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Expositions

Mis en ligne le 16/10/2005

Vu pour vous : "Idéalisme soviétique" au Musée de l'Art wallon

Indéniablement, les deux volées d’escaliers qui mènent à l’îlot Saint-Georges sont esthétiquement une réussite. Tout en courbe, sans rampes, celles-ci fondues en sculptures métalliques évoquant l’eau jaillissant de nos pouhons, ces escaliers mènent vers le temple du beau et ramènent le visiteur émerveillé sur le sol. Les architectes ont fait œuvre d’art. Toutefois, pragmatiques, tout à côté, pensant aux moins valides, ils ont installé un ascenseur pour transporter ceux-ci sur l’Esplanade. Esplanade sur laquelle le temps de l’exposition « Idéalisme soviétique », l’Ecole d’Horticulture – en l’occurrence M. Coulon et ses élèves – a réalisé une petite « forêt de bouleaux », symbolisant les immenses forêts de Sibérie. Si là, le goulag s’est effondré, ici, l’ascenseur est tombé en panne au moment où le cidre du Pays d’Aubel a remplacé le champagne de France, lors des réceptions de la Ville de Liège. L’ascenseur n’a donc pas été réparé. Et depuis, il y a près de vingt ans, une solution provisoire – baptiser « accès réservé aux handicapés » le monte-charge sis en Saint-Jean-Baptiste, dans un endroit lugubre, crasseux, voire pisseux – est toujours d’application ! Soucieux de l’image de la ville offerte aux visiteurs handicapés et moins valides, les édiles se doivent d’inscrire au budget 2006, année d’élections communales, un poste « ascenseur extérieur » de l’îlot Saint-Georges, haut lieu culturel de la Cité.

« Idéalisme soviétique » au temps de la mise en place de la dictature stalinienne

Actuellement, dans le cadre d’Europalia-Russie, s’y tient l’exposition « Idéalisme Soviétique » simultanément avec « Parfum d’Alcôve » dont la fragrance subsistera jusqu’au 11 décembre. « Idéalisme Soviétique » - sous-titré « peinture et cinéma 1920-1939 » - est prévu jusqu’au 5 février 2006. La commissaire russe de l’exposition liégeoise, Mme Ekaterina Degot précise dans le catalogue (valeur 30€), sous le titre « le réalisme idéaliste » que « l’exposition couvre la période s’étendant de 1927 à 1937 même si des œuvres plus précoces et d’autres plus tardives sont également présentées afin de resituer le contexte général. Il s’agit des années de la mise en place de la dictature stalinienne mais où l’opposition existe encore, laissant subsister une lutte politique acharnée ». Parmi les œuvres plus tardives, il faut remarquer celle qui s’affiche en promotion de l’exposition. Viatcheslav Mariopoulski a réalisé sa « jeune monitrice de pionniers » en 1949. Derrière elle, figure le petit père des peuples. Fin des années cinquante, il a réalisé, quasi à l’identique, une autre version, après que Kroutchev ait, au XX° Congrès du PC, dénoncé le culte de la personnalité de Staline. Dans la version actuelle, Lénine remplace le petit père ! C’est cette version que Liége a repris comme, autrefois, elle a « déstalinisé » le quai des Tanneurs.

« De tous les arts, le cinéma est, pour nous, le plus important »


Le cinéma, «de tous les arts, est pour nous, le plus important » aux dires de Lénine, est également présent à l’exposition « Idéalisme Soviétique » sur trois écrans géants qui présentent une sélection d’extraits de film, opérée par la Cinémathèque nationale de Russie. « Ce qui importe, écrit Oleg Arenson dans le catalogue, c’est le fait que ces images aient été mises en évidence et aient agi sur la perception des masses grâce justement au cinéma, qui les a modelées pour en faire de solides clichés nous permettant de reconnaître après coup le réalisme socialiste ».

« L’Industrie du Socialisme »

La plupart des œuvres présentées à Liége proviennent de la plus grande exposition d’art d’avant-guerre en URSS, « Industrie du Socialisme ». « L’importance de cette exposition, explique Faïna Balakhovskaïa, tient à son idée même : elle fut un idéal jamais réalisé. (…) L’inauguration était prévue pour 1937, à l’occasion du vingtième anniversaire du pouvoir soviétique et de la fin du deuxième plan quinquennal. A cette date, tout était quasiment prêt. Son ouverture n’interviendra pourtant qu’un an et demi plus tard (…) le dessein initial de l’exposition – dont toutes les œuvres avaient été commandées et dont la production devait se faire sous le contrôle du pouvoir – ne pu être réalisé du fait de la volonté de certains hommes, des circonstances et de hautes considérations politiques ».

Des initiales qui évoquent Iossif Staline

Ces expositions – tant « Industrie du Socialisme » que « Idéalisme Soviétique » - présentent davantage des œuvres se réclamant d’un réalisme marqué par le souci d’un idéal, d’une utopie. Dès lors, pourquoi ces titres ? En ce qui concerne, « Industrie du Socialisme », la raison en est connue par la phrase d’Evgueni Katsman : « L’exposition s’appelle Industrie du Socialisme parce que les premières lettres correspondent aux initiales de Iossif Staline. Nous glorifions ainsi les actions du Comité Central de Staline ».
En ce qui concerne « Idéalisme Soviétique » nous y voyons, pour les mêmes raisons, le clin d’œil ironique de la commissaire liégeoise à l’exposition, Mme Ann Chevalier, par ailleurs conseillère provinciale MR !

« L’idéalisme soviétique » au Musée de l’Art wallon, jusqu’au 5 février 2006





Pierre André