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Musique

Mis en ligne le 21/09/2007

Entendu pour vous… :«Va pensiero, sull’ali dorate»


Dans la brochure présentant sa première saison de direction générale et artistique de l’Opéra Royal de Wallonie, Stefano Mazzonis di Pralafera écrit : « J’ai invité à Liège de grands chefs et de grands chanteurs qui mettront souvent pour la première fois le pied dans la Cité ardente. C’est mon plaisir de mélomane que de partager avec vous des coups de cœur pour tel ou tel interprète ».
Nous avons déjà pu apprécier, lors de la générale du drame lyrique de Giuseppe Verdi : « Nabucco », la pertinence de ce propos. Dix représentations étant prévues, les trois rôles principaux ont été, chacun, distribués à deux artistes : Susan Neves et Alessandra Rezza pour Abigaille, Mark Rucker et Carlos Almaguer pour Nabucco ainsi que Paata Burchuladze et Riccardo Zanellato pour Zaccaria. Nous avons écouté les interprètes de la deuxième distribution (celle à Liège des samedi 22, mardi 26 et vendredi 28 septembre à 20 heures ainsi que du dimanche 30 septembre à 15 heures). Le niveau qualitatif de ces artistes s’est avéré tout à fait remarquable ce qui démontre bien la qualité du carnet d’adresses de celui qui était précédemment le « Sovrintendente della Fondazione Teatro Communale di Bologna ». Bien entendu, ils n’étaient pas seuls mais leur intelligence musicale, leur puissance vocale, leurs talents d’acteurs se conjuguèrent pour contribuer au grand succès d’un des chefs d’œuvre du maître de Busseto.
La soprano italienne Alessandra Rezza venait effectivement pour la première fois à Liège et son tempérament comme le timbre de sa voix, assuré avec une apparente facilité même dans les aigus les plus scabreux, ont immédiatement fait comprendre pourquoi, de Bologne à Berlin, les scènes les plus prestigieuses font appel à elle.
Quant au Mexicain Carlos Almaguer, nous le connaissons mieux. Pas du fait de sa nationalité mais parce qu’il remporta, il y a dix ans, le concours de chant de Verviers, ce qui lui valut d’être engagé à Cologne puis à Liège où il se produisit, en 2000, pour incarner « Amonasro » dans « Aïda» puis, en 2005, dans « La force du destin » pour y interpréter magistralement Don Carlo di Vargas. A présent, ce Mexicain triomphe dans des arènes désormais pacifiques et néanmoins prestigieuses, celles de Vérone, où lui a été confié le rôle d’Alfio dans « Cavalleria Rusticana » de Pietro Mascagni. Carlos Almaguer a, dans le rôle titre de « Nabucco », sut évoluer pour refléter les attitudes changeantes de son personnage. Ce baryton a une voix ample et naturelle qui a confirmé à Liège qu’il est devenu un des grands interprètes verdiens.
Mais le spectacle de rentrée de l’O.R.W. ne vaut pas seulement par deux des artistes principaux (photo Jacky Croisier) de la « deuxième » distribution qui comprenait aussi une basse italienne jusqu’à présent inconnue à Liège mais qui s’est récemment illustrée à la Scala de Milan ou à la Fenice de Venise : l’excellent Riccardo Zanellato.
En effet, il convient, tout d’abord , de se réjouir de la qualité orchestrale, sous une direction musicale nouvelle et efficace, d’une mise en scène créatrice d’une esthétique souvent remarquable et de l’importance dans ce mélodrame des chœurs, ceux de l’O.R.W. ayant été renforcés par des Namurois qui se sont spécialement formés au Chœur d’Opéra.

Le Maestro Paolo Arrivabeni qui a déjà dirigé des orchestres comme ceux de la Fenice, du Staatsoper de Berlin et de celui de Vienne, s’avère un directeur musical verdien de grande qualité qui a permis à l’Orchestre de l’O.R.W. de confirmer les progrès réalisés pendant les onze ans de direction – plus germanique – du Viennois Friedrich Pleyer.
La mise en scène de l’acteur et scénographe japonais Yoshi Oida (qui vint à Liège dans le cadre du regretté « Festival du Jeune Théâtre » animé par Robert Maréchal), ce comédien de la troupe de Peter Brook qui joua aussi au cinéma pour Peter Greenaway, est assurément un esthète. Nombre de scènes du spectacle présenté étaient de véritables tableaux . Si l’éclair symbolisé par des phares qui aveuglent les spectateurs ou bien si les yeux télévisuels qui observent rois et prêtres d’Assyrie ou d’Israël peuvent être contestés par d’aucuns, par contre la scène lors de laquelle Ismaele dénudé se recueille devant une cascade lumineuse s’avère, par exemple et comme bien d’autres, d’une réelle beauté plastique. Yoshi Oida a été assisté par la chorégraphe Maria Cristina Madau, les décors étant dus à Tom Schenk, les costumes (bleus des Hébreux, rouges des Assyriens) à Antoine Kruk et les lumières étant réglées par Andrea Oliva. Aucun de ceux-là n’était venu précédemment à l’O.R.W..
On connaît la place majeure des chœurs dans les premières grandes œuvres de Verdi parmi lesquelles « Nabucco » (dont nous ne raconterons pas l’histoire tarabiscotée et sans grand intérêt comme d’ailleurs le livret). Cette fois encore le chœur des esclaves hébreux (« Va pensiero, sull’ali dorate… ») fut ovationné. Les Chœurs de l’O.R.W. et le Chœur d’Opéra de Namur dirigés par Edouard Rasquin, le méritaient amplement car la qualité de leur présence pendant les quatre actes s’avéra déterminante dans la réussite de ce grand spectacle.
L’O.R.W. a tenu à remercier spécialement Marcel Seminara pour sa participation à la préparation des Chœurs dans « Nabucco ».
Enfin, des chanteurs comme Sebastian Na, Eufemia Tufano et Zheng Nan (trois artistes qui n’étaient pas encore venus à Liège, eux non plus) ou bien comme les habitués de notre scène que sont Léonard Graus et Jairo Nuñez ont fort bien complété une distribution homogène.
Ce sont d’excellents débuts pour une saison très italienne qui ne manquera pas de continuer à séduire les mélomanes de Liège et de l’Eurégio qui ont un faible pour le bel canto car, pour eux, si la musique classique avec Bach, Mozart, Beethoven … est d’abord germanique, par contre l’art lyrique est d’abord méridional grâce à Verdi, Puccini, Donizetti et autres compositeurs italiens que nous promet en 2007 et 2008, l’O.R.W. de Stefano Mazzonis, lui qui a raison d’entamer ainsi sa direction générale car cela attire un nombreux public dont l’opéra a besoin pour rester un art majeur au XXIème siècle.





Jean-Marie ROBERTI