• Visiteur(s) en ligne : 4
  • |
  • Visiteurs total : 3158791

Expositions

Mis en ligne le 17/12/2007

Del Cour, l’enfant de Hamoir ! A voir jusqu'au 3 février


Ni l’échevin de la Culture, Jean-Pierre Hupkens, ni Elisabeth Muller directrice de l’ASBL « Les Musées de Liège » ne se déguiseront en Père et Mère Noël, le 24 décembre. Pourtant ce serait dans l’ordre des choses car, en cette veille de Noël, ces organisateurs de l’Exposition « Jean Del Cour » ont décidé d’offrir un beau cadeau à tous les visiteurs. Le 24 décembre, de 10 à 17 h. l’accès de la Collégiale Saint-Barthélemy sera gratuit.

Une rétrospective plus riche encore que la première organisée en 1909.

Mise sur pied à l’occasion du tri-cententenaire de la mort du sculpteur Jean Del Cour de Hamoir, cette exposition rétrospective est ouverte depuis la fin octobre et se clôture en début février 2008 (le 3 très précisément). Une exposition qui fera date tout comme l’a faite celle consacrée à Del Cour en 1909, à l’initiative de l’abbé Moret.

De l’avis de Michel Lefftz – commissaire scientifique de l’actuelle exposition - celle de 1909 a contribué « de manière décisive à la mise en valeur d’une partie généralement mésestimée du patrimoine. Cet éveil des consciences contribua assurément à sauver plus d’une œuvre de la ruine ou tout au moins de l’oubli ». Jean Del Cour a sauvé l’Ecole baroque liégeoise qui remonte à la seconde moitié du 17ème siècle et qui s’est créée après son retour de Rome où il s’est formé auprès de grands maîtres italiens dont Gian Lorenzo Bernini dit le Bernin.

A Rome, Del Cour a rencontré le Bernin, le Bernin lui rend visite à Liège

Exceptionnellement, le « Museo Nazionale del Palazzo di Venezia » de Rome a accepté de prêter, vu l’ampleur de la manifestation liégeoise, une terre cuite de « l’ange au titulus », un bozzetto œuvre de Bernin. Le dossier de presse nous apprend que « cette étude en terre cuite du célèbre sculpteur baroque romain Gian Lorenzo Bernini fait partie d’une petite série d’esquisses destinées à mettre en place la composition de l’une des dix grandes statues d’anges en marbre du pont Saint-Ange à Rome (1667-1669). Chacun de ces anges porte une relique en relation avec la Passion ». L’esquisse présentée à Liège est celle de « l’ange au titulus » c-à-d l’inscription – INRI - mise au sommet de la croix. Le Bernin a sculpté, lui-même, dans le marbre la statue géante de « l’ange au titulus », le dossier de presse précise : «Le Bernin n’a pas suivi exactement la composition de l’esquisse du Palazzo Venezia, mais l’esprit de l’œuvre future s’y trouve déjà».

Le « Fonds David-Constant » met en valeur les œuvres de Del Cour minées par le temps

Nombre d’œuvres du Baroque liégeois sont fragilisées en raison du matériau utilisé, du tilleul, un bois particulièrement tendre. Il convenait de restaurer ces œuvres. Ce travail délicat a été mené dans les ateliers de l’IRPA (Institut royal du Patrimoine artistique) qui, depuis 1948, assume l’étude et la conservation des biens culturels du pays. Ce travail a un coût. Grâce au legs de Simone David, ancien doyen de la Faculté de Droit de l’ULg, qui institué le « Fonds David-Constant » dont une des missions est de « mettre en valeur et restaurer le patrimoine mobilier liégeois », le budget de 100.000 € nécessaire à la conservation a pu être bouclé. Ainsi, la restauration de deux paires d’ « anges adorateurs » a été prise en charge par le « Fonds David-Constant » à hauteur de 7.800 € (église Saint-Jean) et de 16.500 € (cathédrale de Liège). Ou encore 5.700 € pour le Christ en croix (église Saint-Nicolas), 14.200 € pour la statue de Saint Jean-Baptiste (cathédrale de Liège), 8.500 € pour le « Groupe de la Sainte-Famille » (MARAM – Musée d'Art Religieux et d'Art Mosan), 6.700 € pour le buste en médaillon de Sainte Thérèse (Musée Curtius).

Qui a-t-il à l’intérieur de l’exposition ? Qu’est-ce qu’on y voit ?


L’exposition « Jean Del Cour » dont la scénographie est due à l’architecte Paul Hautecler rassemble, en cinq thèmes, cent quarante sept œuvres sorties de l’atelier du maître liégeois, sis rue Sœurs-de-Hasque, des documents personnels dont un portrait réalisé par son frère Jean-Gilles ainsi que d’autres sculptures dues à des disciples tel Jean Hans, voire des concurrents tel Arnold Hontoire qui a fait – et fait encore - le bonheur des bénédictines de l’abbaye de la Paix-Notre Dame, boulevard d’Avroy. Les drapés de Del Cour impressionnent. Il y a du divin dans son drapé. Tout qui est passé par Liège a vu des œuvres de Del Cour que ce soit la Vierge de Vinave d’Ile, la fontaine Saint Jean-Baptiste en Hors-Château ou les Trois Grâces qui surplombent le Perron, grâces et non garces comme certains frondeurs les appellent parfois L’original en marbre abîmé par la pollution, conservé à l’Hôtel de Ville, figure évidemment à l’exposition.


Approché par Vauban, Del Cour reste sur la défensive

L’excellent ouvrage de Michel Lefftz, paru aux Editions Racine, « Jean Del Cour 1631-1707 » cite un passage de Pierre-Lambert de Saumery, extrait des « Hommes Illustres du Pais de Liège » où celui-ci raconte que Sébastien le Prestre de Vauban: «instruit de l’habileté et du mérite du sculpteur liégeois lui fit proposer de grandes récompenses pour l’engager à travailler à la statue équestre de Louis-le-Grand, qui devoit être posée dans la Place des Victoires ; mais l’humble Delcour, plus recommandable encore par sa modestie et sa probitée que par sa capacité, refusa de se prêter à ces ofres, qui lui étoient à la fois et si honorables et si aventageuses ; et pour colorer son refus, il présenta son âge avancé et quelques infirmités ».
Faute de Del Cour, Louis XIV a été statufié, sans cheval, par Martin Desjardins, un sculpteur d’origine batave, statue fondue en 1792 pour faire les canons de la Révolution.Vauban et Del Cour n’ont point fait affaire ensemble, ils partagent néanmoins en commun le tri-centenaire de leur mort, Vauban le mercredi 30 mars, Del Cour le lundi 4 avril 1707.

Autour de Del Cour

Jean Del Cour n’est pas seulement mis à l’honneur par la grandiose rétrospective dans la collégiale Saint-Barthélemy. L’Office du tourisme a établi des circuits pédestres ou en autocar qui font découvrir le baroque à Liège par un «itinéraire Del Cour» à l’instar de «l’itinéraire Simenon» ou «sur les traces de Saint-Jacques de Compostelle». En supplément d’âme à l’exposition Del Cour, il y a aussi colloques, concerts, conférences qui permettent de mieux cerner la personnalité de cet artiste hors du commun.

Quant au Musée de l’Art wallon (www.museeartwallon.be), il a mis spécialement en évidence les peintres de l’époque de Jean Del Cour figurant dans ses collections. Il s’agit de Gérard Douffet, de son élève Bertholet Flémal, Gérard Goswin et des disciples de Flémal, Jean-Guillaume Carlier, Gérard de Lairesse, Englebert Fisen. Ce nouvel accrochage est tel que « …au total, on devine une école originale, essentiellement marquée par un classicisme bien éloigné de l’emphase baroquisante des sculptures contemporaines de Jean Del Cour », opinion de Pierre-Yves Kairis (IRPA) dans sa présentation de l’exposition.
C’est un merveilleux paradoxe qui montre que Liège est riche au même moment, de multiples talents différents. Un signe de liberté dont la Cité ardente s’est toujours revendiquée.
Pour infos complémentaires sur l’exposition et manifestations autour : www.expodelcour.be.

Les photos de haut en bas:
- Ange gardien de 1696 en bois polychromé d'une hauteur de 136 cm en provenance de l'église Saint-Sébastien de Stavelot. L'oeuvre est exposée à la rétrospective et figure dans le livre de Michel Lefftz à la page 101.
- Reproduction du portrait de Jean Del Cour réalisé par son frère.
- Vierge à l’enfant en Vinâve d’Ile





Pierre ANDRE