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Reportage

Mis en ligne le 14/09/2007

Aventures sur le Pandora (3)

Avant-propos

En exclusivité, Proxi-Liège présente le périple effectué de mi-juin à début août, par Luc Toussaint aux confins de l’Union Européenne, à bord du voilier « Le Pandora ». Ce bâtiment a quitté le port des yachts de Liège, en 2006, en direction de l’Est de l’Europe, une traversée rarement tentée.
Depuis une quarantaine d’années, Luc Toussaint, producteur audiovisuel à la RTBF , est connu, sur la place de Liège, pour ses diverses activités tant sur le plan associatif que politique. En 1968, en octobre, il figure parmi les leaders étudiants aux côtes, notamment, du futur baron Guy Quaden, Gouverneur de la Banque Nationale de Belgique ! Quelques années plus tard, en 1982, il amorce une carrière politique qui l’amène d’Echevin de Liège – « du rock et du boulot » - à la Chambre des Représentants.
Depuis une quarantaine d’années, Luc Toussaint est connu, à travers le monde, comme un impénitent voyageur, un bourlingueur. En 1973, il est à Kabul, lors de la destitution du roi Zaher Chah et l’instauration de la République. Il est aussi un sportif. Dès 1988, il participe à divers Marathons – crée celui de Liège devenu depuis, ailleurs, le « Marathon de la Meuse ».
En 2008, Luc Toussaint - né à Retinne, le 27 avril 1948 -, participera, pour la quatrième fois, au Marathon de New-York en novembre. Il entre dans ses intentions d’y emmener nombre de ses concitoyennes ou concitoyens soit comme participants ou supporters - luctoussaint@skynet.be.

Bonne lecture de « Aventure sur le Pandora » ou « Les carnets de voyage de Luc Toussaint ». Vous retrouverez un parfum de vacances ! Les titres et sous-titres sont de nous.

Pierre ANDRÈ

Troisième chapitre : cours de voile en mer

En quittant Constanta par un matin ensoleillé, le Pandora semble fier et heureux. La navigation s’annonce calme, vents de dos et seulement 2 heures pour rejoindre la nouvelle marina d’Eforie Nord (à 12 Km par la route). Comme prévu, rien à signaler dans cette petite station balnéaire populaire, animée dès 8h30 par les milliers de vacanciers, exclusivement roumains, prenant les plages d’assaut.

Nous avons quitté Eforie le 24 pour prendre la direction de Mangalia, dernière étape roumaine : une navigation de 5h30 qui marque la mémoire de l’équipage et surtout de son capitaine car, enfin, « le spi a été déployé durant les trois quarts de la traversée » (extrait du livre de bord) !
Le spi, mais qu’est-ce que c’est ? Attention, ici je mets les pieds sur un terrain glissant et je dois donc être très prudent. D’abord, je dois vous dire que depuis mon arrivée sur le Pandora, j’entends parler de « Génois », « Spi », « Foc » pour des voiles d’avant ! J’ai évidemment posé des questions, à chaque fois les mots changent : le génois devient un phoque (sic), ou le phoque est un Génois, quant au spi….Alors là, paumé et d’autant plus perdu mais émerveillé que François en parle comme d’une baguette magique, une lampe d’Aladin, la solution à tout, son Graal !
J’ai donc adopté un profil modeste et humble (quel effort !) et j’ai jeté un œil dans le glossaire du bouquin (une brique de 2 Kg transportée depuis Liège), intitulé « Le cours des Glénans » paru au Seuil. Voici ce que j’y ai trouvé : spinnaker ou spi, voile d’avant légère portée en avant de l’étrave et que l’on utilise aux allures portantes. D’autre part, ceux qui sont le plus attentifs l’auront compris, le génois est un foc. Ce que je peux encore ajouter, c’est que le spi de François est asymétrique ! Interrogée elle aussi sur ce point « baguette magique », j’ai appris par Francine que le spi de François porte les couleurs jaunes et noires. Il a été fabriqué en Chine. Comme on le comprendra, le spi de François fera partie des points sensibles et mystérieux de cette saga.

Mangalia et gogosi

Mangalia, le dernier port roumain, n’est pas très différent des autres sinon que, pour la première fois, j’y vois des bateaux de pêche de mer. C’est en effet une intrigue, depuis Sulina, tous les restaurants présentent à leur menu du poisson, mais uniquement de rivière et jamais de poisson de mer si ce n’est du saumon (mais importé congelé). Pourquoi un pays bordant une mer sur des centaines de Km ne pratique-t-il pas la pêche de mer en dehors de la pêche à la ligne à partir de petites barques de 2 ou 3 personnes ? Cette question reste sans réponse jusqu’à Mangalia où apparaissent les premiers chalutiers.
C’est à Mangalia également que je me laisse tenter pour la première fois par les « Gogosi », sortes de beignets ou donuts, vendus à tous les coins de rue comme les « chiros » en Espagne voici encore 10 ans. Jusqu’à ce jour, mes efforts pour mépriser ces sucreries ont été efficaces puis j’ai craqué. Quel délice, quel bonheur, je me suis retrouvé comme un gosse à la Foire d’Octobre ou dans la vieille cuisine de Mamy lorsqu’elle préparait avec amour les beignets pour ses petits chéris (outre Francine et moi, n’oublions pas Eric, le gros Fifi à sa Mamy). Il faut dire que celui que j’ai dégusté est, aux dires de Francine la spécialiste, le meilleur « Gogosi » de toute la Roumanie !
Le Pandora amarré à la sortie des égouts de la ville, je ne vous raconte pas les odeurs, quitte le port de bon matin pour rejoindre Balchik, première station balnéaire bulgare de notre route.

Quatre bougres ont l’œil sur le Pandora

Après 10 heures de navigation (départ à 7 h de Mangalia), et un changement complet de la topographie des côtes – les grandes plages des plaines roumaines ont fait place aux falaises souvent boisées de Bulgarie – arrivée dans un port bordé de collines verdoyantes, de falaises blanches et entouré de nombreux hôtels, restaurants et occupé de nombreux bateaux de plaisance de toutes sortes.
L’accueil par les « autorités portuaires, de la police des frontières, des douanes et de l’immigration » est bulgare ! Je dois d’emblée confesser que je garde de très mauvais souvenirs de mes passages en Bulgarie lors de mes voyages vers l’Orient dans les années 60 et 70. Il faut dire qu’à l’époque, je voyage en « autostop » sac au dos, avec ma tête de routard sur « la route des Zindes », comme dit Philippe Gloaguen, le fondateur du « Guide du Routard » qui m’accompagne déjà en 1971 !
A Balchik, de nombreux souvenirs me sont ainsi revenus en mémoire lorsque les 4 pandores nous ont intimé l’ordre de rester sur le bateau : « Interdiction de descendre, on attend les instructions et l’on vous informe ». Ils sont quatre, côte à côte sur le quai surplombant le Pandora fatigué par une longue navigation sous un soleil d’enfer. Quatre fonctionnaires avec trois points communs, une tête des mauvais jours, des lunettes noires et une petite mallette noire elle aussi, une seule différence entre eux, la variété des verts et bleus de leurs uniformes !
Nous avons dû tourner en rond dix minutes sur le bateau, attendre une instruction venant d’ailleurs et donnée au téléphone à l’homme aux lunettes les plus sombres. Qu’attendent-ils comme ordre ou comme information ? Sommes-nous les premiers touristes à arriver par la mer dans cette station balnéaire ? Pourquoi un tel comité d ‘accueil incapable de souhaiter la bienvenue à des voyageurs munis de passeports européens ? Bref, on ne comprend pas cette attitude peu diserte, autoritaire, peu hospitalière. Puis est venu l’appel téléphonique, véritable coup de baguette magique, les sourires sont apparus et les mains ont été présentées en poignées amicales de bienvenues !
Curieux cette situation, tendue d’abord puis presque amicale. Mais n’exagérons rien, les formalités ont néanmoins demandé 45 minutes de discussions pour l’échange des informations, des papiers d’immigration et des documents de l’autorité du port – permis de stationnement, certificat temporaire de navigation et un certificat de clearance. Et pour ne rien oublier, la police des frontières a bien insisté sur le fait que le Pandora est en infraction faute d’arborer le pavillon de navigation portant les couleurs de la Bulgarie. Toutefois pas de précipitation, la police nous accorde un délai jusqu’au lendemain pour trouver dans une des nombreuses boutiques –souvenirs le dit drapeau.
Il faut dire ici que la navigation implique une multitude d’autorisations et donc de démarches et contrôles de toutes parts (y compris pour le plaisancier). A chaque escale dans un port ou à un quai de stationnement que ce soit sur un fleuve ou en mer, le skippeur doit déclarer la liste des passagers et présenter le permis temporaire de navigation reçu à l’entrée du pays. Selon les pays, l’autorité du port doit informer la police et les services de l’immigration ce qui se traduit en Roumanie comme en Bulgarie par des situations généralement kafkaïennes, parfois cocasses ou franchement hilarantes. Tout cela se double du fait qu’il faut le plus souvent s’acquitter d’une taxe portuaire et parfois de loyers ou de redevances les plus diverses.

Gastronomie bulgare

Remis de cet accueil, le voilier amarré et rangé, nous voilà affamés à la recherche du petit resto sympa qui va nous proposer autre chose que du silure à la sauce blanche à l’ail. Munis de nos ordinateurs portables sous le bras à la recherche de wireless, nous traversons la petite ville et découvrons tous les restaurants alignés le long de la marina. Tous les rabatteurs nous tendent, les uns après les autres, leur menu mais aucun ne dispose de Wifi. Nous nous installerons donc chez le dernier, non sans avoir obtenu l’accord préalable de pouvoir charger nos machines sur le réseau.
Enfin des poissons de mer à la carte ! Sans hésitations, François et moi choisissons la bonite grillée avec des frites, Francine se contentant d’une salade « chopska ».

Je ne résiste pas à vous donner la recette de la bonite, célèbre poisson de la Mer Noire, façon restaurant « Balchik ». Avant toute chose, il faut acheter un appareil électroménager et bien conserver l’emballage, c’est-à-dire la boîte en carton. Faire tremper le carton dans de l’eau tiède durant une heure, éponger puis le faire griller à l’huile d’olive troisième pression à chaud dans une poêle qui peut attacher. Servir avec un accompagnement au choix.
Fort de cette expérience, je choisis le lendemain un plat plus classique encore et que personne ne peut rater : chicken nature. Alors là, c’est l’apothéose lorsque je découvre sous la dent que le filet est en fait un magma gélatineux de « matières de poulet reconstitué » ! Merci la gastronomie bulgare, je m’en tiendrai à l’avenir à la salade « chopska ».

Balchik dans les prés

Avant de quitter Balchik, les activités n’ont pas manqué : un jogging paisible, la visite de la villa château, du jardin botanique et des plantations de la reine Maria de Roumanie, quelques heures de Wifi et plusieurs Gin Tonic au bar climatisé de l’hôtel « Le Mistral ». Un hôtel très bien fréquenté au vu des voitures stationnées devant : Lamborghini, Aston Martin, Hummer, Porsche immatriculées en Allemagne, sans doute les voitures d’enfants prodiges ayant fait fortune ou à tout le moins du « business » à l’étranger et rentrés au pays pour parader.
Fier d’arborer le pavillon bulgare, le Pandora laisse Balchik derrière lui et gagne en cinq heures de navigation Varna, la grande ville de la Mer Noire dont le grand port industriel apporte les commodités habituelles et classiques. Le lendemain, départ à 8 heures après les formalités désormais connues et arrivée à Nessebar après une très belle navigation – vraisemblablement la plus agréable jusqu’à présent – dont plus de la moitié avec le spi sans oublier les nombreux groupes de dauphins qui nous ont salués et parfois accompagnés durant plusieurs minutes.
La marina de cette ville ancestrale riche de vestiges est complète, envahie par de très nombreux bateaux pirates, catamarans et autres caïques prêts à balader les milliers de touristes venus de tout le pays et de toute l’Europe. Mais l’heure n’est pas à la virée en mer car le ciel s’assombrit et le tonnerre gronde. En quelques minutes, le ciel devenu noir, déverse sur la région des pluies torrentielles et des grêlons bruyants sur les coques et toits des voiliers. (A suivre…)
Luc TOUSSAINT

Prochain épisode : « L’armée turque au service du Pandora »


Légende photo 1 : Le Pandora fend la Mer Noire, 3 voiles blanches déployées....

- Légende photo 2 : Le Pandora à Balchik, petit port de plaisance sur
la côte bulgare