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Société

Mis en ligne le 18/11/2007

Un réservoir d’idées wallonnes pour mesurer la lutte contre les discriminations ?

Le 13 novembre dernier, s’est tenu dans les locaux du «Conseil Economique Régional Wallon» (Vertbois), un colloque intitulé « Peut on mesurer la lutte contre les discriminations à l’initiative de l’ASBL « Pour la solidarité. »(1)
Une démarche de fond particulièrement ardue car la notion de discrimination a sa part d’émotionnel et recouvre également des injustices flagrantes.

Overdose discriminatoire ?

Discrimination en terme de salaires hommes femme, discrimination en terme de réussite scolaire, discrimination à l’embauche, discrimination en fonction de votre choix sexuel…
Il y aurait presque une overdose d’actes discriminatoires ou jugés comme tels. La sociologie permet des enquêtes, la création d’observatoires. La législation permet à la fois une stigmatisation de l’acte, voire une forme de répression pénale. L’économique peut pâtir d’actes discriminatoires.
D’une autre manière « le politiquement correct » et « le marketing correct » peuvent se retrouver alliés objectifs dans l’information, l’action, la gestion de tout acte discriminatoire.

Une Wallonie à l’impact multiculturel


Que nous déclare le ministre de l’Economie de la Région Wallonne Jean Claude Marcourt : « je suis ravi de constater que de plus en plus, le concept de diversité dans la gestion des ressources humaines, en tant que vecteur de lutte contre les discriminations, mais aussi vecteur de redéploiement économique de la Wallonie suscite un véritable intérêt de la part de tous et en particulier des employeurs, des chefs d’entreprises wallons et des partenaires sociaux. » …
« Sur le plan économique, la Wallonie dispose d’atouts importants :sa situation au cœur de l’Europe et son statut de « Région cosmopolite », sa main d’œuvre qualifiée et expérimentée et aussi son potentiel de jeunes qui ne demandent qu’à être mobilisés pour participer au développement économique de notre belle région. Mais la Wallonie recèle également un potentiel humain multiculturel d’une grande richesse qu’il convient de mettre en valeur : ouverture culturelle, plurilinguisme, réseau relationnel avec le pays d’origine »

Dès pièges à éviter

Autres éléments à tenir en compte : un effet cosmétique qui engendrerait une colère légitime des citoyens incriminés. La grande surface mais en évidence un black en vigile, un maghrébin au rayon volaille et une latino au rayon légumes… Point barre. Sur ce plan, l’intervention du représentant d’Ethias Philippe Lallemand directeur des ressources humaines a été très clair.
« Insuffler une politique de lutte contre la discrimination au sein d’une entreprise est très louable, mais si l’on s’arrête à l’aspect politique de communication c’est hyper dangereux. »
L’effet boomerang contraire, existe. « Il a eu un job parce qu’il n’a pas de formation et est d’origine étrangère » Cela propulserait un réflexe de rejet de groupe à groupe et finirait par donner du grain à moudre aux extrémismes. Faut-il rappeler que si le terme cosmopolite est positif dans la bouche du ministre Marcourt, il valait mieux ne pas en être affublé sous Hitler et sous Staline… Attention aussi aux politiques « communautaristes » et aux politiques de « quotas » exportées des Etats-Unis. Ces politiques de « protection » amènent à un meilleur développement de communautés minoritaires mais ont aussi pour effet pervers de piéger d’une autre manière toute objectivité et tout choix d’embauche. La liberté doit elle être contraignante pour permettre la liberté ?
Même si pour faire avancer une cause, la cause des femmes par exemple, les quotas ont été largement utilisés en Europe Occidentale. Mais rien ne dit à moyen terme que cette victoire obligatoire ne soit pas une victoire à la Pyrrhus. Avec une désengagement plus grand et une volonté moindre d’être acteur de la société du côté féminin…

Belgique, Wallonie un retard dans le regard

Poser la question, les questions, ce n’est pas encore y répondre mais pratiquer un état des lieux sans complaisances et sans manipulations. Lors de ce débat, Hassan Boussetta, chercheur du FNRS soulignera que de 1989 à 1993, au sein du contexte belge, la discrimination objective et subjective, avait été très tôt reconnue dans les mots et les propositions mais n’avait jamais été réellement objectivée. Nous aurions un retard notable dans ce domaine, tant en matière de techniques d’investigation, qu’en matière de statistiques.
Les structures sociales jouent un rôle déterminant dans cette politique de non discrimination. Structures publiques comme un CPAS, structures privées comme l’associatif. Avec quel impact, quelle efficacité, même si ces termes sentent le souffre car ils ne laissent que peu de place au temps et à l’intégration véritable. Le social c’est aussi de l’emploi… Ne fusse que les multiples structures communales, le CPAS en étant l’épicentre Ce que rappelait en intro du colloque Jean Pierre Hupkens, échevin de la culture.

Des chartes plutôt que des conventions collectives ?

Jean Claude Marcourt lui emboîte le pas. « Avoir une politique sociale débouche sur des emplois qui n’on rien d’inutile. Un problème grave c’est le non accès à des emplois pour les femmes, où a des emplois partiels quasi forcé en fonction du manque de place d’accueil de la petite enfance. Le secteur de la petite enfance représentera en 2900, 2400 emplois en Wallonie» C’est bien vrai mais avec quel statut ?
« La Région Wallonne s’est lancée dans une notion de charte avec les entreprises, petites, moyennes et grandes pour qu’elles adhèrent à une notion. « Charte de la diversité pour l’égalité des droits et l’égalité de traitement des travailleurs avec et sans emploi » avec les entreprises et les partenaires sociaux. » Martèle le ministre Marcourt.
Le sabre, la persuasion, la conviction, l’acceptation réelle d’une telle incitation ? Cela n’a pas force de décret bien entendu mais joue beaucoup sur l’image, une idée de prix de la meilleure entreprise de… Le processus est en marge. Et a déjà récompensé une institution dont la malversation directoriale antérieure avait laissé pantois… Mais passons… Certains évoquent une notion de « certification » d’entreprise au même titre que le label de qualité d’un produit. Idée lancée par le représentant de la CSC Fernand Antonioli.
D’autres, comme Catherine Bodet chargée de mission vis-à-vis de cette problématique en France évoquent les logiciels performants analysant les lois, les entreprises, les individus tout en sauvegardant le secret de la vie privée…
Serait ce un paradoxe de l’égalitarisme, ou plus exactement de l’égalité des chances de nous placer dans une démocratie humaniste orwellienne ?
Discrimination, exclusion, mal être, ces concepts ne se résument pas à des papillons d’idées mais font partie d’éléments de réflexion à intégrer dans des réalités d’emploi, de logement, d’environnement…

(1) Voir le site www.pourlasolidarite.be pour découvrir l’ensemble des contributions.





Jean-Pierre KEIMEUL