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Théâtre

Mis en ligne le 20/07/2007

Vu pour vous : l’Avare


Quel Harpagon, quel avare, ce Michel Udiany, directeur du Théâtre en Île (Outremeuse) et qui a mis en scène cette prestigieuse autant qu’emblématique pièce en 5 actes et en prose que Molière créa en 1668. Un Molière qui ne se sera pas retourné dans sa tombe, sauf peut-être pour mourir une deuxième fois, mais de rire et de contentement eu égard à la prestation de la Compagne Zeron Tropa.
Il s’agissait de la première en public. C’est dire si l’on pourrait gloser sur quelques détails négatifs, car une première n’est jamais parfaite, loin, s’en faut. Les comédiens doivent se roder et voir comment le public réagit.
Mais ce jeudi soir, dans une des salles du médiéval château restauré de Reinhardstein (Ovifat) on aurait pu croire qu’ils (les comédiens) jouaient cette pièce comme s’il n’avaient jamais rien joué d’autre.

L’endroit (salle moyenâgeuse avec meubles et accessoires d’époque) convenait fort bien pour y planter le décors qu’aurait imaginé Molière pour y créer sa propre pièce et Michel Udiany a su avec une ingéniosité digne des plus grands metteurs en scène, mettre à profit cette architecture d’un autre âge.
Fond musical d’époque ou fort proche, costumes comme sous Louis XIV, rien n’avait été laissé au hasard. Quant au jeu des comédiens, leur mise en place, rien à redire. Un vrai régal.
Je n’avais jamais eu l’occasion de voir Michel Udiany dans ses œuvres, mais sa prestation de l’Avare, son rôle d’Harpagon m’a littéralement conquis. Quel artiste ! Et même si l’on sent qu’il s’est quelque peu inspiré du personnage créé par le grand De Funès , cela n’est rien, que du contraire, parce qu’il ne l’imite nullement, on dirait même qu’il le transcende.

Remarquable également, le jeu de David Kapitaniuk dans le rôle de La Flèche, le valet de Valère ainsi que ceux des trois femmes : Joséphine Cannella (Frosine), Elsa Paterka (Elise), et Justine Morsa (Marianne), bien que cette dernière devrait peut-être soit mieux articuler, soit élever la voix un peu plus. Même remarque pour Yannick Onckelinckx (Cléante) qui, à plusieurs reprises (mais c’était peut-être le trac de la première), était incompréhensible tant il mangeait ses mots.
Signalons également les excellentes prestations de Nubar Bogos (Valère) et de Jean-Michel Renard (Maître Jacques). Enfin, pour les autres personnages de la pièce : Samuel Maggi (Anselme), Daniel Gillet (Maître Simon), Marc Steurs (Brindavoine) et Jean-Luc Bara (le commissaire) , ils tenaient parfaitement la mesure.

Bref, cet « Avare » qui comme tout vin de qualité bonifiera avec le temps est assurément un spectacle à ne pas manquer cet été d’autant qu’on vous le présente au château de Reinhardstein, jusqu’au 15 août (Voir article de « Proxi-Liège » du 5 juillet dernier).

Pour ne pas être piégé

Si vous souhaitez aller voir ce spectacle et nous vous le conseillons si vous être en bonne condition physique, vous devez cependant, pour ne pas être piégé, savoir quelques petites choses.

En effet, c’est tout d’une pièce que l’Avare (bien que l’on ne voit pas le temps passer) vous est proposé. Un spectacle qui dure près de 2 h 30. C’est à notre sens un peu long et il eut été judicieux de prévoir un entracte.
Comme nous l’écrivions au début du mois, sous la houlette d’Annick D’Hooghe, une diplômée en marketing et communication, l'ASBL : Conseil de défense du Château de Reinhardstein et de la Région de la Warche a décidé de donner un coup de jeune et un côté plus professionnel à l’exploitation des lieux, tout en respectant l’intégrité du site. Le spectacle proposé jeudi était en quelque sorte le lancement des nouvelles activités de l’ ASBL.

C’est fort bien. Mais pour y organiser des spectacles en soirée (bien que les lieux s’y prêtent à merveille), il me semble qu’il aurait fallu qu’entre les parkings (650 mètres du château), le chemin d’accès empierré (et plus difficile pour en revenir)soit un peu éclairé et que, pour les personnes plus âgées, un parking (parce qu’il est impossible d’y accéder autrement qu’en voiture) soit accessible beaucoup plus près du château. Si vous y allez, je vous conseille de bonnes chaussures (des bottes s’il a plu) et surtout une petite lampe de poche qui sera bien utile au retour vers les parkings.
Enfin, je pense que si l’ASBL n’a pas les moyens, pour le moment, d’y faire ces aménagements, il serait peut-être plus judicieux de présenter ces spectacles dans l’après-midi et qui attireraient probablement un autre public, plus jeune, plus sportif. Du théâtre au château et surtout dans un château tel que celui-là en vaut la peine. Mais il faut tout prévoir si on ne veut pas des lendemains qui déchantent. C’est juste le conseil de quelqu’un qui aime les initiatives originales et qui souhaite aussi qu’elles puissent durer.


Pour tout savoir sur le château de Reinhardstein : www.reinhardstein.net

Pour découvrir le Théâtre en Île : www.theatreenile.be





Gaston LECOCQ