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Société

Mis en ligne le 24/01/2008

Drogues à Maastricht : on délocalise


C’était en 1980. A cette époque, le Parquet de Liège avait lancé un cri d’alarme concernant le laxisme dont faisait preuve les autorités néerlandaises vis-à-vis des vendeurs de drogues en tous genres. Pour se procurer n’importe quoi (du haschisch en passant par l’héroïne voire de la cocaïne, on ne parlait pas encore de l’XTC ou autres saloperies), c’était facile. A 30 kilomètres de Liège, vous entriez dans n’importe quel « Coffe shop » et moyennant finances, vous pouviez vous y approvisionner dans n’importe quoi. Pour passer la frontière, ce n’était pas tellement difficile. Pour les besoins d’une enquête journalistique, j’ai passé du haschisch et même de l’héroïne pure à 90 % sans problème, sans même chercher un endroit où dissimuler la drogue. Les résultats de cette enquête qui a duré presque deux semaines dans le journal qui m’employait ont montré à suffisance qu’il y avait un réel problème avec les Hollandais. Mais en définitive, personne, et je dis bien personne, au niveau politique n’a bougé. On voit aujourd’hui, 28 ans après, dans quelle situation se trouve la Cité ardente en matière de toxicomanie. Et on n’est pas prêt de voir le bout du tunnel.

Des supermarchés de la drogue à notre porte

Alors qu’à Liège, tant le bourgmestre Willy Demeyer que le Parquet essayent de mettre au point de nouvelles stratégies pour essayer d’endiguer, de contrôler, le phénomène de la toxicomanie, notamment chez les plus jeunes, le bourgmestre de Maastricht, Gerd Leers (qui parait-il est un grand ami de Liège, de son bourgmestre, de la Province, de l’Eurégio), vient de prendre une décision qui va tout mettre par terre.
En effet, ce vendredi 12 janvier, le conseil municipal de Maastricht a, décidé d'accorder les permis de bâtir nécessaire pour la création de deux « coffee corners » (sorte de superette de la drogue) qui s’installeront aux extrémités sud et nord de Maastricht ». Ces deux coffee corners seront installés loin de toutes habitations, mais à proximité de routes rapides pour passer en Wallonie ou dans le Limbourg belge. Ces deux « coffee corners » qui pourraient ouvrir dès l’été seraient bel et bien des sortes de supermarchés de la drogue.
Le « coffee corner » sud, celui qui sera le plus près de la frontière wallonne, sera installé à «Oost-Maarland» (un endroit paisible que les pêcheurs connaissent bien), à la limite de Maastricht et Eijsden à proximité immédiate de la frontière. On parle d’un supermarché du cannabis (il regroupera 3 coffee shops du centre vile) qui aurait une superficie de 2.000 m2 avec deux étages et un parking de 700 places. Quant au coffee corner nord, il sera installé plus près du Limbourg et regroupera deux coffees shop.
Voilà comment le bourgmestre de Maastricht a résolu le problème des « touristes de la drogue » qui, depuis plus de 27 ans sont venus par millions, dépenser leurs sous (et consommer sur place pour certains) dans la capitale du Limbourg néerlandais, parce que selon lui, ils commencent maintenant à déranger les bons bourgeois. En 2004, suite à un concours organisé par les chaînes de télévision publique Maastricht avait acquis le titre de meilleure ville des Pays-Bas. Il espère pouvoir garder ce titre envers et contre tous en expédiant, à l’extérieur de la ville, ses «toxico commerçants », dont on peut penser qu’ils rapportent de fameuses rentrées dans les caisses communales. Que les autres se débrouillent. C’est ça l’Eurégio ?

Colère générale

C’est évidemment la colère et l’inquiétude chez les bourgmestres de la Basse-Meuse, Visé en tête, mais aussi du côté de Fourons, Lanaken, Riemst, Eijsden et Liège bien sûr.
A ce sujet, Willy Demeyer, devait, dans un communiqué, s’exprimer : « Willy Demeyer, Président de la Conférence des Bourgmestres de l'Agglomération Liégeoise, tient par la présente à rappeler fermement l'opposition que lui-même et ses Collègues ont manifesté envers le projet de délocalisation d'une partie des “coffee shops” du centre-ville de Maastricht et ce, sans concertation et sans tenir aucun compte de l'avis et des réalités des communes avoisinantes.
Dès lors, la Conférence compte mettre en oeuvre tous les moyens légaux à sa disposition, y compris au niveau international, pour faire entendre sa voix dans ce dossier. »
La conférence des bourgmestres des 24 communes de l'arrondissement de Liège est décidée à intenter une action devant la Cour européenne de justice de Luxembourg pour violation du traité de Schengen sur la coopération des États signataires en matière de sécurité.
Pour l’eurodéputé CD&V limbourgeois Ivo Belet : « Ce projet est une pure folie ».
Colère également du côté du ministres de l'Intérieur Patrick Dewael, (bourgmestre en titre de Tongres) et de la Justice, Jo Vandeurzen, (conseiller communal à Genk) qui ont aussi parlé d’une action en justice.
- Ce jeudi 24 janvier, Le Collège communal de Liège, a entendu une communication du bourgmestre, Willy Demeyer, à propos du projet de délocalisation d’une partie des “coffees-shops” du centre-ville de Maastricht sans tenir aucun compte de l’avis et des réalités des communes avoisinantes.
Le bourgmestre a rappelé l’opposition ferme du Collège à ce projet et a annoncé qu’il interpellerait ce lundi 28 janvier, le Conseil communal à ce propos.
Willy Demeyer, par ailleurs Président de la Conférence des Bourgmestres de l’arrondissement de Liège, a également confirmé que « ladite Conférence étudiait pour l’instant toutes les voies juridiques possibles en vue d’un recours contre cette décision de la ville de Maastricht. »

Mais, quand on sait ce que génèrent , comme bénéfices en « narco euros », les produits de toutes sortes, vendus en toute impunité dans la ville qui a vu mourir d’Artagnan, on peut réellement se poser la question de savoir si ces sautes de colère serviront à quelque chose.
Je ne voudrais pas parier sur le sujet. En 27 ans, j’en ai vu des énormités en matière de drogue et notamment dans notre région.





Gaston LECOCQ