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Société

Mis en ligne le 08/01/2008

Des tags en altitude


Quelques jours, juste avant l’inauguration de «Liège Cité de Noël», des «artistes» particulièrement acrobates, avaient profité de l’échafaudage installé devant la façade du Palais des Princes Evêques, place Saint-Lambert, pour taguer une large portion de la toiture de cet admirable bâtiment construit à la fin du XVIe siècle par Erard de la Marck.
La presse locale qui s’était émue (à juste titre) de cet acte de vandalisme, aurait quand même pu se passer de faire une fameuse publicité à ces «artistes», allant jusqu’à nommer la signature de plusieurs mètres de haut, narguant le public liégeois. Pace que c’est cette publicité que recherchent justement ces taggeurs.
On avait alors écrit qu’il faudrait bâcher la toiture, qu’il était difficile d’effacer ces lettres que cela prendrait des jours et des jours et que l’inauguration de la fête serait dès lors entachée.
Le jour avant l’inauguration, toute trace de ces lettres géantes avaient disparu. Ce qui veut dire qu’on y a mis les moyens et que cela a sûrement dû coûter quelques milliers d’euros à la collectivité, c'est-à-dire à vous et à moi.
Mais là n’est pas la question. Si l’on s’est ému de ce qui s’est passé sur le toit du Palais des Princes Evêques, il faut reconnaître que l’on ne s’émeut pas vraiment beaucoup de tous les autres bâtiments publics ou privés qui, l’espace d’une nuit, on vu, en altitude, et parfois à plus de 20 mètres du sol, l’un de leur pignon, maculé par ces signatures ou ces messages imbéciles.
Et des tags aériens, vous en verrez des dizaines en ville. Ceux-là, (il y en a même qui existent depuis plusieurs années) on ne se presse pas pour les effacer.

Si personnellement, je me fous éperdument que des zigotos risquent leur vie pour (comme les animaux dans la nature) marquer leur territoire, ils pourraient même en faire un peu plus que cela ne me gênerait pas du tout, je pense néanmoins à une grande majorité de citoyens, mais aussi de visiteurs étrangers, qui n’apprécient certainement pas cet «art urbain».
Par ailleurs, ces inscriptions, comme autant de messages disséminés aux quatre coins de la ville, induisent, chez certaines personnes plus fragiles, ce fameux sentiment d’insécurité qui alimente si bien tous les discours populistes des partis de droite ou fachos.
Il serait donc peut-être temps que quelqu’un, à la Ville où ailleurs, réagisse énergiquement. Parce que non seulement cela coûte à la collectivité ou au particulier qui souhaite remettre son immeuble en ordre, mais en plus, cette d’impunité, donne à d’autres «vandales» moins artistiques et moins courageux, l’envie de gribouiller leurs affreuses signatures, sur des façades, des volets, des vitrines de magasin ou sur le matériel des transports en commun. Quand ils le font avec de la couleur ou avec des marqueurs on peut encore facilement effacer, quand il s’agit de pointes métalliques ou même d’outils de vitrier, les dégâts sont évidemment plus conséquents.
Mais qu’on ne se trompe pas de cible. Les premiers vandales, ceux qui escaladent, ne viennent pas du même monde que les seconds. C’est qu’il en faut de l’argent pour pouvoir couvrir ainsi des dizaines de mètres carrés. Dans les années 60, on connaissait deux types de jeunes malfaisants. Il y avait les «blousons dorés» provenant des couches aisées de la population, de la bourgeoisie et auxquels, sauf dans les cas gravissimes, on n’osait pas ou à peine toucher. Il y avait aussi les «blousons noirs », provenant des couches moins aisées, moins favorisées et qui commettaient plus ou moins les mêmes types de conneries, entraînés par l’exemple venu d’en haut. Mais pour ces «blousons noirs» quand ils se faisaient pincer, la sanction était immédiate, sans appel, sévère. Et c’est toujours le même principe en matière de délinquance chez les jeunes, il n’y a pas photo.
Que l’on mette la main sur ces « artistes acrobates », qu’on leur fasse payer cher (mais les parents ont sûrement les moyens de payer), et que l’on fasse savoir, et il n’est pas impossible que demain, notre ville, dont on veut promouvoir l’attrait touristique, ait à nouveau un visage plus humain.
Mais comme l’a écrit Jean De La Fontaine : «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir». En rendant obsolète ces deux alexandrins, on ferait déjà fameusement reculer toute forme d’extrémisme.


Les photos de haut en bas :

- Le toit du Palais des Princes Evêques

- Des tags aériens dans le quartier des Guillemins.





Texte et photos : Gaston LECOCQ