 2005. Arcelor donne sa propre définition de cette "mise sous cocon": "Il est toujours délicat d'arrêter puis de faire redémarrer un haut-fourneau. (...) Si on avait eu une autre solution, on l'aurait prise". Comprenez: c'est en fait d'une "mise en bière" qu'il faut parler.
26 avril 2005: le HF6 crache sa dernière coulée.
Mai 2005. En toute discrétion, Arcelor démonte le "gueulard" (l'ouverture supérieure par laquelle sont versées les matières premières) pour l'envoyer à Dunkerque. D'autres pièces maitresses seront par la suite démontées (pour aller rafraîchir le HFB d'Ougrée notamment).
25 juin 2006. Arcelor est absorbé par Mittal.
Septembre 2006. Mittal confirme la fin du chaud liégeois en 2009, même si un renversement de conjoncture se fait sentir.
12 octobre 2006. Dans Le Soir, Jordan Atanasov (CSC) demande des résultats en terme de redéploiement. La ligne à chaud est derrière lui: "Mittal peut amener de nouvelles perspectives comme la prolongation de l'activité du haut-fourneau (HFB ndlr) durant un an ou deux, ce n'est pas, pour nous, fondamental".
Janvier 2007. Mittal confirme une fois encore que la fermeture totale de la ligne à chaud est prévue pour 2009. La CSC critique la Région wallonne qui est jusqu'à présent intervenue comme actionnaire, mais pas comme responsable économique (L'Echo du 06/01/07).
Janvier 2007. Une autre info circule un peu plus tard: des études seraient en cours quant à la remise en route du HF6. Démenti de la direction liégeoise. Les problèmes d'approvisionnement dans le froid se multiplient.
14 février 2007. La FGTB Métal Liège-Luxembourg réaffirme sa position: dans Le Soir, Jean-Luc Rader, secrétaire régional, exige la réouverture du HF6. La CSC se démarque: "La relance du haut-fourneau 6 perturberait le volet social en cours".
21 février 2007. ArcelorMittal présente ses résultats. Concernant Liège, Lakshmi Mittal a "le sentiment qu'il faudra effectivement fermer les hauts-fourneaux à l'horizon 2009".

26 février 2007. Dans La Libre, Louis Smal (ex CSC aujourd'hui CDH) estime que Liège doit faire son deuil: "Je me méfie des études et je crois qu'il faut arrêter de se battre pour ce qui est déjà condamné".
28 février 2007. Lakshmi Mittal en visite à Liège. Il reste plus longtemps que prévu. Les syndicats lui présentent une étude économique fouillée et cohérente. "Des arguments solides" dira le patron d'ArcelorMittal après coup. Francis Gomez (FGTB Métal) contient l'optimisme de ses troupes: "Tant qu'il n'a pas dit oui, c'est non".
Mars 2007. La troisième cornue de Chertal est rouverte. Ici aussi, la FGTB Métal, par la voix de Geogres Jespers, président de la délégation de Cockerill, calme le jeu: "Même si dans l'absolu, il faut deux hauts-fourneaux pour alimenter trois cornues, il n'est pas question pour l'instant de rouvrir le chaud liégeois".
11 avril 2007. Réunion discrète entre les partenaires sociaux. La direction parle de la possibilité de maintenir un haut-fourneau en région liégeoise plus longtemps que prévu.
16 mai 2007. A l'occasion de la publication de ses résultats du premier trimestre 2007, ArcelorMittal annonce la probable réouverture, dès octobre-novembre, du haut-fourneau 6 de Seraing.
18 mai 2007. Les partenaires sociaux signent un accord en un temps record en vue de cette réouverture. Au total, le HF6 devrait permettre la (re)création de quelque 300 emplois, sous-traitants compris. Reste à savoir pour combien de temps.
23 mai 2007. Sur le "chat" de Sud Presse, Jean-Claude Marcourt (PS), ministre wallon de l'Emploi, confirme que les plans de prépension décidés en 2003 restent d'actualité jusque 2009. Au-delà, il faudra un nouvel accord avec le fédéral.
29 mai 2007. Réunion chez Benoît Lutgen (CDH), ministre wallon de l’Environnement, pour discuter des quotas de CO2.
30 mai 2007. La CSC dépose un préavis de grève. En cause, l’engagement d’un travailleur extérieur expérimenté pour relancer le HF6. Le syndicat chrétien veut d’abord la régularisation des contrats précaires en interne, quel que soit le niveau professionnel de la personne.
7 juin 2007. L’annonce de la réouverture du haut-fourneau 6 est confirmée par ArcelorMittal. Coût : 20 millions d’euros. Un nouvel outil aurait coûté 300 millions d’euros. La CSC lève son préavis de grève.
2 juin 2007. Le Crédit Suisse conseille de ne pas rallumer le HF6 tout de suite. ArcelorMittal rappelle que seul le sidérurgiste – et pas les analystes – est aux commandes…
16 juin 2007. L’étude d’incidence est lancée. La population est ainsi consultée. Quelques réclamations sur la relance de l’outil.
10 septembre 2007. Début du dynamitage de la charge de mise sous cocon, dernière grande manœuvre avant la relance du HF6.
13 septembre 2007. Dans un tract, la FGTB Métal rappelle que la relance du haut-fourneau ne se fera que si toutes conditions de sécurité et de formation sont remplies.
21 septembre 2007. On apprend qu’un collectif de riverains s’est créé : ils sont inquiets des répercussions environnementales et sanitaires de la relance. Une pétition est même lancée.
9 octobre 2007. ArcelorMittal annonce la prolongation du chaud liégeois jusqu’en 2015 au moins, à condition qu’une solution soit trouvée pour les rejets de CO2. Le groupe entend faire de Liège l’une des sidérurgies intégrées les plus performantes.
15 octobre 2007. Fin de l'enquête publique: quatre envois (dont la pétition du Collectif). La Ville annonce avoir bouclé le dossier de relance du HF6: si toutes les autorisations sont données, la commune donnerait également son feu vert.
29 octobre 2007. Mise sous gaz du HF6, étape importante dans la relance. Désormais, 300 personnes (70 entreprises sous-traitantes) s'activent sur le site. Le gueulard
6 novembre 2007. La date officielle de la relance est annoncée: ce sera le 21 janvier 2008. Sauf si le gel s'en mêle... par ailleurs, ArcelorMittal cherche encore un opérateur et des électriciens.
13 novembre 2007. La Région wallonne écrit au fédéral pour qu'il prenne part aux efforts à faire en matière de rejet de CO2.
5 décembre 2007. Lakshmi Mittal met la pression sur les pouvoirs publics: sans obtention de quotas de CO2 pour après 2009, il ne relance pas le haut-fourneau 6.
7 décembre 2007. En réaction, le gouvernement fédéral décide de créer un groupe de travail chargé de plancher sur la problématique. Trois pistes seront examinées: des glissements entre les différents secteurs industriels wallons, des glissements à l'intérieur du périmètre d'ArcelorMittal, un projet pilote européen dans le cadre du nouveau plan d'émissions qui doit être mis au point pour 2012.
20 décembre 2007. La Ville de Seraing accorde son permis d'environnement pour la réouverture du HF6, moyennant certaines conditions.
7 janvier 2008. La FGTB Métal dépose un préavis de grève pour l'ensemble du bassin sidérurgique liégeois venant à échéance le 21 janvier. Le syndicat entend mettre la pression sur ArcelorMittal, qui ne veut pas rouvrir le HF6 sans certitude sur les quotas de CO2, ainsi que sur la Région, le gouvernement fédéral et l'Europe, en négociation sur ce même dossier.
10 janvier 2008. Guy Verhofstadt écrit à la Commission européenne pour lui demander son aide dans le dossier.
14 janvier 2008. Présentation des chiffres 2007 de Cockerill: ils sont bons. Et rappel des exigences: sans quotas garantis jusque 2012, pas de réouverture.
15 janvier 2008. Plusieurs interpellations de Jean-Claude Marcourt (PS) en commission du Parlement wallon. Une délégation métallos est présente.
21 janvier 2008. Le HF6 aurait dû rouvrir. En signe de protestation, tout le bassin sidérurgique est à l'arrêt, à l'appel des métallos FGTB et du Setca.
1 février 2008. En comité de concertation, le gouvernement fédéral et la Région trouvent un accord sur les quotas de CO2 qui implique également ArcelorMittal. La relance du HF6 est désormais possible, dans un délai pouvant aller jusqu'à trois mois. Ce sera fait le 27 févvrier.

Quand Bernard Lavilliers rend hommage aux Métallos ça donne : « Les mains d’or »

Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes - portails verrouillés
Wagons immobiles - tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé

On dirait - la nuit - de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces - le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant

J'voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or

J'ai passé ma vie là - dans ce laminoir
Mes poumons - mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là - les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée rouge saignée sur l'espoir

On dirait - le soir - des navires de guerre
Battus par les vagues - rongés par la mer
Tombés sur le flan - giflés des marées
Vaincus par l'argent - les monstres d'acier

J'voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or

J'peux plus exister là
J'peux plus habiter là
Je sers plus à rien - moi
Y a plus rien à faire
Quand je fais plus rien - moi
Je coûte moins cher - moi
Que quand je travaillais - moi
D'après les experts

J'me tuais à produire
Pour gagner des clous
C'est moi qui délire
Ou qui devient fou
J'peux plus exister là
J'peux plus habiter là
Je sers plus à rien - moi
Y a plus rien à faire

Je voudrais travailler encore - travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore - travailler encore
Acier rouge et mains d'or...