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Expositions

Mis en ligne le 18/08/2007

Che Guevara, 40 ans après


Comme beaucoup de jeunes de son époque, Virgile Gauthier, directeur de l’Abbaye de Stavelot et ex homme de radio (RTBF-Radiolaine) a, avant toute chose été un enfant de la radio. Aujourd’hui, son travail consiste a faire principalement de l’Abbaye de Stavelot, un lieu incontournable du paysage socio culturel du Pays de Liège et il y réussi fort bien par ailleurs en choisissant, pour thème des expositions temporaires qui s’y déroulent, des sujets qui en attirent plus d’un. C’est ainsi que l’année 2006 a été exceptionnelle avec l’exposition consacrée aux Templiers qui s’est révélée être une des expos les plus visitées en Communauté française. L’année 2007 a pour sa part bien débuté avec l’exposition qui vient de s’y terminer « Les Trappistes : bières et fromages » et qui y a amené plus de 24.000 visiteurs. C’est aussi sans compter le succès du «Musée du circuit de Francorchamps » qui cette année lance une formidable exposition consacrée à la Formule 1 et qui permettra aux amateurs de découvrir des véhicules d’exception, jamais vu dans la région excepté sur le circuit.
Virgile Gauthier était donc particulièrement heureux le vendredi 10 août dernier, quelques heures avant l’inauguration de la seconde exposition de cette année et qui, ce n’est pas commun sous les voûtes d’une abbaye, s’intitule: « Che Guevara : 40 ans après ».

J’en entendais parler à la maison quand j’étais gamin



Ancien enfant de la radio il me confia peu avant : «Quand j’étais gamin, j’ai suivi beaucoup de reportages à la radio sur le Che et aussi surtout le jour de sa mort. On en parlait à la maison. Je crois que cela m’a beaucoup marqué et comme cette année, il y a juste 40 ans qu’il a été assassiné, j’ai trouvé qu’il était intéressant d’en faire le sujet d’une exposition. Question de remettre un peu les pendules à l’heure mais aussi de parler de ce qu’est Cuba aujourd’hui, 40 ans après et montrer aussi le travail formidable effectué à la Havane par le « Centre de perfectionnement aux métiers du Patrimoine, la Paix-Dieu » d’Amay qui dépend de la Région wallonne.».

Patrimoine et collections privées

C’est d’ailleurs pour cette raison, qu’à ses côtés, se trouvaient Anne-Françoise Cannella, directrice de la Paix-Dieu, et Paul Mordant, formateur et spécialiste de la restauration du bois à la Paix Dieu et qui est allé lui-même à La Havane (ville déclarée patrimoine mondiale par l’UNESCO), pour former quelques Cubains au travail de restauration bien nécessaire dans cette ville immense et notamment à la «Casa Valonia».

Autre personnalité attachante lors de cette conférence de presse, José Lambert (la photo) qui, depuis 1995 est véritablement devenu amoureux de Cuba, mais plus spécialement de ses affiches de cinéma et des photos d’époque que l’on peut encore trouver sur place. C’est ainsi que pendant plus de 10 ans il a réussi à réunir des centaines, voire des milliers d’affiches cinématographiques et de photos prisent à Cuba pendant et après la révolution cubaine. Et bien évidemment, dans ces affiches et photos on y retrouve, des documents concernant Che Guevara. Ces documents de José Lambert sont en bonne place aux côtés d’autres photos, documents et toiles provenant d’autres collections privées et qui font de l’exposition «Che Guevara, 40 ans après», un fabuleux matériaux de mémoire.

L’exposition de hier à aujourd’hui

C’est sur une scénographie originale et efficace de Murielle Schyns qu’il vous sera loisible de découvrir l’histoire assez exceptionnelle de ce dernier vrai révolutionnaire du 20ème Siècle. Les anti-communistes ou tout simplement tous ceux qui ne peuvent comprendre pourquoi et comment un peuple peut se révolter et donc commettre des actes qu’il ne ferait pas en d’autres circonstances, trouveront sûrement à redire sur cette exposition. Et ce n’est pas sans raison, que André Beauvois, syndicaliste à la retraite, président des Amis de Cuba et présent lors de cette présentation, a tenu à remettre les pendules à l’heure en évoquant pourquoi les Cubains s’étaient révoltés dès 1955, rappelant l’embargo américain (le plus long qu’un pays, donc son peuple, ait jamais connu depuis près de 48 ans) vis-à-vis de Cuba (ce qui a poussé Fidel Castro dans les bras des Soviétiques à l’époque) et d’autres vérités que l’on n’évoque jamais lorsque l’on parle de Cuba.

Pour en revenir à l’exposition, celle-ci commence par la Salle des expositions temporaires où l’on trouve un portrait de ce jeune Argentin à la santé fragile devenu médecin, puis guérillero au service des autres. Sa famille, ses voyages, ses rencontres, son parcours politique, de la révolution cubaine à sa fin tragique dans la jungle bolivienne, sont évoqués par des panneaux didactiques, des photos et des livres. Des affiches originales de graphistes cubains, dessinées entre 1960 et 2000 montrent toute l’importance du personnage et de ses faits d’armes dans l’histoire du pays.
Dans le cloître, on voit comment on a pu exploiter (à toutes fins, mercantiles voire politique d’un autre bord, comme chez nous lors de la dernière campagne électorale, mais on le voit pas à Stavelot) sous diverses formes, à travers le monde et notamment au départ de la fabuleuse photo de Korda qui avait saisi le regard du Che alors qu'il rendait hommage aux victimes de l'attentat de la CIA qui avait coulé un cargot français (le Lecourbe) dans le port de la Havane en 1960 et qui transportait entre autres, des armes fabriquées (FAL) à la FN de Herstal et commandées en toute légalité internationale.
On y trouve aussi des facettes moins médiatisées de sa personnalité comme son goût pour la poésie ou ses idées sur la famille, la santé, l’éducation ou encore le terrorisme.

Enfin, dans la chapelle, on trouvera le Cuba d’aujourd’hui. L’histoire de l’île et ses principales ressources (café, tabac, canne à sucre), sa musique, ses croyances et ses traditions. On y trouve également une présentation de l’action de la Région wallonne à La Havane (Casa Valonia) et des apports du savoir-faire des artisans et formateurs wallons envoyés à Cuba.
Une exposition de cette envergure, et qui montre encore à quel point le « Che » (on l’appelait ainsi parce qu’il commençait toujours ses phrases par « che »… » est encore vivant 40 ans, ne serait pas complète si l’on ne pouvait y découvrir comment des artistes l’ont aussi perçus.
C’est ainsi que vous y découvrirez des œuvres d’une quinzaine d’artistes, belges ou étrangers : Bonelli, Collin, Delfosse, Devillers, Euge, Gatto, Lavigne, Lia, M’Pane, Okorodus, Panga, Thibeauville, Van de Velde et Willemsen qui évoquent le «Che», chacun à sa manière.
L’Abbaye de Stavelot a aussi, à destination des enseignants, réalisé un dossier didactique tout à fait intéressant et qui se termine par cette question : pourquoi les jeunes sont-ils attirés par l’image de ce révolutionnaire argentins ? La réponse viendra probablement de Jean-Paul Sartre qui disait : « Il est un des derniers grands hommes de ce siècle à sacrifier sa vie pour ses idées… ».

Vous y trouverez également une superbe Chevrolet des années 50 et qui appartient à un collectionneur verviétois. Des « américaines » de ce type, on en trouve encore quelques milliers à Cuba. Elles roulent toujours, plus de 50 ans après. Elles symbolisent la débrouillardise du peuple cubain mais est aussi un fameux pied de nez à l’embargo américain qui en 49 ans n’a pas su faire plier ce peuple qui ne demande qu’une chose : vivre en paix et se développer comme n’importe quel autre état.

En pratique :
«Che Guevara, 40 ans après», exposition temporaire de l’Abbaye de Stavelot, à voir jusqu’au 31 décembre 2007. Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h. - 3 €.
Pour d’autres détails pratiques sur l’accessibilité à l’exposition : www.abbayedestavelot.be

Si vous souhaitez en savoir davantage sur Cuba nous vous conseillons :

Extrait de «Le vol des tiñozas»

« Je ne parvenais plus à nettoyer mon esprit des slogans révolutionnaires vus le long des routes :
« Semer des idées, c’est cultiver la conscience ».
« Rien n’est impossible à ceux qui luttent ».
« Plusieurs millions d’enfants dans le monde dorment dans la rue : pas un seul n’est cubain. »
« Trois choses nous font vivre : liberté, dignité, honneur ».
Tout cela était juste, sans conteste, mais que sont nos rêves devenus ?
Conscience de quoi et quelles idées ? Lutter pour quoi et dans quel but ? Avoir une maison : un pays, mais quelle maison, quel pays ?
Que reste-t-il de cette force qui était en nous et qui nous disait : « Egalité, fraternité, solidarité ? ». Certes en moi ça palpite encore, mais où tourner le regard ».

Vous pourrez lire le début et la suite de ce récit écrit par Claude Emonts après sa visite de Cuba en 2005 sur son site Internet. Un fameux carnet de voyage…www.claude-emonts.be/doc/Cuba2005.pdf


Un autre dossier sur Cuba est lui tout aussi intéressant et à lire. Il s’agit de celui réalisé par Rémy Herrera, chercheur au CNRS et professeur d’Economie à l’ Université de Paris 1
Vous pourrez lire ce texte sur : www.peykarandeesh.org/noFarsi/Dossier-sur-CUBA-Herrera.html






Gaston LECOCQ