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Bouquins

Mis en ligne le 20/10/2007

«Charles le Téméraire : de la violence et du sacré»


Charles le Téméraire… Dans ma jeunesse j’ai lu Quentin Durward de Walter Scott, les malheureux liégeois, le fourbe Louis XI dit l’araigne et l’implacable duc de Bourgogne…
Plus récemment je suis tombé sur un ouvrage de Gaston Compère édité par Actes Sud et vendu 1 euro pièce, qui donne du duc de Bourgogne l’image d’un grand tragique. Il soliloque, mort sur le champ de bataille…
Hasard ? L’ouvrage « Charles le téméraire, de la violence et du sacré » évoque la découverte du corps et les commentaires des chroniqueurs de l’époque… (1)
« Quand vint le mardi au matin, ledit page, bien accompagné de notables personnages, s’en alla au champ et au propre lieu qu’il avait dit, trouva comme il disait, le corps du duc de Bourgogne tout nu, assez près de lui, ça et là, environ 14 autres, comme lui dépouillés, gisant sur la terre. Et avait trois plaies mortelles, l’une au milieu du chef, d’une hallebarde qui l’avait fendu jusqu’au dents, l’autre d’une pique de travers les cuisses, et l’autre par le fondement ».

Le duc de Bourgogne se rappelle à nos mauvais souvenirs

Mauvais souvenirs, pas seulement d’ailleurs car sans la magnifiçance de ce personnage qui reste dans la geste moyen âgeuse, les trésors de la cathédrale de Liège seraient bien pâles. Nous possédons un admirable reliquaire qui fut dédié à Liège postérieurement au sac de la ville. Non que ce fut une forme princière de repentir mais bien la manière du duc de Bourgogne de dire à la principauté de Liège qu’elle devenait totalement son féal.
Notre Perron des libertés liégeoises, confisqué par le duc nous fut rendu par sa fille.

«La liberté» ne faisait pas partie de ce monde…

C’est aussi l’occasion de remettre la véritable histoire au milieu des archives. Le sac de Liège, sa barbarie nous la devons à un spadassin tout proche qui à l’époque détient le duché du Limbourg, presque un liégeois. C’est à Frédéric de Witten que Charles de Bourgogne confia en 1468 le sac de Liège. Ce maître des basses œuvres, il est vrai, avait vu son propre duché ravagé par les liégeois…en 1465.
L’ouvrage nous donne une analyse des comportements « des grands », de leurs alliances familiales et de leur incompréhension de cette notion de « liberté » que l’on retrouve chez les grands bourgeois de Liège.
Il faudra effectivement la révolution française pour saper cette notion nobiliaire. Les Princes Evêques qui nous gouvernent à l’époque de Charles le Téméraire font partie de son lignage…
L’ouvrage de Jean Louis Kupper et Philippe Georges est remarquable à plus d’un titre.
Par son iconographie, par sa précision historique et par sa vision d’un monde d’art sans frontières, où l’imagerie du duc de Bourgogne se retrouve aussi bien à Liège, à Bruges, à Nancy ce qui se comprend par le lieu même de la tragédie qui vit le duc de Bourgogne périr au combat, mais aussi à Berne.

Un tourisme culturel Liège- Nancy

Ce n’est pas par hasard si des liens se sont tissés entre la cité nancéenne et Liège et Charles le téméraire devient curieusement notre ambassadeur de charme.
Jean Pierre Hupkens échevin de la culture était présent à la conférence de presse, au même titre que son homologue de Nancy, l’adjoint au maire chargé de la culture, Laurent Hénart. Et le Consul général de France à Liège, Patrick Fers, honorait de sa présence Sans oublier l’évêque de Liège garant d’un patrimoine qui fait notre richesse.
Willy Demeyer notre bourgmestre et le maire de Nancy André Rossinot dans la préface du livre, soulignent l’excellente collaboration des musées de Nancy et Liège, mais aussi des universités de Liège et Nancy 2.
Développer les relations entre les deux régions, sous l’aspect culturel, touristique, et économique via le concept et le personnage du duc de Bourgogne c’est plus qu’une idée, c’est déjà un projet.

Jean Pierre Keimeul

- (1) page 69 de l’ouvrage.
- En couverture du livre, un tableau de Fayen Perrin, peintre du 19ème intitulé « Charles le Téméraire retrouvé à la bataille de Nancy » représente la découverte du corps.

- «Charles le Téméraire : De la violence et du sacré» de Philippe George, Jean-Louis Kupper - Editions du Perron - Format : 17 x 24 cm – 96 pages – 20 € -ISBN : 978-2-87114-221-8