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Musique

Mis en ligne le 05/05/2007

Le week-end des vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 Mai, en la Salle philharmonique de Liège, Louis Langrée dirige le Festival :«Aimez-vous Brahms?»

La question de Françoise Sagan (en 1959) peut faire sourire, car Brahms est aujourd’hui un grand classique du répertoire. Et pourtant, au milieu du XIXème siècle, Brahms fut critiqué pour son « conservatisme », alors que Schönberg le rangea parmi les modernistes. Il incarna l’héritage de l’immense Beethoven et une certaine tradition germanique, par opposition à l’explosion de la forme soutenue par Liszt et Wagner. Alors, pourquoi Brahms ? Parce que derrière le classicisme se cache un romantisme profond, tour à tour exacerbé ou intériorisé, jamais gratuit. Parce que l’oeuvre symphonique et concertante de Brahms est au coeur du répertoire d’un grand orchestre et que l’ancien directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Liège, Louis Langrée nourrit une vraie passion pour Brahms et veut la faire partager au le public de l’O.P.L. grâce aussi à trois grands solistes, le violoniste Vadim Repin ainsi que les pianistes Nelson Freire et Nicholas Angelich.

Le compositeur

Pianiste, chef d’orchestre et compositeur, Johannes Brahms (1833-1897) est marqué par plusieurs rencontres, notamment celles du violoniste virtuose Joseph Joachim ainsi que de Robert et de Clara Schumann. Adulé ou méprisé, Brahms s’inscrit dans l’héritage des compositeurs «classiques» : il cultive la « grande forme », le contrepoint hérité de Bach, et la « musique pure ».

En cela, il s’oppose aux tendances modernistes de Liszt ou de Wagner, qui défendent la musique « à programme » et le romantisme exacerbé. Il donne également à sa musique une couleur nordique (il est né à Hambourg). Parmi ses formes favorites, il y a l’art de la variation dans lequel il passera maître (et qui influencera plus tard l’école de Schönberg). Les 21 « Danses hongroises » pour piano à quatre mains (en 1852), aux thèmes d’inspiration tzigane, connurent un succès retentissant. Ses « Variations sur un thème de Paganini », opus 35 (en 1862-63) furent l’une des pièces maîtresses de son répertoire pour piano. Le thème est issu d’un « Caprice » de Paganini. L’oeuvre est divisée en deux cahiers de 14 variations chacun. Brahms passera ensuite à des oeuvres pour piano moins virtuoses et plus contemplatives. C’est à nouveau par la variation que Brahms affronta en 1873 l’écriture pour orchestre seul : ses « Variations sur un thème de Haydn » dont il écrivit aussi une version à deux pianos. Brahms attendit encore pour se risquer à composer une symphonie (en effet, que faire après Beethoven ?). En 1876-77, lorsqu’il acheva ses première et deuxième Symphonies, il approchait les 45 ans. Elles confirmèrent son talent que Schumann avait prédit 20 ans plus tôt et l’intronisèrent comme le « digne successeur » de Beethoven. Durant l’été 1878, Brahms composa son Concerto pour violon à l’attention de son ami de toujours, le virtuose Joseph Joachim. Le répertoire s’enrichit d’un « tube » - après les concertos de Beethoven et Mendelssohn, et avant Tchaikovski, Sibelius et bien d’autres. L’oeuvre fut pourtant sujette aux discussions les plus animées entre Brahms et Joachim, qui la jugea d’abord techniquement injouable. « L’Ouverture tragique », composée en 1880, se caractérisa par sa richesse thématique et une atmosphère fantastique « où se mêlent la rudesse et la tendresse caractéristiques des poètes du Nord » (selon Claude Rostand). De 1878 à 1881, Brahms composa son deuxième concerto pour piano. Ce qu’il appelait « un petit concerto de piano avec un joli petit scherzo » est en réalité une œuvre monumentale. On lui reprocha de ne pas mettre le soliste suffisamment en avant.
Il s’agit pourtant de l’un des plus beaux et imposants concertos du répertoire. En 1892 et 1893, Brahms composa quatre grands cycles de rêveries pianistiques : les « Fantaisies » opus 116, les « Intermezzi » opus 117 et les « Klavierstücke » opus 118 et 119. Ces oeuvres testamentaires plongeaient dans l’intimité, la méditation, tout en conservant leur densité et leur force émotionnelle.

Louis Langrée
La musique de Brahms passionne Louis Langrée. À Liège, il a déjà dirigé la deuxième Symphonie (en avril 2002) et le Concerto pour violon (avec James Ehnes, en novembre 2003). Lors de ce week-end-ci , pour la première fois, il dirigera la première Symphonie et le deuxième Concerto pour piano. L’ « Ouverture tragique » lui tient aussi particulièrement à coeur. Selon Louis Langrée, l’interprétation de la musique de Brahms doit s’inscrire dans une réflexion sur la tradition héritée du XIXème siècle. Le chef d’orchestre Hans von Bülow connaissait Brahms et dirigeait sa musique. Felix Weingartner, qui fut son assistant, a vécu l’époque du dernier Brahms, mais a aussi laissé des enregistrements, des décennies plus tard. De fil en aiguille, les interprétations ont évolué, et notamment les tempos.

Un violoniste et quatre pianistes

« Tout simplement le meilleur, le plus parfait des violonistes qu’il m’ait été donné d’entendre», s’exclamait Yehudi Menuhin au sujet de Vadim Repin. Élève du grand Zakhar Bron, Vadim Repin remporta en 1989 – à l’âge de 17 ans – le Premier Prix du Concours Reine Élisabeth de Belgique. Il est considéré comme l’un des plus grands violonistes de notre temps. En mars 2004, Vadim Repin (photo ci-dessous) interpréta le « Concerto pour violon » de Beethoven avec l’O.P.L. sous la direction de Louis Langrée, dans le cadre du « Festival Beethoven ».

Partenaire de toujours de Martha Argerich, le pianiste brésilien Nelson Freire donnait à Liège en 2004 un récital Chopin tout en finesse et en poésie. Son enregistrement des deux concertos pour piano de Brahms (chez Decca), avec le Gewandhaus de Leipzig sous la direction de Riccardo Chailly, a remporté le « Diapason d’or » de l’année 2006.« Sa technique est superbe,la légèreté de son toucher dans certains passages est une merveille, mais il est aussi un interprète incroyablement imaginatif.» écrivait Andrew Clements,le 16 Juin 2006 dans «The Guardian».
«On n'a cessé de louer dans ces colonnes la sonorité ronde et claire de Freire, son élégance du geste, cette souplesse du toucher dans les élans les plus vifs, comme dans les moments de candeur, qui le distinguent instantanément.» soulignait pour sa part Eric Dahan dans «Libération», le 13 mars de l’an dernier.
En novembre 2006, Nicholas Angelich était l’invité de l’O.P.L. (sous la direction de Pascal Rophé) dans des oeuvres de Liszt et Schumann. En septembre 2002, il donna un récital à Liège avec,entre autres, les « Fantaisies » opus 116 de Brahms. Il enregistra l’intégrale des oeuvres pour piano de Brahms chez « Virgin classics » : le premier volume (daté de 2006) est consacré aux « Variations Paganini », aux « Rhapsodies » opus 79 et aux « Ballades » opus 10. Le second volume (paru cette année) comprend les quatre grands derniers cycles de Brahms : les opus 116, 117, 118 et 119.
« Une maîtrise souveraine mais discrète, un profond sens du discours poétique et ce qu'il faut de surprise », écrivait à son propos Nicolas Blanmont, dans « La Libre Belgique », le 7 février dernier. Et le 21 du même mois, Serge Martin ajoutait dans « Le Soir » : « Léger et profond, discret et parlant, il laisse chanter la mélodie tout en soulignant dans la discrétion les méandres d’une pensée harmonique. Du grand art. »
En février 2003, Guy Penson et Sylvia Bernier donnaient un récital de musiques de salon en la Salle Philharmonique de Liège (dans le cadre du Festival « Le Piano Roi »). Issus du Conservatoire Royal de Gand, ils forment un duo depuis 1984. Leur intérêt pour les pianos historiques les a amenés à enregistrer sur « Tangentenflügel » (piano à tangentes) l’oeuvre intégrale pour piano à quatre mains et deux claviers de Mozart. Également claveciniste, Guy Penson joue au sein des meilleurs ensembles de musique baroque. Il est un accompagnateur apprécié.

Cinq concerts

Ce week-end qui se déroulera dans la Salle Philharmonique du Boulevard Piercot à Liège, sera précédé le mercredi 9 mai à 18 heures d’une séance gratuite d’écoute de disques comparée de la série « Écouter la musique ». Elle sera consacrée à la première Symphonie de Brahms et réunira le chef d’orchestre Louis Langrée, le journaliste Serge Martin, le musicologue Jérôme Lejeune et le violoniste Richard Piéta, concertmeister de l’O.P.L..
Le vendredi 11 mai à 20 heures l’Orchestre Philharmonique de Liège dirigé par Louis Langrée interprétera le Concerto pour violon (avec en soliste Vadim Repin) et la première Symphonie de Brahms.
Le samedi 12 mai à 15 heures, le pianiste Nicholas Angelich jouera les œuvres 116, 117 et 35 de Brahms : ses « Fantaisies », ses « Intermezzi » et ses « Variations sur un thème de Paganini ».
Le même jour à 20 heures, l’ Orchestre Philharmonique de Liège, placé sous la direction de Louis Langrée, poursuivra ce Festival Brahms en jouant les « Variations sur un thème de Haydn » et le deuxième Concerto pour piano dont le soliste sera Nelson Freire.
Le dimanche 13 mai à 15 heures, les pianistes Guy Penson et Sylvia Bernier interpréteront les 21 danses hongroises de Brahms.
Et le même jour à 17 heures, Louis Langrée clôturera, à la tête de l’O.P.L., ce festival en dirigeant l’ « Ouverture tragique » et la deuxième Symphonie de Johannes Brahms.

Informations et réservations s’obtiennent, du lundi au vendredi, de midi et demi à 17 heures 30’, Boulevard Piercot , 25, à Liège Tél. 04 220 00 00 - Fax 04 220 00 01 – Site : www.opl.be Courriel : location@opl.be

Le prix pour les cinq concerts varient de 60 à 100 euros (de 15 à 30 pour chacun des trois concerts de l’orchestre et de 10 à 15 pour chacun des deux récitals de piano).






Jean-Marie ROBERTI