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Musique

Mis en ligne le 01/10/2005

Entendu pour vous : Thierry Escaich, invité vedette du "Festival inaugural" de le rénovation de l’orgue de la salle philharmonique.

« Génial ». C’est le qualificatif utilisé, publiquement, par le directeur général de l’Orchestre Philharmonique de Liège, Jean-Pierre Rousseau, en présentant l’invité vedette du "Festival inaugural" de la rénovation de l’orgue de la salle du Boulevard Piercot. Et, jeudi , l’enthousiasme du directeur musical Louis Langrée, près duquel nous nous trouvions lors de la première des deux « soirées Escaich », ne démentait nullement cette expression qui pouvait paraître hyperbolique (traduisez : exagérée) à l’égard d’un musicien né sur les bords de la Marne le 8 mai 1965.

Certes, l’O.P.L. connaît bien Thierry Escaich (la photo) avec lequel, sous la baguette de Pascal Rophé, prochain successeur de l’actuel directeur musical, il a, dès 2002, enregistré non seulement son Concerto pour orgue et orchestre composé en 1995 (l’orchestre jouant alors à Liège et Olivier Latry aux orgues de Notre-Dame de Paris…), mais aussi sa première Symphonie, datée de 1992 et intitulée « Kyrie d’une messe imaginaire » ainsi qu’une Fantaisie concertante pour piano (soliste Claire-Marie Le Guay) et orchestre composée, elle aussi, en 1995. Ce CD reçut le Diapason d’or 2002 et contribua à l’attribution en 2003 de la Victoire de la Musique classique, en tant que compositeur, à Thierry Escaich.
Le parcours de celui-ci n’est d’ailleurs pas banal. Il a commencé à composer à l’âge de 5 ans, à improviser en autodidacte à l’orgue dès 7 ans… tout en « faisant le soir des bals à l’accordéon» (dans les guinguettes des bords de Marne ?). Il obtint huit premiers prix au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris : harmonie, contrepoint, fugue, orgue, improvisation à l’orgue, analyse, composition, orchestration. A 27 ans, il a été nommé professeur d’écriture et d’improvisation de ce même Conservatoire de Paris ; à 32 ans, il a succédé à Maurice (et Marie-Madeleine) Duruflé comme titulaire d’une très célèbre tribune : celle du grand orgue de Saint-Etienne-du-Mont à Paris. Il est compositeur en résidence à l’Orchestre National de Lille.
Ses compositions se comptent par dizaines et ont été abondamment récompensées : Prix André Jolivet 1989, Prix à l’unanimité du jury prestigieux de la Fondation franco-américaine Florence Blumenthal 1990, Prix Nadia et Lili Boulanger de l’Institut de France 1994, deux prix de musique symphonique celui d’Hervé Dugardin (1993) et celui de Georges Enesco (1999), prix de la SACEM (compositeurs et éditeurs de musique), Grand Prix des Lycéens 2002…… En plus, il est simple, sympa, direct, souriant et, dès le premier abord, sa musique ne « barbe » pas, elle intéresse, voire même amuse.
Vendredi, c’était la nuit de sortie commerciale et d’apparition médiatique de la traduction française de l’avant dernier tome d’Harry Potter. Et quand je lisais la présentation par Escaich du mouvement central de son concerto «sorte de longue marche processionnelle naissant dans une brume lointaine et inquiétante et s’élevant par une lente et constante progression d’intensité vers un sommet apocalyptique. Si l’on ne peut parler véritablement de « thèmes » pour cette pièce, on remarque des « personnages » bien définissables (bien qu’en constante transformation) ……. », je me demandais si cette musique fantastique n’avait pas été écrite par un organiste sorcier s’affrontant à un orchestre de moldus…
Redevenons sérieux bien qu’Escaich ne l’ait pas été trop quand il a improvisé sur le thème de « Maître Jacques… » après nous avoir longuement expliqué, jeudi, quelques uns des « secrets » des jeux et registres, claviers et pédalier, anches, montre ou bourdon de l’instrument magique qu’on appelle orgue (et qui, faut-il le rappeler, est identique à l’amour et au délice : masculin singulier et féminin pluriel).
Les choses sérieuses (« historiques », a répété Jean-Pierre Rousseau) ont commencé vendredi soir quand, pour la première fois, depuis de longues années, l’orgue restauré de notre Salle philharmonique s’est confronté ou associé à notre Orchestre dirigé par Louis Langrée. Le combat s’est disputé en deux rounds : le premier dominé par Escaich Thierry, le second par Saint-Saëns Camille et, comme vous auriez pu aussi le constater en direct sur Musiq 3 à la R.T.B.F., il n’y eut pas de K.O..
Cette soirée de gala du Festival inaugural s’est ouverte par une improvisation pour orgue seul. Le thème de départ en était le Te Deum écrit en 1690 par Marc-Antoine Charpentier. Vous le connaissez parfaitement puisqu’il est devenu l’indicatif musical des émissions en Eurovision.
Ensuite, Thierry Escaich se trouvant toujours à l’orgue (et ne devant plus comme Olivier Latry rester à Paris…), il interpréta son Concerto pour orgue et orchestre, où le soliste et l’ensemble des musiciens s’affrontent par moments et, à d’autres instants, se fondent et s’enrichissent de sonorités colorées de manières très diverses.
La musique d’Escaich est, comme le football de Pelé ou de Zidane, apparemment simple mais basée sur une technique parfaite. Au sens du sacré et de l’harmonie succède une angoisse parfois haletante, parfois même paroxystique. L’accueil du public qui remplissait toute la salle fut enthousiaste et conduisit à un bis remarquable lui aussi, bis dont le thème (de l’avis de mon voisin de loge) annonçait, avec un clin d’oeil, le deuxième mouvement de la troisième Symphonie en do mineur avec orgue (opus 78) que Camille Saint-Saëns créa en 1886.
C’est, en effet, cette célèbre troisième symphonie qui figurait en seconde partie du programme afin que le public liégeois entende à nouveau le chef d’œuvre qui avait fait résonner pour la première fois, en 1890, l’orgue de Pierre Schyven dans une salle qui était alors celle du Conservatoire.
Si le concerto de Thierry Escaich est écrit POUR orgue et orchestre, par contre la symphonie de Camille Saint-Saëns est, elle, composée AVEC orgue. L’orchestre comporte ici un orgue et un piano (joué à deux et à quatre mains).
Si le piano apporte un scintillant halo de couleur, l’orgue est davantage indépendant, notamment en s’introduisant en douceur dans le deuxième mouvement poco adagio (un peu lent) et en ouvrant, par un accord fortissimo, le final qui vient en apothéose couronner des effets savamment gradués et reposant notamment sur le thème du « Dies irae » extrait de la Messe des morts.
Dans cette grande et belle symphonie (un des chefs d’œuvre de la fin du 19ème siècle), le rôle de l’Orchestre est évidemment fondamental et, une fois de plus, par la netteté de ses attaques, par une sonorité d’une exceptionnelle qualité, l’O.P.L. confirme qu’il constitue un ensemble digne des plus grandes scènes européennes, scènes qu’il visitera d’ailleurs ce mois-ci après avoir clôturé, ce dimanche après-midi, le Festival célébrant la rénovation de l’orgue symphonique qui enrichit le patrimoine de Liège et après un « galop d’entraînement », avec Franck et Liszt, ce jeudi 6 octobre, toujours Boulevard Piercot.





Jean-Marie Roberti