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En Ville

Mis en ligne le 17/04/2007

On lui a rendu son avant bras gauche


Lundi après-midi, une cérémonie assez particulière et sympathique a eu lieu dans la salle des pas perdus de la Violette où devant de nombreuses personnes et personnalités liégeoises, le bras gauche (encore bien conservé d’ailleurs) de l’ancien bourgmestre Sébastien Laruelle a été remis à l’échevine de l’Etat Civil et de la Population, Julie Fernandez-Fernandez.

Il y a juste 370 ans

Et ce n’est pas vraiment un hasard si cette cérémonie s’est déroulée un 16 avril. En, effet, il y a juste 350 ans que Sébastien Laruelle, bourgmestre de Liège, chef des Grignoux, partisans de libertés communales accrues était assassiné.
Mais revenons quelques 370 ans en arrière.
A cette époque, deux clans s’opposent dans la Cité ardente. Les Chiroux, qui préfèrent les Pays-Bas Espagnols et les Grignoux qui sont plutôt tournés vers la France. Par ailleurs, le prince-évêque, Ferdinand de Bavière, qui cumule de nombreuses charges, administre Liège de loin et sans trop s’émouvoir. De son côté, en France, le cardinal de Richelieu soutient Laruelle parce que Liège, couloir important entre l’Allemagne et la Hollande, a tout intérêt à rester neutre.
L'abbé de Mouzon, l'envoyé de Richelieu, et René de Renesse, comte de Warfusée, ancien directeur des finances du roi d'Espagne aux Pays-Bas, soutiennent aussi Laruelle. Ce Warfusée, pas très catholique a fui Bruxelles après avoir dilapidé l’argent dont il était comptable. Les Grignoux l'ont recueilli et installé à Liège. Mais Warfusée qui souhaite se faire pardonner par le roi d’Espagne et rentrer dans ses bonnes grâces ainsi que dans celles de l’empereur d’Allemagne décidé de trahir ses «amis» leur fait part des tendances profrançaises de Laruelle. Pour l’Espagne et l’Allemagne, Laruelle est un traître qu’il faut éliminer. C’est Warfusée qui sera chargé d’organiser le complot contre Sébastien Laruelle, toujours entouré de ses braves « Grignoux ».
Le 16 avril 1637, le comte de Warfusée invite l’abbé de Mouzon et Sébastien Laruelle à un banquet dans sa maison qui longe un bras de la Meuse dans le quartier qui fait aujourd’hui partie du fameux « Carré » liégeois. Vers 13h30, les Espagnols arrêtent Laruelle et l’abbé Mouzon pour trahison. Sitôt averti, le capitaine de Sprimont, un fidèle de Laruelle se précipite sur les lieux, mais il est déjà trop tard. Laruelle a été assassiné. Quant à Warfusée, il raconte des fariboles et remet même une fausse lettre de Laruelle dans laquelle le bourgmestre assassiné reconnaît sa trahison. Mais la forfanterie de Warfusée est vite découverte et une foule de Liégeois en rage, investit la maison de Warfusée qui est massacré avec tous les occupants sauf les amis de Laruelle et les femmes protégées par l'abbé de Mouzon.
Le corps de Warfusée fut exposé deux jours sur le marché, puis brûlé. Sébastien Laruelle eut droit à des funérailles grandioses et fut inhumé dans l'église Saint-Martin en Isle (près de la place Cathédrale actuelle).
Un corps en promenade

En 1798, l'église est démolie. Les restes du bourgmestre, quasi momifiés et donc bien conservés, sont pris en charge pas un médecin de l’époque qui les gardera jusqu’en1827. Après un passage chez un pharmacien, les restes seront confiés en1850 à l'Institut archéologique liégeois puis placés dans une chapelle du premier musée provincial au palais des princes-évêques. En 1909, on déménage les collections du musée et Sébastien Laruelle, à la maison Curtius. En 1938, le conseil communal décide d’ériger un monument funéraire, place Xavier Neujean jusqu’à la création d’une gare d’autobus. Sébastien Laruelle est à nouveau déplacé et transféré dans l’ancienne Halle aux Viandes jusqu’en 1990 d’où il sera , pour cause de .rénovation, déménagé vers le cimetière de Robermont et placé dans un caveau d’attente où il est toujours actuellement. C’est pendant son séjour chez le médecin que des carabins (étudiants en médecine) auraient délestés quelques parties du corps dont le fameux avant-bras gauche, mais aussi la tête, le cœur, et son …sexe. Quant à l’avant-bras en question, il aurait été transmis de génération en génération à la famille Otto (qui habite le namurois) jusqu’à ce jour.
C’est à José Villez, instituteur de l’enseignement communal liégeois aujourd’hui à la retraite que nous devons la cérémonie de ce lundi 16 avril 2007.

José Villez, passionné d'histoire et de bien d’autres choses aussi, après avoir commis un premier ouvrage sur la captivité de Paul Brusson, il s’est penché sur le cas de Sébastien Laruelle et plus particulièrement sur les diverses pérégrinations de ses restes mortels.
Le rapport du professeur Spring de l' Université de Liège effectué sur les restes du bourgmestre en mai 1857, incite José Villez à entamer une enquête. Selon ce rapport plusieurs parties du corps de l’ancien bourgmestre étaient manquantes dont l'avant-bras et la main gauche.
En 2006, tout en poursuivant ses investigations, José Villez prend contact avec l'échevinat de l'Etat Civil. C’est ainsi qu’il apprit qu'un certain Sieur Otto détenait l'avant-bras et la main gauche de Sébastien Laruelle.
José Villez est entré en contact avec ce Monsieur qui lui fit part de son désir de remettre la relique au bourgmestre de la Ville de Liège !
Il reçut Arthur Otto à son domicile afin de réaliser quelques prises de vue de la relique. Dès après les élections d’octobre 2006 et la mise en place des différents échevinats, José Villez reprit contact l’Echevinat de l’Etat civil. Il trouva une oreille attentive de la part l'échevine Julie Fernandez-Fernandez.
C’est grâce à la ténacité de la jeune échevine que nous devons la mise sur pied de la remise solennelle de cette relique à la Ville de Liège.
La réception de l’avant bras du Bourgmestre Laruelle met ainsi un terme à plus de trois siècles et demi d’errance de cette précieuse relique.
Il reste, à présent à retrouver la tête mais ça……… c’est une autre histoire.
En attendant le fantôme de Sébastien Laruelle peut encore planer en sur le « Carré » et y habiter certaines demeures jusqu’à ce qu’il puisse enfin reposer vraiment en paix. Après trois siècles et demi, il l’a bien mérité quand même. Mais ça aussi c’est une autre histoire…bien liégeoise également.

Les photos d'Alain Boos, de haut en bas:

- l'avant bras gauche et la main de Sébastien Laruelle très bien conservés, comme s'ils étaient momifiés.

- De gauche à droite, José Villez, l'échevine Julie Fernandez-Fernandez et le bourgesmtre Willy Demeyer.





Gaston LECOCQ