• Visiteur(s) en ligne : 4
  • |
  • Visiteurs total : 3138420

Reportage

Mis en ligne le 19/09/2007

Aventure sur le Pandora (5)

Avant-propos

En exclusivité, Proxi-Liège présente le périple effectué de mi-juin à début août, par Luc Toussaint aux confins de l’Union Européenne, à bord du voilier « Le Pandora ». Ce bâtiment a quitté le port des yachts de Liège, en 2006, en direction de l’Est de l’Europe, une traversée rarement tentée.
Depuis une quarantaine d’années, Luc Toussaint, producteur audiovisuel à la RTBF , est connu, sur la place de Liège, pour ses diverses activités tant sur le plan associatif que politique. En 1968, en octobre, il figure parmi les leaders étudiants aux côtes, notamment, du futur baron Guy Quaden, Gouverneur de la Banque Nationale de Belgique ! Quelques années plus tard, en 1982, il amorce une carrière politique qui l’amène d’Echevin de Liège – « du rock et du boulot » - à la Chambre des Représentants.
Depuis une quarantaine d’années, Luc Toussaint est connu, à travers le monde, comme un impénitent voyageur, un bourlingueur. En 1973, il est à Kabul, lors de la destitution du roi Zaher Chah et l’instauration de la République. Il est aussi un sportif. Dès 1988, il participe à divers Marathons – crée celui de Liège devenu depuis, ailleurs, le « Marathon de la Meuse ».
En 2008, Luc Toussaint - né à Retinne, le 27 avril 1948 -, participera, pour la quatrième fois, au Marathon de New-York en novembre. Il entre dans ses intentions d’y emmener nombre de ses concitoyennes ou concitoyens soit comme participants ou supporters - luctoussaint@skynet.be.

Bonne lecture de « Aventure sur le Pandora » ou « Les carnets de voyage de Luc Toussaint ». Vous retrouverez un parfum de vacances ! Les titres et sous-titres sont de nous.

Pierre ANDRÈ

Chapitre cinq : «Le grand jour s’est levé ! À nous le Bosphore à la voile !»

Les marins pêcheurs ne nous ont pas réveillé de bonne heure et c’est à 7 h que nous avons découvert sous un grand soleil ce petit port très hospitalier coincé au pied des rochers et surmonté d’un immense drapeau turc.
Pouvions-nous sortir du Pandora et enfin fouler le sol turc ? Sans chercher la réponse, François et moi sommes partis à la quête de pain frais et d’œufs pour la fricassée matinale. Au retour, à hauteur du bateau, François remarque que la ligne de flottaison est 3 à 5 cm plus haut ! Comment le Pandora peut-il être plus léger et sortir ainsi de l’eau de 5 cm de plus depuis le Danube ? Rien de tout cela, il s’agit simplement de la salinité qui a grandement évolué : des eaux douces du Danube, de la Mer Noire peu salée, nous voici dans le Bosphore avec une salinité des eaux proche de celui de la Grande Bleue ! C’est bien sûr l’eau qui porte les bateaux, mais le sel joue un rôle non négligeable. La fricassée est vite dégustée, plus rien ne peut attendre.
Quelques minutes plus tard, le Pandora sort du port.

Bosphore, je t’aime à mourir

Et voilà, ça y est ! J’y suis enfin, face à ce Bosphore, véritable avenue maritime de 30 Km qui relie la Mer Noire à la Mer de Marmara puis à la Mer Egée (par les Dardanelles) et enfin à la Méditerranée. J’y suis, et pour la première fois, je vais l’emprunter en voilier et entrer dans Istanbul comme un navigateur !

Quelle émotion, quel grand moment pour moi - et pour Francine et François bien sûr !- moi qui suis déjà venu plus de 20 fois à Istanbul : en auto-stop, en 4 L, en Renault 16, en motor-home, en avion. Moi qui ai débarqué sur les rives du Bosphore la première fois en 1968. À cette époque, pas de pont, tout le trafic routier passe par les ferries alignés à hauteur de la gare ferroviaire d’Eminönü, celle de l’Orient express et de l’inspecteur Poirot. Ces ferries qui relient toutes les 15 minutes les deux rives et réunissent ainsi le continent européen à l’Asie Mineure dans un ballet nautique permanent, 24 heures sur 24.
L’entrée du Bosphore est très large et la houle de la Mer Noire, calmée durant la nuit, subsiste néanmoins et porte le Pandora vers le sud. Un vent léger mais régulier gonfle le génois, François arbore un large sourire, mon cœur bat très fort. Fièrement, le bateau se glisse dans le passage et au loin, droit devant, j’aperçois déjà les premiers grands cargos qui viennent en sens inverse.
Ici, tout est exceptionnel, unique ! L’eau de la Mer Noire étant moins salée, donc moins dense que celle de la Mer de Marmara, de nombreux courants perturbent la navigation et il est fréquent que des navires heurtent un rivage. Il faut dire que la traversée du Bosphore devient de plus en plus périlleuse d’autant que 45 000 cargos le parcourent actuellement chaque année : cargos transportant des containeurs, du bois mais aussi du pétrole, du gaz, des produits chimiques, des déchets radioactifs. La disparition de l’URSS et la fin de la guerre froide ont bien changé la donne, si le trafic des bateaux de guerre et des sous-marins a diminué, celui du fret marchand a décuplé suite à l’accord économique régional, sorte de marché commun des pays de la Mer Noire initié par la Turquie. La Turquie, dont la ville la plus peuplée – 16 à 20 millions d’habitants – borde ce chenal, est tenue de respecter l’Accord de Montreux de 1936 sur la liberté de passage des navires et ne peut imposer la présence d’un pilote sur chaque cargo ! Seule la navigation des bâtiments de guerre est « contrôlée » et les sous-marins doivent passer en surface suite à la pose de filets par l’OTAN, dont la Turquie est un des membres et partenaires privilégiés, pour ne pas dire « le bon élève ».
Et cependant, en ce début de traversée, c’est le calme et la sérénité qui prédominent en ce lieu mythique et grandiose ! Trois kilomètres de large et plus de 60 m de profondeur entre les collines verdoyantes des deux rives très semblables à l’entrée, peu de constructions, uniquement les ruines d’une forteresse byzantine sur le côté asiatique.

Miracles de la technologie

10 h 30 en ce lundi 1er juillet, la dernière étape du périple débute. À droite, une crique et une petite plage longues de 100 m, une terrasse et un restaurant sur pilotis, déjà des baigneurs, les Stambouliotes profitent des heures de la matinée. À hauteur du premier village de la rive asiatique, Anadolu Kavagi, les premiers dauphins nous accueillent. Au loin – très loin - on distingue les premiers gratte-ciel du quartier moderne de la rive occidentale ainsi que la masse grise de l’hôtel de Tarabya qui barre très inélégamment l’entrée de la petite baie. Deux grands cargos nous croisent et les premiers « vapurs » apparaissent. Les « vapurs », ces bateaux-mouches ou ferries sillonnent le Bosphore de toutes parts, en tout sens, chargés de passagers qui se rendent le plus souvent à leur boulot, parfois sur une plage ou en visite familiale.
Incroyable ! Je n’en crois pas mes yeux…..fixés sur l’écran de l’ordinateur de François, le point jaune, là au milieu de l’écran, ou plus exactement au milieu du Bosphore, c’est le Pandora ! Grâce à Google Earth et au GPS, nous pouvons suivre notre progression en direct sur l’écran de l’ordinateur portable !
Rumeli Kavagi, le premier village de pêcheurs de la rive occidentale est à notre hauteur, village de pêcheurs avec ses restaurants de poissons et les premières constructions de bois. Puis c’est Sariyer, le port le plus important du détroit, d’abord dissimulé dans un recoin, il apparaît dans toute sa splendeur avec ses dizaines de restaurants à poissons et les premiers « yali », grandes maisons de bois à plusieurs étages.

Tarabya, partons en croisière sur mes souvenirs!

On se rapproche de Tarabya, situé au premier tiers du trajet, Tarabya qui évoque chez moi l’amitié et des soirées gastronomiques avec André et Aydin, mes amis de la convivialité de Liège et d’Istanbul.
André ou le Turc comme l’appellent beaucoup de Liégeois, fait du business en Turquie depuis plus de 30 ans dans le secteur du textile.
Quant à Aydin, c’est le Turc devenu Liégeois par amour d’une Liégeoise et qui, après des années passées dans la diplomatie (Représentant diplomatique du Gouvernement wallon à Ankara), termine sa carrière en mettant son expérience professionnelle au service d’une grande multinationale européenne.

Tarabya me rappelle aussi que j’ai couru le marathon d’Istanbul en tête durant environ 500 mètres ! Ceci demande une explication. Début des années nonante, je suis chez André qui habite sur les hauteurs de ce petit port et je décide de m’offrir un jogging d’une heure d’entraînement au bord du Bosphore. Arrivé à pied d’œuvre en voiture, je suis stoppé par la police qui bloque toute circulation le long de l’eau. Qu’à cela ne tienne, je ne suis pas venu faire une balade en voiture et je l’abandonne pour me lancer tel un « Zatopek ». Me voici tout heureux et fier de jogger dans cette belle matinée sur les trottoirs bordant la chaussée vide de tous véhicules, persuadé qu’un cortège officiel, peut-être présidentiel, va passer. Le léger vent du Bosphore rend le jogge plaisant, néanmoins je suis interpellé par le regard rieur de plusieurs badauds postés sur les trottoirs. Cinq cents mètres plus loin, j’arrive à hauteur d’un poste de ravitaillement pour des sportifs, à ce moment, je suis dépassé – presque laissé sur place - par la voiture qui ouvre une course et les premiers coureurs. Point de cortège présidentiel, la police ferme simplement la route pour protéger le Marathon d’Istanbul que je viens de « courir en tête » sur quelques centaines de mètres !

Rêver d’aller chez Garaj, hélas

Revenons à nos moutons ou du moins revenons à bord du Pandora, à mon projet de déjeuner dans le restaurant « Garaj », celui-là même qui m’a souvent rassasié en compagnie d’André et Aydin. Mezze avec ses dix plateaux d’entrées diverses et salades, anchois grillés ou à l’huile, caviar d’aubergines, purées de tomates fraîches avec du yaourt, börek, cacik (comme le tzatziki grec), friture de petits poissons et en plat la brochette d’espadon, le bar ou le turbot grillé : que de festins et de joies au « Garaj », avec ou sans raki ! Hélas, le port est complet et il est totalement impossible de s’y ancrer.(A suivre…)

Luc TOUSSAINT

Prochain épisode « Istambul ou Constantinople, le bonheur est là »

- Légende photo 1 :Image de la modernité et de la richesse économique, le pont suspendu contraste avec les palais et mosquées des 18 et 19° siècles.

- Légende photo 2: Sur les rives du Bosphore s'élèvent de superbes édifices.