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Expositions

Mis en ligne le 15/03/2007

Vu pour vous


« Cara a Espana ».traduit littéralement cela signifie « le visage tourné vers l’Espagne » L’exposition qui se tient Casa d’Espana au boulevard de la Sauvenière retrace l’histoire d’une immigration militante et communiste espagnole qui marquera de son empreinte aussi bien l’intégration de réfugiés économiques, que la poursuite d’un idéal politique lié à l’existence de la république espagnole, et de son frente popular.
Ajoutons à cela cette poignante nostalgie d’une défaite face à un fascisme européen qui bénéficiera de la naïveté, de l’indulgence, voire de la complicité de la part des démocraties frileuses face à Hitler et Mussolini… La peur des « rouges » justifiait toutes les lâchetés politiques

Les Lorca, un impact politique et culturel dès les années 50

A la troisième génération d’espagnols que reste-t-il en mémoire, en terme d’impact culturel et politique ? Les Clubs Garcia Lorca au sein .de l’immigration espagnole ont joué un rôle identique à celui des clubs Leonardo da Vinci de la communauté italienne.
Les références au poète Garcia Lorca et au génial peintre et inventeur Leonardo Da Vinci constituant à la fois une manière de ne pas « être interdit ». Nous sommes dans les années 50 et la guerre froide est bien là ,les partis communistes européens utilisent l’appropriation de la culture comme un outil de développement populaire

Un quartier symbole

« Il n’en reste qu’un, le Lorca de Saint Léonard , il aura 50 ans en 2010» Le Garcia Lorca au fil du temps a changé d’endroit encore que son périmètre soit toujours resté entre la Batte (rue De Gueldre) et le quartier Saint Léonard. Une tentative en face de l’Opéra fut un échec complet. La rue Saint Léonard par contre est quasi un trottoir politique. Depuis la place des Déportés jusqu’au Lorca. La Braise, le centre culturel chilien, le CPCR.. Il faut dépasser la laideur des logements sociaux, s’apercevoir qu’un club de travailleurs portugais et un légumier italien sont sur le même trottoir. Nous sommes au Lorca.
Le Lorca est un club privé on y est en ordre de cotisation. Cela avait aussi un sens politique dès le départ insiste Gaetano le président du Club.
Le « dimanche » après la Batte, c’est une tradition, les familles espagnoles viennent au Lorca on y boit on y mange, on s’engueule suivant sa région ou le club de foot que l’on supporte. La TV est branchée 24h sur 24 sur l’Espagne…
La politique y est diffuse mais pas complètement absente. Un petit buste de Lénine trône sur l’étagère du côté des brandys, le portrait du Che n’est pas une question de mode…
Dans trois ans, le club fêtera ses 50 ans mais il est le dernier d’une longue tradition qui se perpétuait aussi bien à Bruxelles qu’à Liège. C’est effectivement trois générations qui sont passées par le Lorca.

« Gonza » cuisine

« Gonza » gère les fourneaux avec maestria, faisant découvrir les plats espagnols avec un faible pour la cuisine asturienne.

« Mes parents réfugiés et très militants ont vu mon frère prendre la relève comme étudiant communiste et il était sur les listes électorales du conseil consultatif d’immigration. Il garde d’importantes responsabilités au sein de la gauche unie espagnole actuelle. Le PCE étant en coalition avec les verts au parlement européen. »

« En fait c’est moi qui n’ai pas fait de politique aussi militante dans la famille. J’ai joué au basket, j’ai fait l’univ à Liège et c’est vrai je tiens le Lorca, c’est peut être ma manière de donner de la saveur à la politique. Les clubs de foot ont disparu, les maillots étaient aux couleurs de la République.
Mais si nous voulons garder un impact, il faut proposer quelque chose aux jeunes. »
Autre témoignage, celui d’Isabel Ruiz repris par la jeune historienne liégeoise Maité Molina Marmol : « Moi je dis toujours que nos parents ont évolué moins que ceux de leur génération qui sont restés en Espagne. Parce qu’ils ont gardé cette nostalgie de l’Espagne et tout ce que cela implique au niveau éducatif. Les valeurs, les filles qui ne peuvent pas sortir. Ils sont venus avec tout cela, et ils n’ont pas évolués. D’ailleurs je dis toujours que j’ai appris à danser les sévillanes à l’ancienne »

Une micro histoire

Au sortir de l’expo, quelques jeunes espagnols venus en Erasmus avouent découvrir leur histoire. Maite Molina Marmol confirme. « Ce n’est pas un hasard si avec la démocratie, il y eu aussi la movida. Une manière de vivre comme si il n’y avait pas le passé. Mais il reste un devoir de mémoire. Ce que j’ai mis en place avec cette exposition c’est de la micro histoire. Mais cela fait aussi partie de la grande histoire. La mémoire des Garcia Lorca rejoint la mémoire de ce qu’on vécu dans l’atroce comme dans le sublime nos grands parents. »

« Les ninos de la guerra » et la troisième génération d’immigrés

« Ce qui est marquant lorsqu’on parle avec des belges qui ont vécu la seconde guerre mondiale c’est qu’ils se souviennent des meetings pour l’Espagne républicaine, des enfants espagnols qui ont été accueillis en Belgique. Pas énormément, 3200 sur les 20.000 qui ont été évacués mais symboliquement c’était très fort.

Chez nous aussi évidemment dans les familles communistes et socialistes. Nous avions un mot pour cela :les ninos de la guerra ».
« Les projections de films en collaboration avec le ciné club de l’Université de Liège permettent pour les jeunes générations de sortir la guerre civile espagnole de son ghetto historique. Ce sont des films récents et des cinéastes forcément qui travaillent aussi sur l’identité d’aujourd’hui. »
« Bunuel collait à l’antifranquisme. Il y aujourd’hui une réflexion sur l’engagement dans une démocratie en ayant enfin une connaissance plus claire du passé politique de l’Espagne »

Notre propre histoire

Nostalgie seulement ? L’expo nous fait aussi connaître notre propre histoire politique. Une affiche de Léon Degrelle dénonce la terreur rouge. La couverture d’un livre attire le regard. Il s’intitule « belges dans les tranchées d’Espagne » écrit par Paul Nothomb compagnon de Malraux et membre du parti communiste belge. La préface est d’Emile Vandervelde…

Jeune militant pro chinois à Liège début des années 7O à Liège j’accueille chez moi des militants du FRAP, Front Révolutionnaire anti fasciste et patriotique qui avaient participé en seconde ligne à l’explosion de Carrero Blanco. J’y ai retrouvé une de nos affiches…
Ce fut le temps des meetings de solidarité avec les basques garrottés… A Liège parti communiste et socialiste mobilisaient. L’orateur communiste de ces années là pour le PCB n’était autre que le député Marcel Levaux qui vient de décéder
Qu’ont amené les militants communistes espagnols à notre propre culture militante ? C’est vrai, ils ont se sont très peu intégrés aux partis belges, faisant l’impasse sur l’intégration
La vision du retour, balayait tout. Franco ne pouvant rester au sommet de la société espagnole aussi longtemps… On a vu la durée du régime avec un Fanco sous perfusion et acharnement thérapeutique. Ce qui fait que le champagne asturien a coulé à flots à plus d’une occasion dans les Lorca…

Les CCI, l’eurocommunisme

Toutefois, les notions d’eurocommunisme ont influencé de jeunes communistes liégeois et bruxellois. « Aller au Lorca ou au Leonardo c’était une forme de dissidence même si c’était pour prendre un verre ou manger un bout pour les staliniens du PCB… ». « Ce fut surtout au sein du PCE une grosse rupture interne, les vieux militants restaient pro soviétiques et se revendiquaient du général Lister un héros républicain »

Tout le travail de la gauche immigrée liégeoise à l’époque des Conseils Consultatifs des Immigrés (CCI) aurait du amener le droit de vote des étrangers beaucoup plus vite. Cela a été une déception chez nous et nos camarades italiens. Les CCI ensuite n’ont plus été que des hochets politiques ».
L’impact en milieu syndical par contre est beaucoup plus riche.
Mais ce n’est pas le fruit du hasard, l’anarcho syndicalisme liégeois doit y être pour quelque chose. Bon nombre des délégués syndicaux de choc et de poids sont issus de l’immigration espagnole. Nous ne les citerons pas tous , mais des usines telles que la FN, Memorex, et le temple du syndicalisme socialiste place saint Paul savent ce que c’est la corrida des luttes.
Francis Gomez, Mario Lada, Nico Cue, sont tous entrés à l’usine comme on entre dans une université du travail. Pour apprendre, comprendre, militer…

« Cara a Espana » se tient jusqu’au 31 mars 130 boulevard de la Sauvenière à Liège. L’expo est ouverte le mercredi de 14 à 18H et du jeudi au dimanche de 10 à 18H. Le catalogue de l’exposition rédigé par Maite Molina Marmol s’obtient au prix de 8 euros.

Jean-Pierre KEIMEUL

- Contact Club Garcia Lorca 151 rue Saint Léonard 0476/532342 Courriel: c.carbonero@swing.be

- Institut d’Histoire Ouvrière, économique et sociale. 04/330 84. 28 Ludo Betens Courriel : info@ihoes.be

- Le ciné club de l’ULG et les films espagnols projection les mercredi à 18h30
- Le 19 mars conférence débat autour du film «Espagnols de la Plena» qui évoque la crise identitaire de jeunes espagnols de la plaine Saint Denis à Paris.
- Le 21 mars "Canciones para después de una guerra". Documentaire consacré à la guerre civilé réalisé en 1976
- Le 28 mars "Soldedos de salemina" de David Trueba