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Politique

Mis en ligne le 23/12/2007

Le « Randstad Ier » est installé. La Belgique sauvée…


Des ministres assurant l’intérim d’autres ministres absents durant les vacances, on connaît.
André Flahaut est le prototype idéal du ministre intérimaire. Dans les mois creux de l’été, durant des années, cela a été un des « marronniers » favoris de la presse belge.
En revanche, un « gouvernement intérimaire », c’est une première. Appelons-le dès lors « Randstad Ier ».
L’intérim est prévu jusqu’au 23 mars. Le grand mérite du « Randstad Ier » est d’avoir remisé au placard, le fameux « compteur de crise » signalant depuis combien de jours la Belgique se trouve sans nouveau gouvernement.
Rappel quotidien qui a créé dans la capitale et au Sud du pays, un sentiment de peur qui s’est traduit par l’apparition de drapeaux tricolores – les « drapeaux de la trouille ». Le Roi est allé jusqu’à désigner deux « Réconciliateurs nationaux » Herman Van Rompuy, Président de la Chambre, et Armand De Decker, Président du Sénat. Celui-ci est parvenu à se tirer une balle dans le pied en déclarant que la mission leur confiée durerait plusieurs années. Par cette déclaration, il a souligné combien la rupture entre les Communautés est profonde.
Mieux encore, sur une vague suggestion du Primat de Belgique, des fidèles, à l’image des sorciers faiseurs de pluie, ont organisé un « orathon » suppliant Dieu de doter la Belgique d’un gouvernement fédéral. Angoisse, l’aura-t-on, l’aura-t-on pas ? On l’a sous forme d’intérim. Merci « Randstad Ier ».

On calomnie son temps par ignorance de l’histoire

Partageant l’opinion de Gustave Flaubert « On calomnie son temps par ignorance de l'histoire », nous replongeons dans l’année 2006. Le 1er décembre 2006, le CD&V rompt le cartel avec la NVA au prétexte que celle-ci a accepté, la veille, dans ses rangs Jean-Marie Dedecker, exclu du VLD. La querelle du cartel ne dure guère. Ils se rabibochent le 9 décembre. La NVA exclut Dedecker qui, en bon judoka, rebondit en formant son propre parti. Le président de la NVA, Bart De Wever déclare : « Seuls, nous n’aurions pu être là lors des discussions relatives à la réforme de l’Etat ».
Le 12 décembre, les présidents du CD&V et de la NVA présentent leur plate-forme commune en vue des élections du 10 juin 2007. « Il est essentiel que la Flandre puisse mener sa propre politique socio-économique, fiscale et financière, qui soit taillée sur mesure pour les Flamands ».
Ce qui signifie entre autres mesures appropriation des compétences des soins de santé, de la politique familiale, de l’emploi, de la mobilité en ce compris la SNCB, des télécommunications, de la politique scientifique sans oublier la politique fiscale. Dans « Le Soir » du 11 décembre 2006, Dick Vanoverbeke sonne le tocsin : « ce week-end, le cartel a repris sa place centrale sur l’échiquier. Les francophones n’ont plus qu’à serrer les rangs ».
Le président du PS, Elio Di Rupo invite les présidents des partis francophones à faire front. A l’issue de la première réunion, Joëlle Milquet conclut en trouvant « les chocolats offerts excellents ». Sans doute, en a-t-elle rapporté à ses enfants !
En janvier 2007, le 20, la présidente du cdH enfile sa robe de « Madame Non » en déclarant au « Soir » : « ne serait-ce pas un signal fort, un symbole, si nous, francophones, disions que nous ne voulons pas toucher à l’institution Belgique en tant que telle ? » Pour Joëlle Milquet, refuser que la législature soit une constituante serait « une manière de se retrouver entre francophones et de montrer notre fermeté ». Pour Elio Di Rupo, « cette proposition relève d’une pure stratégie d’opposition », pour Didier Reynders, «cette attitude d’opposition pure et simple risque de créer la zizanie entre francophones » et Jean-Michel Javaux constate « les réformes que redoutent le plus les francophones (…) et tous ces paquets de compétences homogènes dont rêvent les Flamands, ne relèvent pas de la Constitution ».
Dans « La Libre », Francis Van de Woestyne sonne à son tour le tocsin : « cette cacophonie francophone affaiblit le Sud du pays. Il est urgent que les présidents définissent une véritable position commune dans l’intérêt, non pas des partis, mais bien de l’ensemble des francophones qu’ils représentent ».

Les élections législatives du 10 juin 2007

Le dimanche 10 juin 2007, sept millions trente deux mille septante sept électrices et électeurs prennent le chemin des urnes. Les élections se terminent à 15h. La télévision publique commence aussitôt à tenter de donner les résultats. A 15h30, le porte-parole du cdH fait diffuser les résultats d’un sondage réalisé au sortir des urnes, sondage selon lequel le cdH progresse de 30% en Wallonie et 50% à Bruxelles. Plus c’est gros, mieux cela passe !
Le Soir du 10 juin, Joëlle Milquet n’a pas dansé sur les tables avec Yves Leterme et Inge Vervotte. Mais le « grand frère » Yves n’oublie pas celle qu’il appelle affectueusement « kleine zuster ».
Comme en politique, six mois c’est une éternité, rappelons les résultats à la Chambre des élections du 10 juin 2007 : CD&V-NVA 30 sièges (plus 8), MR 23 sièges (moins 1), PS 20 sièges (moins 5), Open VLD 18 sièges (moins 7), Vlaams Belang 17 sièges (moins 1), SP.a-Spirit 14 (moins 9), cdH 10 sièges (plus 2), ECOLO 8 (plus 4), Lijst Dedecker 5 sièges (nouveau parti), Groen 4 sièges (plus 4), FN 1 (plus 1). Le cdH retrouve les 10 sièges obtenus par le PSC, le 13 juin 1999, un résultat qui a valu à ce parti et à son grand frère, le CVP, d’être relégué dans l’opposition, une première depuis des dizaines d’années.

Quel est le poids de chacune de ces formations calculées en pourcentage de l’électorat du Royaume ? CD&V-NVA 18 %51 (plus 2 %20), MR 12 %52 (plus 1 %12), PS 10 %86 (moins 2 %16), Open VLD 11 %83 (moins 3 %53), Vlaams Belang 11 %99 (plus 0,40 %), SP.a-Spirit 10 %26 (moins 4 %65), cdH 6 %06 (plus 0.59 %), ECOLO 5 %10 (plus 2 %04), Lijst Dedecker 4 %03, Groen 3 %98 (plus 1 %51), FN 1 %97 (moins 0,01 %).

On le voit la concordance entre les sièges obtenus et l’importance des votes n’est pas le point fort de notre système proportionnel. Le MR perd un siège en dépit de l’augmentation de 1 %12 de son électorat et le cdH gagne deux sièges alors qu’il n’accroît son électorat que de 0,59 % ! Les partis démocratiques flamands obtiennent 71 sièges et représentent 48 %61 de l’électorat du Royaume. Les partis démocratiques francophones obtiennent 61 sièges et représentent 34 %54 de l’électorat du Royaume.

La leçon perdue du dernier bourgmestre libéral de Liège

Trop jeune pour avoir connu Maurice Destenay, le dernier bourgmestre libéral de Liège (1963-1973) dont la règle de vie était d’afficher profil bas lorsqu’il avait remporté une belle victoire, Didier Reynders – né le 6 août 1958 - laisse éclater toute sa joie de voir le MR l’emporter sur le PS en Wallonie-Bruxelles. Avec ses amis politiques, il ne cesse de répéter « Le MR est devenu, en voix comme en sièges, le premier parti francophone. Il devance ainsi nettement le PS en Région wallonne (31.17% pour le MR 29.53% pour le PS), en région bruxelloise (31.96% pour le MR et 21.47% pour le PS), dans la circonscription de Bruxelles Halle-Vilvorde (22.73% pour le MR et 13.74% pour le PS), ainsi qu’à l’échelle de la Communauté française (31.32% pour le MR et 28.04% pour le PS). Avec 41 sièges (23 pour le MR et 18 pour Open-VLD), la famille libérale reste la première famille politique à la Chambre des Représentants. Elle précède la famille sociale-chrétienne (40 sièges), et plus nettement encore, la famille socialiste (34 sièges) ».

Les péripéties de l’orange bleue

C’est l’ère de l’orange bleue dont les diverses péripéties aboutissent en fin de compte à la formule de « Randstad Ier ». Au début de l’orange bleue, il est hors de question d’y mêler les socialistes. Lorsque l’idée de l’intérim se fait jour, il est hors de question d’y mêler le cdH. Elio Di Rupo exige sa présence, exigence résumée par un Jean-Claude Van Cauwenberghe, goguenard : « Durant six mois, Joëlle Milquet a tout fait pour que le PS entre au gouvernement, il est un peu normal que maintenant le PS fasse un effort pour elle ». Elio Di Rupo n’est pas le seul à intercéder en faveur du cdH. Le « grand frère » Leterme veut également sa « kleine zuster ». Dame après huit ans d’absence au fédéral, CD&V et cdH ont bien besoin d’être ensemble pour protéger dans le Royaume, le « pilier chrétien » de la société belge.
Dans « Randstad Ier », c’est un syndicaliste liégeois pré-pensionné, Josly Piette qui assume ce rôle de gardien. Comme on a toujours entendu dire du bien du travail syndical de Josly Piette, il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement dans son travail politique où il a acquis son premier mandat électif en octobre 2006. Dernier candidat sur la liste cdH de la commune de Bassenge, il a obtenu 895 votes nominatifs précédant de 53 voix la tête de liste Paul Sleypenn. Ce dernier assure depuis vendredi midi l’intérim du bourgmestre en titre empêché.

Le Roi est nu

La constitution du gouvernement « Randstad Ier » a permis de constater la fiction de la nomination par le Roi des ministres, fiction à laquelle les « Ecologistes confédérés pour l’organisation de luttes originales » ont cru, en 1999, lorsqu’ils ont été conviés à participer au gouvernement Verhofstadt I.
En 2007, les « Ecologistes confédérés pour l’organisation de luttes originales » ont cru être conviés à participer à « Randstad Ier » lorsque la formule « 4 + 2 » a été envisagée. Mais rapidement, le PS a réalisé combien cette formule le dessert. En effet, le MR aurait eu trois ministres, le PS deux, cdH et ECOLO un. Aujourd’hui, le PS a le même nombre de ministres que le MR – certes sans avoir de Vice-Premier – mais avec pour partenaire un cdH syndicaliste, il réussit à conférer, du coté francophone, un côté centre-gauche inespéré par les socialistes francophones en fin de printemps 2007.
De surcroît, le Président du PS tourne à la fois la page « Charleroi » en désignant Paul Magnette ministre fédéral lui assurant une visibilité plus grande qu’à la Région, visibilité qui sera bien nécessaire le 14 juin 2009, pour emmener la liste européenne si le Doudou en décide ainsi. Les places y seront chères car la Belgique ne disposera plus au Parlement Européen que de 22 sièges à répartir en trois Collèges, français (8), germanophone (1) et néerlandais (13).
Politologue spécialiste des questions européennes, Paul Magnette sera le « right man » sur la liste européenne du PS tandis que tête de liste carolorégienne aux régionales, il réalisera un score moindre que Jean-Claude Van Cauwenberghe. Ce qui est assurément très mauvais pour l’image de Di Rupo et celle de Paul Magnette. Celui-ci a confié dans un « entretien joker » à Pan du 17 décembre 2007 « depuis très longtemps, les ministres ne sont pas nécessairement des personnalités électoralement fortes. Et c’est d’ailleurs l’un des rares mécanismes qui existe pour renouveler le personnel politique. (…) Des systèmes comme les cooptés, les suppléants et les nominations de ministres en dehors du parlement sont les trois dernières techniques qui subsistent pour faire monter de nouvelles têtes ».





Pierre ANDRE