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Musique

Mis en ligne le 18/11/2007

ORW : à propos de Paolo Arrivabeni le nouveau directeur musical et de André Dewé : un pilier irremplacé ?


Le Conseil d’administration de l’Opéra Royal de Wallonie, sur proposition du Directeur général et artistique Stéphano Mazzonis di Pralafera, a nommé Paolo Arrivabeni, Directeur musical de l’O.R.W., pour un mandat de quatre ans qui va du 1er Août 2008 au 31 Juillet 2012 et qui prévoit la conduite annuelle de trois séries de représentations.
Ce choix est excellent pour plusieurs raisons.
En tout premier lieu, on ne peut que se réjouir des qualités exceptionnelles du Maestro Arrivabeni qui, à 43 ans, est un chef d’orchestre dynamique ayant fait très brillamment ses preuves dans la conduite des principaux chefs d’œuvre lyriques nés au XIXème siècle en Italie.
Et cet homme élégant, qui pratique notre langue avec aisance, a dirigé avec succès nombre de concerts lors desquels ses préférences pour Verdi, Rossini ou Donizetti n’empêchaient nullement sa grande intelligence musicale de se déployer avec talent au service de compositions de Bach, de Strauss ou de Wagner.
Il n’est pas utile d’énumérer les multiples scènes européennes qu’il a fréquentées, les nombreux orchestres qu’il a dirigés, les festivals lyriques qu’il a animés, les enregistrements qu’il a réalisés, le détail de son large répertoire ni ses derniers succès à Lausanne, Leipzig, Zurich, Berlin, Bologne, Marseille, Toulouse, Venise ou Vienne.
Par contre, il n’est pas sans intérêt de souligner que l’Émilien Arrivabeni, ancien étudiant à Parme, fut un des chefs préférés du Sovrintendente della Fondazione Teatro Comunale di Bologna un certain Stefano Mazzonis di….
Pour le Directeur Général et artistique de l’O.R.W., faire accepter à Paolo Arrivabeni de diriger musicalement pour la première fois dans sa carrière, un orchestre comme celui de l’O.R.W. constitue une victoire importante, d’autant plus que Liège était en concurrence avec d’autres « maisons d’opéra » non seulement en Europe mais même aux U.S.A..
Ce qui a probablement été un élément important dans les raisons qui ont motivé l’acceptation de Paolo Arrivabeni ce doit être les affinités voire la complicité qui existent entre lui et Stefano Mazzonis quant au choix des œuvres et quant aux méthodes de travail.
Il est important (comme on l’a vu avec Jean-Pierre Rousseau et Louis Langrée puis Pascal Rophé à l’Orchestre Philharmonique de Liège) que des dirigeants de grandes institutions artistiques se connaissent bien et s’apprécient.
Après le départ (naturel pour raison d’âge) de Friedrich Pleyer, le numéro deux de la maison sur le plan artistique était devenu Patrick Davin « Premier Chef invité associé à la Direction Générale » comme l’écrivait le programme de la saison 2007-2008 (certains communiqués l’annonçant même comme directeur musical sans trop préciser «a .i », par intérim).
Jean-Louis Grinda l’aurait sans doute choisi pour cette direction musicale. Il a cependant eu la grande correction d’éviter d’engager l’avenir de l’Orchestre de venu de la compétence de son successeur. Mais ce n’est pas un secret de constater que les relations humaines entre ce « premier chef invité » et les musiciens de l’orchestre de notre opéra n’étaient pas… au zénith. Ce Liégeois volontairement installé dans une capitale majeure, Bruxelles et donnant l’impression de regarder désormais la province avec quelque condescendance expliquait par exemple qu’en étant devenu Bruxellois, il avait l’avantage d’être « sur place » pour diriger l’orchestre de l’O.R.W.. C’est une conception ferroviaire des choses (deux heures de navette en train étant effectivement raisonnables si l’on exclut les trajets du domicile ou du lieu de travail à la gare, les attentes sur les rues et les quais, les retards, etc…) mais préférer vivre à Bruxelles quand Liégeois on pourrait rester à Liège c’est un choix qui influence ce que l’on ressent en son for intérieur qu’on soit artiste ou mandataire.. En outre, il était évident que les choix de programmation de Stefano Mazzonis très bien reçus pour la plupart des mélomanes liégeois ne pouvaient guère être ceux de Patrick Davin. En invitant Arrivabeni à diriger musicalement le Nabucco de Verdi la première oeuvre de sa première saison de direction générale, Stefano Mazzonis ne testait pas un chef d’orchestre qu’il appréciait depuis longtemps mais il voulait voir quelles seraient les relations entre ce chef et l’Orchestre. Elles furent excellentes et permirent de concrétiser la proposition soumise au Conseil d’administration et acceptée par celui-ci.
L’arrivée à Liège du Maestro Arrivabeni est prévue dans plus de huit mois. En attendant et pour la préparer, le Directeur général doit être très attentif à ce que les qualités de l’Orchestre qui ont notablement progressé continuent à le faire. Ensuite, à partir du 1er Août de l’an prochain, cette direction musicale de l’orchestre nécessitera une présence très régulière qui ne se limitera pas à la conduite de trois œuvres par saison (ce qui constitue d’ailleurs un nombre tout à fait réaliste et suffisant). Après Nabucco à Liège, Paolo Arrivabeni vient de diriger le Barbier de Séville au Staatsoper de Berlin, il fera ses débuts en janvier à Munich au Bayerische Staatsoper avec « Il Turco in Italia » puis il retournera à Berlin pour y conduire « Norma » avant de s’embarquer vers les U.S.A. où l’Opéra de Santa Fe a programmé, sous sa baguette, « Falstaff ». Ensuite il reviendra en Europe pour diriger à Palerme « Il Trittico ». Et on nous annonce, une année 2009 particulièrement faste pour ce grand chef qui a signé des contrats pour diriger successivement « I Puritani » à Vienne en janvier, « L’Elisir d’amore » à Paris, à l’Opéra Bastille et « Rigoleto » au Metropolitan Opera de New-York. Excusez du peu, Stefano Mazzonis interviewé par RTC-Télé Liège ajoutant (par hasard ?) « et peut-être à la Scala » !
Liège est fière d’obtenir, grâce au nouveau Directeur Général de son Opéra, un des meilleurs chefs d’orchestre de notre époque pourvu, bien entendu, que celui-ci consacre à son nouveau métier (celui de Directeur musical) ce qui est, pour un artiste de son niveau, le bien plus précieux : du temps, assez de temps .

André Dewez, un pilier de l’O.R.W. : irremplacé ?


Nous n’avons pas essayé de reconstituer la carrière de l’homme discret, souriant, élégant, rigoureux, fiable qu’a été, à l’Opéra Royal de Wallonie, pendant trente-huit ans, son Secrétaire Général, André Dewez. L’heure n’est, en effet, en rien aux notices nécrologiques car, comme moi et comme vous peut-être, Monsieur Dewez a légitimement décidé de prendre sa retraite et, par la même occasion, le temps de se consacrer davantage à ses priorités personnelles. Il a simplement devancé le moment de mettre obligatoirement un terme à ses activités professionnelles, en partant, sans attendre la limite d’âge, au lendemain du changement de Directeur Général, Jean-Louis Grinda ayant passé, cet été, le flambeau à Stefano Mazzonis di Pralafera.
Au cours des quarante années d’existence de l’ORW, André Dewez en aura passé vingt trois avec feu Raymond Rossius, quatre avec Paul Danblon et onze avec le plus Liégeois des Monégasques. Ces trente huit ans, vécus au cœur de la plus importante institution culturelle de Wallonie (l’ORW représentant quelque 300 emplois) ont fait de lui, tant il se trouvait sur tous les fronts, du Théâtre Royal à Verviers en passant par le Petit Théâtre de la rue de la Casquette, de l’accueil aux relations extérieures, des questions sociales aux problèmes techniques (sans oublier depuis une dizaine d’années les séances académiques municipales des Fêtes de Wallonie), ce que d’aucuns appellent un « homme irremplaçable ».
On sait que, la condition humaine étant ce qu’elle est, cette qualification est trompeuse mais nous avons constaté qu’en tout cas dans un premier temps, la fonction de cheville ouvrière, au four comme au moulin, qui fut celle du Secrétaire Général n’a pas été pourvue d’une ou d’un nouveau titulaire : André Dewez reste actuellement irremplacé ;
Cela annonce-t-il, à moyen terme, des réformes de structure ?
C’est possible mais, si elles doivent avoir lieu , il conviendra qu’elles visent un double objectif : la poursuite de la progression de la qualité d’une « Maison d’Opéra » devenue digne d’une grande métropole régionale européenne et, aussi, le renforcement d’un climat de concertation sociale positive car, sans réelle motivation .de chacun(e) à tous les niveaux, la richesse de l’art lyrique, qui est la somme exclusive de ce que lui apportent les femmes et les hommes qui le servent, ne pourrait pas s’épanouir.
En tout cas, nous comprenons qu’André Dewez ait été fêté avec convivialité pour la passion de bien servir Liège et l’Opéra qui a été la sienne.
Nous lui souhaitons, pour notre part, une très heureuse retraite (pas trop stakhanoviste à l’image de celle d’autres…).





Jean-Marie ROBERTI