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Société

Mis en ligne le 04/02/2008

L’altermondialisme vu avec sympathie et sens critique par un sociologue de terrain : Geoffrey Pleyers sera le vendredi 15 février à 19 h 30 à Barricade en Pierreuse


L’a.s.b.l. Barricade, qui s’affirme « Centre culturel en résistance » accueille, dans ses locaux 19-21, Rue Pierreuse à Liège, une librairie alternative « Entre-temps », ouverte du lundi au samedi de 13 h 30 à 18 30. C’est dans ce cadre que ce vendredi 15 février à 19 h 30 sera présenté le livre « Forums sociaux mondiaux et défis de l'altermondialisme » de Geoffrey Pleyers. « L'auteur nous fera part de son analyse des sept forums sociaux mondiaux passés et des difficultés auxquelles devra faire face le mouvement altermondialiste (routinisation, séparation entre des leaders et des militants de base maintenus dans un rôle passif...). Nous aborderons concrètement la réalité de terrain avec des représentants du Forum social de Belgique, de la coordination d'Autres Mondes à Liège, et de Barricade. », écrivent les organisateurs de cette intéressante soirée Intéressante, j’en suis convaincu car je connais les analyses et la personnalité de Geoffrey Pleyers que j’ai rencontré en 2005 avant son mariage avec Rebeca venue du Mexique et avant un séjour de trois semaines à Mexico où il me donna des adresses utiles en particulier dans les sphères universitaires de cette mégapole de quelque 22 millions d’habitants.

Geoffrey Pleyers

Geoffrey Pleyers est originaire du village de Gemmenich, un des composants de la commune de Plombières, à l’est de la Province de Liège, près d’Aix-la-Chapelle. Ce globe-trotter tient beaucoup à sa famille bien sûr mais aussi à ce village, à cette commune où il a grandi .Par exemple, Geoffrey Pleyers vient d’être l’ « invité du trimestre » de « Plombières Magazine » et il se réjouissait d’avoir pu essayer, en trois pages d’entretien, d’expliquer à ses onze mille concitoyens en quoi consiste un travail de sociologue. C’est un garçon simple, à l’abord un peu timide mais en réalité charismatique.
Il allie une rafraîchissante honnêteté intellectuelle et un sens critique aiguisé.

Il a eu 29 ans, le 19 décembre dernier. Obtenir à 21 ans une licence en sociologie à l’Université de Liège avec « la plus grande distinction », à 22 ans un « DEA » en sociologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris avec la mention « très bien », à 27 ans un doctorat en sociologie décerné à la fois (ce qui reste rare) par l’EHESS de Paris et l’Université de Liège avec « à l’unanimité les félicitations du jury », ce n’est vraiment pas mal. Il est en plus trilingue français, espagnol et anglais, avec également de bonnes connaissances en allemand. Il a travaillé quatre ans au sein du personnel scientifique de l’Université de Liège et a obtenu il y a dix huit mois à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve un mandat de quatre ans (très convoité pour la liberté qu’il procure) de chargé de recherches au Fonds National de la Recherche Scientifique (FNRS). Il a acheté une petite maison en banlieue parisienne pour son épouse qui travaille dans la capitale française et pour lui car il continue à collaborer comme chercheur associé au CADIS (Centre d’analyse et d’intervention sociologiques) Boulevard Raspail et, à partir de septembre 2008, au CERI (Centre d’Etudes des Relations Internationales°à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris). Enfin, la « London School of Economics and Political Sciences » l’a choisi comme « Visiting fellow » de son « Centre for the Study of Global Governance ». Les titres de ses articles que je viens d’imprimer font une douzaine de pages dactylographiées. Il voyage beaucoup et a pu récolter une quantité impressionnante de données de première main sur les mouvements altermondialistes dans différentes régions du monde. Il se trouve d’ailleurs actuellement au Mexique où il anime des séminaires au Colegio de Mexico et à l’Université Nationale Autonome du Mexique.
Ce n’est pas sans étonnement que j’avais rencontré à Gemmenich deux éminents sociologues octogénaires. Alain Touraine qui avait pris le train à Paris jusqu’Aix-la-Chapelle et le chanoine François Houtart, un des pères des Forums mondiaux « anti-Davos » (cette station chic de sports d’hiver où s’assemblent riches et puissants privilégiés). Alain Touraine nous dit sa profonde estime pour ce jeune sociologue qui a su toujours garder sa liberté de jugement face à la complexité du mouvement altermondialiste. D’autres en parlent trop en le connaissant peu, lui l’étudie en profondeur en conservant la distance nécessaire à l’analyse. Alain Touraine a d’ailleurs promis à Geoffrey Pleyers de lui donner une préface pour la version retravaillée et synthétisée de sa thèse qui constitue, selon Alain Touraine, de loin le meilleur livre consacré à l’altermondialisme.

De Porto Alegre à Nairobi

L’ouvrage qui sera commenté ce 15 février et qui est paru à la fin de l’an dernier dans la collection Pixels de la société Bruylant-Academia à Louvain-la-Neuve peut servir d’apéritif et même de hors d’œuvre avant la publication ultérieure du plat de résistance, plus fondamental évoqué par Touraine.
Il s’intitule donc : « Forums Sociaux Mondiaux et défis de l’altermondialisme, de Porto Alegre à Nairobi » et ses quelque 200 pages sont structurées en trois parties. D’abord des « carnets altermondialistes », série de reportages qui en 14 courts chapitres (65 pages) vont du premier forum de Porto Alegre au Brésil il y a sept ans (en janvier 2001) jusqu’à la mobilisation contre un « G8 » dans le nord-est de l’Allemagne à Heiligendamm en juin 2007. En cinq chapitres et une bonne cinquantaine de pages, la deuxième partie analyse les dynamiques des Forums sociaux de 2001 à 2005, aborde la question de la diversité culturelle, cherche à comprendre comment la diversité peut converger vers l’unité et expose atouts, limites et défis des Forums locaux. Avant que Geoffrey Pleyers n’essaie de répondre en conclusion à la question de savoir où en est aujourd’hui le mouvement altermondialiste, la troisième partie développe en trois chapitres la situation de l’altermondialisme en France puis en Belgique francophone où se côtoient les dimensions locales et européennes et enfin montre convergences et distinctions à opérer entre mouvement altermondialiste et commerce équitable.
Cet ouvrage stimulant mélange considérations originales et textes déjà utilisés mais cela permet un tour d’horizon prometteur en vue de l’œuvre plus fondamentale attendue.
Le débat pourrait d’ailleurs se focaliser en direction des pages sur la « Belgique francophone » notion qui gomme les spécificités économiques, culturelles et politiques des quatre régions la Flandre, Bruxelles, la Wallonie et la petite mais exemplaire région germanophone alors que les progressistes wallons ont toujours voulu plus d’autonomie pour combattre les évolutions ultralibérales grâce à un rapport de forces moins défavorable à la gauche « dans le sud » de notre actuel royaume qu’au nord ou au centre.
Je vous invite à venir discuter avec Geoffrey Pleyers, pas seulement parce qu’il se fait malheureusement rare à Liège mais surtout parce que c’est une soirée que vous ne regretterez pas grâce à un homme d’écoute et de dialogue.

Jean-Marie ROBERTI

Il est possible de se procurer l’ouvrage en contactant directement l’auteur (Geoffrey.Pleyers@uclouvain.be), à la librairie « Academia-Bruylant », Grand place, Louvain-la-Neuve et dans toutes les bonnes librairies en France, en Belgique et au Québec