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Médias

Mis en ligne le 01/04/2007

Colloque international de Liège sur les «journalistes indépendants »


Comme nous le présentions début de la semaine dernière, l’Association des journalistes professionnels de Belgique (AJP), en collaboration avec sa section liégeoise (AJPL), a organisé ces jeudi 29 et vendredi 30 mars au Vertbois, à Liège, un colloque international, consacré à la précarité des journalistes indépendants et qui s’inscrit dans campagne « Pigistes, pas pigeons… ». Une chose qui ne s’invente pas et comme l’a rappelé lors de l’ouverture Dominique Nahoé, président de l’AJPLg, c’est que ce colloque se tenait dans l’ancien Hospice des pauvres incurables et des filles repenties. Nous avons assisté aux quatre tables rondes du jeudi : «Des tarifs de misère ? Ce qu’en pensent les responsables des médias » ; « Précarité, le journalisme en danger » ; « 10 diplômés pour un emploi…on continue ? » et enfin : «Et du côté des responsables politiques ? Engagements pour la prochaine législature».
La journée du vendredi était quant à elle consacrée à la situation des journalistes indépendants, freelances ou pigistes, en Europe en général, au Québec, en Flandre, en Grande-Bretagne, en France et dans l’Eurégio Meuse-Rhin.
Durant ce colloque, notons également l’intervention ludique des pigeons de «Gabal production», chargés tout au long des deux jours (et aussi présents depuis le début de la campagne qui a démarré en septembre 2006) de montrer, par la dérision, comment vivent en majorité, les journalistes indépendants dans notre pays.

Ce colloque qui, comme l’a rappelé Martine Simonis, la secrétaire nationale de l’AJP -AGJPB, ne met pas un terme à la campagne «Pigiste, pas pigeons» mais est en fait destiné à renforcer les arguments pour consolider celle-ci ?
Et de fait, ce que nous avons entendu durant ces deux journées, que ce soit au niveau des patrons, au niveau des universités, au niveau des politiques, mais également au niveau des journalistes représentants divers pays, nous donnera des arguments et des idées pour continuer le combat pour que les journalistes indépendants de demain ne vivent plus dans la précarité. Car, la précarité des journalistes indépendants d’aujourd’hui prépare également la précarité des journalistes salariés de demain avec les risques que cela comporte pour le maintien de la démocratie.
Si dans l’ensemble on peut être satisfait de ces deux journées où l’on n’a pas vraiment perdu son temps, nous étions très nombreux à être déçus, vendredi midi, en constatant que sur la soixantaine d’invitations lancées auprès du monde politique liégeois pour le cocktail de clôture de ce colloque international, deux personnalités avaient répondu présent : le gouverneur de la Province de Liège Michel Foret et le conseiller provincial Olivier Hamal. D’autres, même s’ils avaient de bonnes raisons pour ne pas venir, auraient peut-être pu envoyer l’un de leur représentant, montrant ainsi l’intérêt qu’ils portent réellement aux difficultés que rencontrent les journalistes indépendants, pigistes ou freelance qui seront peut-être leurs interlocuteurs de demain.
Ceci étant dit, pour suivre en détail tout ce qui s’est dit pendant deux jours lors de ce colloque international, nous vous conseillons de visiter le site www.pigistepaspigeon.be/blog

Gaston LECOCQ

Le colloque en quelques photos… et quelques phrases



Marc Chamut, président de l’AJP : «Un journaliste sur 4 en Belgique est indépendant. Ceux-ci prennent évidemment une place importante au sein de notre union professionnelle qui est représentative du secteur…»
















Martine Simonis, secrétaire nationale de l’AJP - AGJPB : «Ce colloque ne met évidemment pas un terme à notre campagne « Pigistes pas pigeons ». C’est plutôt un colloque de combat qui nous permettra d’affiner nos actions futures…»
















Dominique Nahoé, président de l’AJPLg, section liégeoise de l’AJP : «En 2005, l'AJP dénombrait 42 indépendants qui gagnaient, en moyenne, 1.554 € brut par mois. 14 gagnaient environ 1.200 €, soit moins que le salaire minimum. Et s’il existe des journalistes indépendants heureux, pour la plupart d’entre eux, les conditions d’exercer leur métier sont malgré tout difficiles. Certains, pour s’en sortir, écrivent jusqu’à sept articles par jour et d’autres ont même un deuxième métier».










Pour Daniel Conraads, membre du Conseil de l’AJP, président sortant de l’AJP Liège, journaliste au Soir et qui a commencé carrière comme indépendant : «A mes débuts, il y a une trentaine d’années, les free-lances représentaient un phénomène marginal. Au début des années 80 - de nombreux titres existaient encore à l'époque (La Cité, Le Drapeau Rouge, La Wallonie...), la presse quotidienne liégeoise comptait 120 journalistes salariés contre 70 aujourd’hui. Et des 320 journalistes professionnels connus en région liégeoise, 22,5% sont indépendants».



1ère table ronde : «Des tarifs de misère ? Ce qu’en pensent les responsables des médias» avec de gauche à droite : Bruno de Cartier (président des Journaux francophones de Belgique), Michel Konen (directeur de la rédaction de La Libre Belgique), Benoît Moulin (chef de rédaction au Journal télévisé, RTBF), Jean-louis Radoux (directeur de RTC Télé-Liège), Daniel Van Wylick (directeur général de Rossel).
Pour Bruno de Cartier : «Cette situation est une conséquence de la révolution des modes de production de l’information, où la contrainte économique est de plus en plus forte.(..)Le défi, aujourd'hui, est de conquérir de nouvelles générations de lecteurs (...) Nous avons le devoir de concevoir les médias de demain ».
Pour Daniel Van Wylick : « Le business de la presse quotidienne payante est aujourd’hui arrivé à maturité. Il faut se refuser d’imaginer que ce soit une fatalité, mais le modèle actuel ne peut plus générer de la rentabilité. On va basculer vers le Web mais ce ne sera pas rentable avant un certain nombre d’années… »


2ème table ronde : «Précarité : le journalisme est-il en danger ?» avec de gauche à droite :
Christiane Dupont (« Les nouveaux journalistes », Québec), Ricardo Gutierrez (AJP et blog The Mole news), Jean-Jacques Jespers (ULB) et Béatrice Delvaux (rédactrice en chef, Le Soir).
Pour Christiane Dupont : «Un journaliste mal payé va bâcler son travail, réécrire plusieurs fois le même article pour différentes publications négligera son travail d’enquête, empruntera à d’autre articles »
Pour Jean-Jacques Jespers : «Si la presse n’est plus capable d’exercer correctement, c’est la démocratie qui ne sera plus capable de fonctionner correctement. L’organisation actuelle du travail journalistique, en exigeant toujours plus de flexibilité et de polyvalence, créé une superficialité dans le traitement de l’information ».


3ème table ronde : «10 diplômés pour un emploi…on continue ?» avec de gauche à droite les représentants des université et des hautes écoles : : François Heynderickx, de l’ULB , Marc Sinaeve (Ihecs), Christine Servais de l’ULg ; Frédéric Antoine, de l’UCL , Jacques De Caluwé (Haute Ecole Léon - Elie Troclet de Jemeppe). Ils répondaient à la question de savoir si, avec 350 diplômés en journalisme sortant chaque année pour 10 places vacantes, c’était encore un bon plan.
Marc Sinaeve (Ihecs) : «Il est vrai que le nombre d’étudiants en journalisme ne cesse d’augmenter. Mais nous n’inondons pas le marché des stages avec nos 70 diplômés par année. Ils sont libres aussi de faire leurs stages dans la presse associative. (...) Nous privilégions une approche honnête de la formation et osons dire les réalités du métier. L’Ihecs informe depuis quelques années ses étudiants des écueils qui les guettent au terme de leurs études et nous les suivons d’ailleurs après… »
Pour Christine Servais (ULg) « L’offre d’enseignement n’a rien à voir avec la précarité des journalistes, nous n’en formons pas trop. S’il y a un problème dans le secteur, c’est surtout à mettre en rapport avec le néolibéralisme actuel».
Pour François Heynderickx, (ULB) : « La formation n’est pas, selon moi, la seule en cause dans la précarisation du métier. Beaucoup d’étudiants vont en journalisme parce que c’est une formation universitaire intellectuellement accessible. Ceux-là constituent un frein à la formation des plus motivés.(…) Nous devons la franchise à nos étudiants. Nous leur devons une formation du plus haut niveau, et de combler les attentes du marché en nous portant garants d’une qualité du journalisme ».


5ème table ronde : Et du côté des responsables politiques ? Engagements pour la prochaine législature» avec de gauche à droite : Luc Heymenan (représentant de la ministre Fadila Laanan (responsable de l’audiovisuel), Serge Flamé, représentant de Marie Dominique Simonet (Enseignement supérieur), Roland Rosoux (représentant le ministre Didier Reynders, Finances) et Christophe Hardy (représentant la ministre Sabine Laruelle (Classes Moyennes).
D’amblée, le représentant du ministre Reynders a voulu faire de cette table ronde une tribune électorale expliquant qu’à cause de son partenaire au gouvernement certaines réformes fiscales n’avaient pu être menées à bien. Il a quand même expliqué qu’au niveau du secteur de la presse, l’union professionnelle avait la possibilité de trouver un terrain d’entente pour une autre fiscalité, comme c’est le cas pour d’autres secteurs et qu'il existait une possibilité, pour les «droits d’auteurs», que ceux-ci puissent être taxés à la source directement d’une manière libératoire et ne soient plus cumulés avec les revenus. Pour le représentant de Sabine Laruelle : «On pourrait imaginer que les journalistes indépendants obtiennent le même statut que les artistes ». Pour Luc Heymenan : « Il est peut-être dangereux d’ouvrir la boîte de Pandore que constitue le dossier de l’aide à la presse mais son enveloppe n’est peut-être pas totalement fermée».


Le vendredi : les journalistes européens parlent des journalistes indépendant de leurs pays, avec de gauche à droite : Jim Boumelha (National Union Journalist – GB), Safia Allag-Morris (Syndicat National des Journalistes –France) et Stafford Wadsworth (Journalistes de l’Eurégio)
C’est ainsi qu’on apprend qu’en France, si la situation n’est pas toujours très rose non plus pour les journalistes, il n’existe pas de journalistes indépendants ni de freelances. En effet, un journalistes travaillant à la pige, bénéficie des mêmes droits qu’un salarié (congés payés, 13ème mois, assurance maladie, assurance chômage, etc…) Mais quand il y a un litige « Il gagne pratiquement toujours devant les prud’hommes, mais évidemment il ne retrouve plus de travail après… ».
En Grande-Bretagne, où la situation des freelance est également parfois assez difficile, ces dernier sont membres d’un puissant syndicat de 40.000 membres et il bénéficie 7 jour sur 7 d’un conseiller qui peut lui venir en aide en cas de besoin.

D’une manière générale, tous les intervenants étrangers ont d’ailleurs bien insisté de l’intérêt à instaurer une forte et véritable solidarité entre tous les journalistes professionnels, qu’ils soient salariés ou indépendant et ce dans tous les domaines.
C’est d’ailleurs dans cette optique que l’année dernière, la Fédération européenne des journalistes (FEJ) a adopté la « Charte des journalistes freelances »





Gaston LECOCQ