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Bouquins

Mis en ligne le 16/08/2007

«Les années Grinda»


Deux professeurs d’universités, MM. François Jongen, juriste à l’U.C.L. et Michel Hambersin spécialiste des « états financiers » à la Solvay Business School de l’U.L .B., ont choisi - pour écrire, l’un dans « La Libre Belgique », l’autre dans « Le Soir », des articles de critique musicale et lyrique - les pseudonymes de Nicolas Blanmont et de Serge Martin.
Sous ces noms d’emprunt, ces chroniqueurs de deux quotidiens bruxellois concurrents collaborent pour la première fois. Nous avions déjà apprécié leurs talents (et, en particulier, un roman de jeunesse de François Jongen : « Qui a tué José H. ? » paru en 1988 chez Nauwelaerts).
Le livre qu’ils consacrent au plus liégeois des Monégasques est remarquablement illustré par 245 quadrichromies du photographe Jacky Croisier qui travaille à l’O.R.W. depuis plus de 25 ans et dont l’enthousiasme, le coup d’oeuil et le talent restent entiers.
Cet ouvrage est, de plus, réellement intéressant car il dresse le bilan des onze saisons passionnantes pendant lesquelles Jean-Louis Grinda fut le directeur général de l’Opéra Royal de Wallonie qu’il vient de quitter ce 31 juillet 2007.
Les auteurs dialoguent avec celui-ci à propos des productions qui l’ont le plus marqué et ils s’attardent spécialement à ses réalisations originales (opérettes, comédies musicales et opéras), qui culminent dans la réalisation colossale du Ring wagnérien.
Ce livre emmène aussi le lecteur voir l’envers du décor et il explique les mécanismes de fonctionnement et la complexité d’une maison d’opéra, authentique PME qui doit rester, en même temps, une fabrique de rêves. Durant ces onze ans, Jean-Louis Grinda a fortement marqué l'O.R.W. de son empreinte : après avoir stabilisé les finances, il a largement étendu le répertoire, offrant aux nombreux spectateurs, des oeuvres moins connues ou rarement jouées. Hissant Liège au rang des maisons d'opéra européennes qui comptent, il a pu y attirer de « grandes pointures » internationales. Petites histoires et anecdotes intéresseront le lecteur, qui pourra également découvrir les métiers de l'opéra.

Il est pourtant des aspects attachants de la personnalité de Jean-Louis Grinda qui sont bien peu mis en lumière dans ce beau livre. On ne montre pas assez combien Jean-Louis Grinda s’est battu pour Liège au sein d’une Communauté française qui, souvent, l’agaça : parlez lui de « Mons, capitale culturelle de la Wallonie », vous le mettrez de bonne humeur.
Etait-ce l’influence d’un de nos rares ministres d’Etat plus proche de la République française que du Royaume de Belgique, ou bien celle de la maman du sympathique seul vrai liégeois et monégasque à la fois, Jean-Baptiste, toujours est-il que Jean-Louis Grinda n’eut jamais aucun complexe pour exiger que des ministres (libéraux comme Miller et Ducarme ou socialistes comme Picqué surtout et un peu moins, Laanan…) tiennent leurs engagements et que le déséquilibre de moyens entre le grrrand Théâtre Royal de la Monnaie (dépendant encore de l’Etat belge fort et uni ce qui arrange bien Bruxelles) et les opéras des Régions flamande et wallonne ne s’aggrave pas. Nous croyons que les onze ans de gestion et de création d’un directeur général devenu aussi metteur en scène constituent un mandat de bonne durée (meilleure que celle, trop courte, d’un lustre de Louis Langrée ou que celle, trop longue, de 22 ans de Pierre Bartholomée à l’Orchestre philharmonique) et nous ne pouvons que souhaiter à son successeur Stefano Mazzonis di Pralafera qu’en plus des qualités qu’il a acquises en Italie, il s’imprègne des réalités parfois absurdes de notre système institutionnel aux six niveaux de pouvoir (Europe, Etat fédéral, Régions, Communautés, Provinces et Communes) et qu’il se révèle un défenseur de Liège aussi pugnace que ne le fut son prédécesseur.
Celui-ci nous a dit « au revoir » en nous offrant un feu d’artifices (avec, par exemple, près de 500 costumes !) grâce à l’opéra « Mefistofele » de Boito que nous avions présenté aux lecteurs de « Proxi-Liège ». Nous avouons cependant avoir été plus séduit par le faste de la mise en scène que par la profondeur d’un message philosophique dont nous ne pensons d’ailleurs pas que l’opéra soit le meilleur vecteur. Et si nous devions remercier particulièrement Jean-Louis Grinda d’un de ses choix lors de sa dernière saison de direction générale, nous lui dirions combien nous lui savons gré d’avoir accepté qu’un petit théâtre de chez nous, l’Arlequin, ait eu en octobre dernier les moyens de commémorer sa fondation en montant avec danseurs, chanteurs, renfort de comédiens et musiciens disposant d’instruments d’époque, la merveilleuse comédie-ballet de Molière et de Lully : « Le Bourgeois gentilhomme ». Cette coopération d’une partie de nos forces culturelles constitua une grande réussite à amplifier les saisons prochaines.

]«Les Année Grinda» Versant Sud , 144 pages, couverture (24 x 22 cm) - 25 €.[/GRAS





Jean-Marie ROBERTI