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A la Province

Mis en ligne le 16/02/2007

La Violence


Grand première ce jeudi 15 février au Conseil provincial de Liège où un débat consacré exclusivement à la « Violence » (en fait à toutes les violences), a été retransmis en direct par RTC-Télé-Liège et Télé-Vesdre comme nous l’annoncions dans notre édition de mercredi.
Ce débat qui a duré près de 2 heures jeudi après-midi et que nous avons suivi très attentivement a permis, par la qualité de ses intervenant spécialisés, d’expliquer clairement différentes facette de ce phénomène, mais également d’apprendre de nos élus provinciaux, comment ils perçoivent le phénomène et les moyens mis en œuvre pour y remédier.
Dans l’ensemble, on ne peut que se féliciter d’une telle initiative car (mais en fait combien y a t il eu de téléspectateurs ?) on peut finalement se dire que, même s’il reste encore du chemin à parcourir, tout n’est pas si noir qu’on peut le penser et qu’a tout le moins, il est clair que l’institution provinciale liégeoise n’a pas attendu les événements pour prendre le problème à bras le corps.
On peut dire aussi que cette «première», véritable exercice de démocratie participative en province de Liège, puisque des téléspectateurs enregistrés préalablement (un peu trop peu nous semble-t-il) ont pu poser leurs questions en direct, est une réussite tant sur le plan des interventions que sur le plan télévisuel. Quand un débat de deux heures, sur un sujet aussi difficile nous semble finalement court, c’est qu’il a été bien mené, et que ce que l’on y a dit était intéressant.
Cette «première», on la doit l’initiative du député provincial en charge de la Communication et Président du Collège provincial André Gilles. Ce premier Conseil provincial thématique de l’actuelle législature sera suivi de deux autres (on en prévoit en moyenne 3 pas an) sur des sujets devant susciter l’intérêt du grand public.

Pour ceux qui n’ont pu suivre le débat

Pour ceux qui n’ont pu suivre le débat, ou pour ceux qui souhaitent relire tout ce qui a été dit ce jeudi, nous avons décidé, parce que le sujet de la violence, et de la «sécurité» sont des sujets par trop galvaudés et souvent très mal répercutés, de vous donner l’entièreté des contenus du débat.

Tout d’abord, vous trouverez ci-dessous ; l’introduction du député provincial – président André Gilles ; l’introduction de la députée provinciale Ann Chevalier, en charge des Affaires Sociales ; une intervention, du gouverneur Michel Foret qui préside la « Commission provinciale de prévention de la criminalité ». Ils seront suivis des interventions des différents experts :
- « La maltraitance des personnes âgées » par le docteur Nicolas Berg, Président du Centre d’Aide aux Personnes Âgées Maltraitées (CAPAM)
- « La violence et les jeunes » par Liliane Baudart, Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse (Communauté française)
- « Tolérance zéro pour les violences conjugales » par le Procureur du Roi de Liège Anne Bourguignont
- « Violence et assuétudes » par l’Avocat général Jean-Baptiste Andries
- « Le rôle de la police » par Joëlle Vanblaere, criminologue.
Ensuite vous pourrez lire les interventions des représentants des différents groupes politiques : Murielle Frenay pour Ecolo, Fabienne Detremmerie-Christiane pour le CDh –CSP, Cathy Firquet pour le MR et Maurice Demolin pour le PS. La séance qui a été conduite par la présidente du Conseil provincial Josette Michaux, s’est terminée avec la réponse d’Anne Chevalier.

Gaston LECOCQ

Les photos (services provinciaux) de haut en bas :
- Une vue de la salle du Conseil durant la séance.
- Les différents intervenants spécialistes avec de gauche à droite : Liliane Baudart, Anne Bourguignont, Jean-Baptiste Andries, la présidente du Conseil provincial Josette Michaux, le député provincial André Gilles, Nicolas Berg, Joëlle Vanblaere et Ann Chevalier.

Intervention du député provincial - président André Gilles



Le 9 novembre dernier, ici même, je prononçais, au nom du Collège provincial, la Déclaration de politique générale pour la législature 2006-2012.
Celle-ci expose les grands chantiers que la Province de Liège mettra en place au cours des 6 prochaines années. Les fils conducteurs de la politique provinciale seront : Redéploiement –Solidartité-Proximité.
Notre séance de ce jour s’inscrit incontestablement sous la bannière de la proximité. La Province de Liège a toujours été un pouvoir proche et elle l’est devenue plus encore avec la fédéralisation des institutions. Sa position intermédiaire privilégiée lui permet d’être à l’écoute de ses citoyens mais aussi d’avoir un certain recul et un regard objectif sur leurs attentes.
Et celles-ci, légitimes, se multiplient. Mais comment pourrait-il en être autrement à l’heure où la crainte du lendemain est un sentiment présent dans notre quotidien ; à l’heure où on délocalise à tour de bras, où chacun se demande comment il va payer les études de son enfant, où on agresse un Directeur d’école pour avoir fait « son job », où on assassine un père de famille pour des questions d’argent,…
Nos concitoyens ont besoin d’être rassurés et de trouver des réponses à leurs questions.
Ils nous ont élus pour les représenter, pour porter leurs attentes à tous les niveaux de pouvoir et chercher - mais surtout trouver - des solutions et des éléments de réponse aux problèmes qu’ils rencontrent.
Parmi ceux-ci, nous avons estimé que la démocratie participative pourrait être une d’entre elles. Ce fonctionnement, dans sa version maximaliste, voudrait que l’on réunisse tous nos concitoyens afin de débattre des sujets qui les préoccupent et de dégager, ensemble, des solutions.
Il nous faut toutefois concilier cette volonté de proximité avec les principes qui président à notre fonctionnement institutionnel et la réalisation de séances thématiques est apparue au Collège provincial comme un bon moyen d’atteindre cet objectif.
C’est dès lors, forts de la mission que les citoyens ont confié aux élus provinciaux mais aussi conscients de leurs limites que les hommes et femmes de cette Assemblée vont se mettre à l’écoute des problèmes de société et des personnes qui oeuvrent déjà à la résolution de ceux-ci, afin d’optimiser leurs actions et les interventions de notre Province.
Nous avons donc choisi de faire appel à des experts indépendants, issus de la société civile. Ceux-ci vont, j’en suis sûr, dépasser le « il n’y a qu’à », « il faudrait que » ; ils vont apporter, selon leurs spécificités, une ébauche de réponse qui doit nous permettre d’être mieux armés face aux craintes dont je vous parlais tout à l’heure. Permettez-moi, déjà, de les remercier pour leur
présence aujourd’hui au Conseil provincial. Dans un souci d’humilité, le Collège provincial a souhaité également enrichir ces séances en recourant à l’avis de citoyens. C’est pourquoi, au travers de nos partenaires médias, les citoyens ont eu la possibilité de nous envoyer leurs questions. Les plus pertinentes ont été soumises aux experts et ceux-ci vont tenter d’y répondre.
Je pense qu’avec ce maillage, entre experts, médias et public, nous avons écrit une page de la démocratie participative en province de Liège. J’en viens dès lors à notre première séance qui est, pour reprendre un terme sportif, un « warm up » ; le grand Prix est encore long, puisque nous comptons réaliser ce genre de débat-thématique 3 fois/ an sur l’ensemble de la législature
Le thème choisi, pour inaugurer cette page importante dans l’Histoire de l’Institution provinciale, vous sera présenté dans quelques instants par notre collègue Ann Chevalier. Mais permettez-moi de vous livrer en guise de préambule mon sentiment très personnel sur le sujet. Il y a quelques instants je vous parlais des craintes que, tous, nous ressentons quotidiennement. Au hit-parade de celles-ci, il y a la violence. Dois-je vous rappeler la triste actualité de ces derniers jours : un bébé poignardé, un père de famille assassiné, un jeune tué pour un MP3 ou pour avoir refusé une cigarette…. ? Face à ces violences, deux pistes d’approche existent : la répression et la prévention. Je pense que l’une ne peut aller sans l’autre mais je souhaite avant tout privilégier la piste de la prévention qui repose sur des valeurs qui me sont plus proches telles : le dialogue, l’écoute et surtout l’éducation et qui, par ailleurs, s’inscrivent plus que tout autre dans le cadre des compétences de notre Province. Comme nous l’avons inscrit en lettres capitales dans le projet pédagogique de l’Enseignement de la Province de Liège, l’éducation et sa force motrice – l’école – sont encore le meilleur moyen d’ouvrir à la fois l’esprit critique de nos enfants – qui sont notre avenir- mais aussi d’ouvrir leur coeur à l’altruisme, à la défense de valeurs qui font ce que nous sommes aujourd’hui : des êtres libres et égaux en droit.
John Fitzgerald Kennedy disait : “ Nos progrès en tant que nation dépendront de nos progrès en matière d'éducation. L'esprit humain est notre ressource fondamentale”.

Introduction sur les «Les violences» par la députée provinciale Ann Chevalier


Il y a près de deux mois - pas de démarche d’opportunité donc - que je proposais au Collège provincial d’inscrire une réflexion sur les violences, véritable fil rouge de l’ensemble des Commissions qui étayent la politique sociale de la Province de Liège.
En effet, après de longues conversations et plus particulièrement avec le psychiatre Maurice KORN, Maître de conférence à l’Université de Liège, nous nous sommes rendus compte qu’il fallait mettre au point une approche réflexible et pragmatique sur les violences qui nous entourent car nous sommes tous des citoyens responsables de nous-mêmes mais aussi de nos proches et de nos voisins.
Ce ne sont pas les violences des guerres, et toutes ces violences permanentes des états non démocratiques, qui seront abordées aujourd’hui, ce n’est pas le lieu, mais bien des violences quotidiennes et immédiates dans la mesure où elles se situent à notre échelle personnelle, familiale, de nos parents, de nos enfants et de nos voisins, avec lesquels nous devrions logiquement entretenir de bons rapports. C’est parfois encore des inégalités sexistes ou carrément racistes, comme si la différence nous était insupportable.
La violence qui nous préoccupe, c’est aussi celle que nous tournons vers nous- mêmes avec la dépression et le suicide et avec toutes les variantes de suicides à petit feu que peuvent constituer l’alcoolisme ou les consommations abusives de divers produits calmants ou stupéfiants.
Les dysfonctionnements à l’intérieur même des familles sont nombreux, quelles que soient les classes socio-économiques. Divers abus peuvent y être commis, physiques, psychologiques, sexuels, financiers, toujours à l’égard des plus vulnérables, les enfants, les femmes, les plus âgés. Les causes en sont multiples et ce n’est pas en culpabilisant les parents que les choses iront mieux. Tout le monde n’a pas eu la chance de naître et d’être élevé dans un milieu équilibré et équilibrant. Mais les victimes sont nombreuses et commencent enfin à oser parler et à dire ce qu’elles subissent ou ont subi durant des mois, des années, parfois toute leur vie.
Malheureusement, nous savons aussi que de génération en génération se répètent des inégalités, des malchances, des carences éducationnelles, qui, si l’on n’y prête garde, formeront le lit de nouveaux déséquilibres et de destinées peu épanouissantes.
La détection précoce des problèmes, l’autorisation de parler et surtout les canaux de communication fournis à tout un chacun pour pouvoir appeler au secours et être entendu, la prévention de tous ces traumatismes, une meilleure éducation, restent les piliers d’une amélioration des situations et d’une progression sur le chemin d’une vie digne d’être vécue. Le fatalisme n’est jamais de rigueur, seul le travail, tantôt isolé, tantôt pluridisciplinaire, tantôt en réseau, tantôt en concertation permanente, peut apporter un peu de lumière dans toutes ces désespérances de la vie qu’il nous faut dépasser, où que nous soyons, pour donner un sens constructif à la vie pour soi-même et pour ses proches. Travaillons donc.

Allocution du gouverneur Michel Foret, président de la «Commission provinciale de prévention de la criminalité»


Je m’adresse à vous aujourd’hui en ma double qualité de Gouverneur de la Province de Liège et de Président de la Commission de prévention de la Criminalité.
Donc, d’une part au titre de responsable de la coordination de la sécurité et du maintien de l’ordre sur le territoire de notre Province et d’autre part comme coordinateur – animateur du principal organe chargé de mettre autour de la table ceux qui ont mission d’envisager les mesures de nature à endiguer le fléau de la violence.
Tout comme vous, comment ne serais-je pas interpellé par ces faits qui endeuillent l’actualité et qui nous révèlent qu’aujourd’hui on tue pour une cigarette, pour un MP3 ou encore pour le résultat d’un match de football… ?
Comment ne serais-je pas outré par cette agressivité qui gangrène notre société et s’en prend aux plus faibles…ou aux plus démunis, en profitant de leurs faiblesses physiques, morales ou sociales.
Comment ne pas me révolter contre les cinglés du volant, contre les délits de haine ou encore contre les violences conjugales ? En Province de Liège aujourd’hui, les statistiques nous révèlent que les atteintes à l’intégrité physique représentent 9 % de toute la criminalité enregistrée. Il faut noter que ce chiffre (à l’inverse des autres chiffres de la criminalité) est un phénomène en constante augmentation depuis 2002 (principalement pour les coups et blessures involontaires).
De surcroît, on estime que les plaintes pour menaces de violences physiques et délits sexuels font l’objet d’un chiffre noir (ou non déclaré) de plus de 90%.
Au niveau de la victimisation, le Moniteur de sécurité de cette année confirme l’évolution à la hausse (7%) des menaces de violences physiques qui atteignent 44% des infractions, ce qui représente l’évolution à la hausse la plus importante depuis 1997.
Je ne puis, en ce qui me concerne, dissimuler mon inquiétude face à quelques phénomènes émergents comme : les bandes urbaines dont la moyenne d’âge varie entre 11 et 20 ans ; la violence en milieu scolaire, ou encore la violence à l’égard des agents des services publics comme les conducteurs de bus et les membres des forces de police.
La séance que le Conseil provincial organise aujourd’hui vient donc parfaitement à son heure et je me réjouis de voir tant de compétences et de bonnes volontés réunies pour tenter d’endiguer la violence dans notre Province.
Il est vrai que « La violence commence où la parole s’arrête » (Marek Halter). Il me plait de souligner – pour m’en réjouir – que les autorités politique, administrative, judiciaire et policière ne sont pas restées inactives. A titres d’exemples, je citerai (sans anticiper sur ce que diront les experts) : les plans d’action développés au sein des conseils zonaux de sécurité pour mieux prévenir et réprimer la délinquance en milieu scolaire et ce en partenariat avec la communauté scolaire et l’action du fan coaching pour lutter contre le hooliganisme.
J’ai aussi le plaisir de vous annoncer que la Commission provinciale de prévention de la criminalité a décidé de mener au cours du dernier trimestre de cette année, une grande campagne provinciale contre la violence au volant. Il apparaît en effet que la conduite agressive dans la circulation constitue à Liège un des trois thèmes qui inquiètent le plus les concitoyens. Il est temps que chacun se mobilise et prenne conscience qu’il détient une partie de la solution. Forces publique et privée, parents, éducateurs participants à ce débat ou téléspectateurs de celui-ci, soyons solidaires. Prenons conscience de l’importance de ce sujet et menons le bon combat : celui qui nous permettra d’éliminer la violence.

Maltraitance des personnes âgées
Par le Docteur Nicolas BERG - Président du Centre d’Aide aux Personnes Agées Maltraitées

En quelques minutes, je tiens simplement à mettre en lumière quelques éléments concernant la violence envers les personnes âgées. Bien sûr il y a tous les types de violence dont chacun d’entre nous peut être victime y compris pour les aînés de notre société. Je vais plutôt vous parler d’une forme de violence souvent plus insidieuse, ayant des caractéristiques particulières lorsque la victime est du troisième ou quatrième âge : j’appellerai cela la maltraitance des personnes âgées.
La problématique de la maltraitance des personnes âgées est étudiée depuis la fin des années 80.
Diverses études montrent qu'un nombre significatif de personnes âgées sont maltraitées mais que l'incidence réelle est difficilement chiffrable en raison du tabou entourant ce phénomène. En effet, la majorité des situations ne sont pas révélées. Selon le rapport mondial sur la santé établi en 2002 par l’OMS, entre 4 et 6 % des personnes âgées seraient victimes de l’une ou l’autre forme de maltraitance.
- DÉFINITIONS
Diverses définitions sont utiles à la clarification des idées. Dans ce cadre, l'abus est un acte commis, ou omis, souvent par une personne en relation de confiance, qui a pour conséquence une blessure ou un tort pour la personne âgée.
La définition de la violence retenue dans ce contexte est celle du colloque du
Conseil de l’Europe : « La violence se caractérise par tout acte ou omission commis par une personne(ou un groupe) s’il porte atteinte : à la vie, à l’intégrité corporelle (par exemple coups, chute provoquée, contention inadaptée…), l’intégrité psychique (comme insultes, brimades, infantilisation), à la liberté d’une autre personne (ou d’un autre groupe) ou compromet gravement le développement de cette personnalité (avec des décisions à la place de la personne), ou nuit à sa sécurité financière (dont les exemples les plus courants sont la spoliation d'argent et le détournement de biens). »
- FACTEURS DE RISQUE
On n’arrive pas par hasard à une situation de maltraitance de personne âgée. Il y des éléments qui peuvent favoriser l'apparition d'une situation de maltraitance : des facteurs de risques regroupés en quatre catégories.
- Liés à la victime
Interviennent ici principalement la dépendance physique et psychique ainsi que les phénomènes d'altération des fonctions cognitives.
- Liés à l'auteur
La fragilité d'une personne augmente son risque de passage à l'acte.
- Liés à l'ensemble
Une cohabitation problématique (espace réduit, dépendance financière…) augmente le risque d'interactions négatives entre la victime potentielle et l'auteur potentiel de la maltraitance.
- Liés à l'environnement
Des locaux inadaptés ou un personnel insuffisamment formé ou surchargé peuvent augmenter le risque d'abus.
- SIGNES
Les signes directs ou indirects de maltraitance doivent être guettés.
Parmi les signes liés à la personne/victime âgée, notons les plaintes vagues, plaintes psychosomatiques, aspect négligé, état dépressif, un délai anormalement long entre l’apparition d’une maladie ou de blessures et la consultation, des déclarations contradictoires concernant des lésions, l’impossibilité de voir la personne seule, le manque de contact social avec l’extérieur… L’auteur, lui, peut refuser de collaborer avec des soignants, présenter de l’indifférence ou de la surprotection vis-à-vis de l’aîné, peut présenter lui-même des signes de surmenage…
- SILENCE DES VICTIMES
Malgré une incidence élevée, les médias et professionnels parlent peu de ce type de maltraitance. Ce fait est dû au silence des victimes et de l'entourage suite à diverses craintes et problèmes de perception de la situation.
- Craintes des victimes
Les victimes décident parfois consciemment de ne pas exprimer leurs plaintes par peur d’une évolution de la situation défavorable pour elles ou pour des personnes qui leur sont proches.
- Perception des victimes
La personne âgée ne réalise pas toujours la gravité de la situation, ignore parfois les manières de s'en sortir correctement et croît souvent n'avoir que «ce qu'elle mérite».
- Attitude du milieu
L'entourage nie parfois le problème ou minimise les incidents.
Les familles et soignants ont également des problèmes de crainte d'aggravation de la situation.
L'entourage, surtout quand il est d'origine professionnelle, se croît parfois contraint à une confidentialité excessive et ignore parfois les ressources d'aide possible.
Face à une situation de maltraitance de personne âgée, il est prudent de ne pas raisonner trop vite en termes de "victime" et de "coupable" mais plutôt d'analyser le système dans lequel vivent les différents acteurs. Il faut étudier, voire même remettre en question, les rapports de chacun avec la personne âgée prise en charge. Face à une situation d'abus vis-à-vis d'une personne âgée, il est prudent de ne pas vouloir régler seul le problème, mais plutôt de faire appel à des personnes compétentes et spécialistes. Certaines réponses sur le terrain existent tels le
CAPAM (Centre d’Aide aux Personnes Agées Maltraitées), le 0800/30.330 qui est disponible pour toute personne ayant connaissance d’une situation de maltraitance (personnes âgées victimes, famille, entourage, professionnels, auteurs…).
Je reste à votre entière disposition pour vous commenter d’avantage la problématique de la maltraitance des personnes âgées ou vous expliquer ici ou en d’autres lieux la méthodologie de prise en charge des situations malheureuses ou les aspects plus préventifs développés par le CAPAM, tels que le Congrès International Francophone mis sur pied à Liège les 29 et 30 mars 2007 « AIDER LES AIDANTS, Prévenir la maltraitance des personnes âgées ».

La violence et les jeunes, violences agies, violences subies, nous sommes tous concernés
Par Liliane BAUDART- Conseillère au sein de l’Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse de la Communauté française

Kyllian, 15 ans, est signalé à la conseillère de l’aide à la jeunesse. Cet adolescent se terre chez lui. La maman explique que Kyllian a fait de « mauvaises rencontres » il y a 6 mois (il dealait un peu). Plus récemment, il a fait l’objet d’un racket, en pleine journée à la gare de Namur : sous la menace d’un revolver, il a dû donner ses baskets et sa veste.
Excédé par le comportement d’un élève qui pousse systématiquement dans l’eau l’un ou l’autre de ses copains chaque fois qu’ils sont au bassin de natation, un professeur de gymnastique donne une punition à l’élève. A la réunion de parents, le père de cet élève apostrophe le professeur de gymnastique avec une telle violence que le professeur craint de recevoir un mauvais coup. Le chef d’établissement vient de découvrir que cet élève est responsable des excréments qu’on retrouvait au milieu de la cour de récréation.
Luna, 16 ans, brosse les cours. Elle est de plus en plus grossière avec sa mère et insulte également les voisins. Un jour, la maman est informée que Luna est interpellée par la police pour vandalisme et vol. Avec une copine, Luna a cassé des jardinières dans le quartier puis elles se sont rendues dans une grande surface où elles ont volé un flacon de parfum.
D’emblée, je tiens à mettre en évidence deux éléments importants :
- La violence que vivent les jeunes est un phénomène sociétal. Si des faits de violence se déroulent à l’école, ils trouvent presque toujours leur cause en amont dans des difficultés vécues par les jeunes.
- Il faut bien constater que la violence est devenue une réalité globale de notre société. Aucun public n’y échappe, et quand on focalise l’attention sur le système scolaire, il n’y a rien d’étonnant de voir qu’aucun réseau d’enseignement n’en est protégé. Les exemples évoqués sont autant de situations qu’on qualifiera de violentes. Mais lorsque nous parlons de violence des jeunes, de quoi parlons-nous exactement ? Cela recouvre des agressions, des faits inscrits dans le code pénal tels que vandalisme, racket, coups et blessures avec ou sans armes, harcèlement sexuel ou viol, meurtre, etc… jusqu’aux incivilités à savoir toute atteinte quotidienne au droit de chacun de voir sa personne respectée.
Citons, par exemple, la grossièreté, le chahut en classe ou dans les transports en commun, l’odeur de l’urine dans les halls d’entrée des logements sociaux… Des faits dramatiques et médiatiques, comme ceux que nous avons connus ces derniers mois à la gare centrale de Bruxelles ou à l’Institut technique Cousot à Dinant, restent heureusement exceptionnels mais ils marquent sans doute de manière indélébile nos représentations. Ils sont inadmissibles, intolérables.
Une recherche menée par le FNRS s’attelle actuellement à développer une réflexion portant sur les formes spécifiques de violence touchant les jeunes et une critique de la construction idéologique, sociale et institutionnelle de la violence de la jeunesse2. Vu le temps dont je dispose, je ne pourrai souligner que quelques aspects de cette étude.
1er aspect : Y a-t-il d’autres issues possibles que la violence ?
« La violence tout comme le vandalisme, le non respect de l’hygiène, le bruit, les injures, est une dimension constitutive de toute vie sociale, une forme de rapport social. Bref, la violence est inscrite au coeur même des actions humaines et collectives. Dès lors, comment imaginer que l’école pourrait en être préservée ?
Si l’angoisse dépasse certains seuils critiques, il est utile de se rappeler les quatre réponses anthropologiques : se soumettre, fuir, lutter ou à défaut agresser. Or, pour se soumettre, il faut qu’il y ait des gratifications, des avantages à retirer (ne serait-ce que d’éviter une sanction ou une souffrance). Il faut avoir le pouvoir de fuir - et le réussir. Quant à la lutte, pour qu’elle soit possible, il faudrait que la critique, la contestation, l’opposition puissent être exprimées. A défaut, reste l’angoisse et, in fine, l’agressivité.
2ème aspect : La sécurité doit être réaffirmée comme un droit fondamental
Les définitions de la violence varient dans le temps et dans l’espace. Elles sont entièrement culturelles.
Nous savons tous que si l’on comprend la ou les causes d’un problème, il n’est pas pour autant résolu. Mais quelle que soit la grille de lecture du problème, un consensus semble se dégager sur la nécessité qu’un travail soit réalisé avec les mineurs d’âge qui ont des passages à l’acte violent afin qu’ils prennent conscience de leurs actes et s’en sentent responsables.
Des limites doivent être posées, des interdits ou encore des valeurs morales fondamentales doivent être rappelés comme, assurément, le respect de l’intégrité physique. Mais cela ne commence-t-il pas tout simplement par le respect de l’autre? Combien de personnes n’entendent-elles pas des propos machistes et vulgaires prononcés par des mineurs qui parlent des filles de leur entourage en utilisant des expressions comme « elle est bonne » ? C’est devenu tellement anodin, tellement banalisé que ces jeunes se demandent pourquoi un adulte réagit : «Ben quoi, qu’est-ce que j’ai dit ?».
Ne faudrait-il pas engager une réflexion avec ces jeunes qui devrait leur permettre d’envisager les alternatives à la violence.
3ème aspect : Différents éléments inducteurs de la violence au sein de la jeunesse :
Un article 5 récent indique que certains éléments génèrent les processus d’exclusion.
Tout d’abord, une situation économique défavorable, ensuite deux phénomènes qui se retrouvent dans tous les réseaux d’enseignement c'est-à-dire l’absentéisme scolaire et les écoles où la mixité sociale est insuffisante.
- Premier constat.
Avant la prolongation de la scolarité de 14 ans à 18 ans décidée en 1983, les jeunes ayant une scolarité difficile arrivaient à s’intégrer sur le marché du travail. Cela était particulièrement vrai dans un contexte de plein emploi. Dès le début des années 1980, la pénurie d’emplois et le manque de perspectives d’avenir a développé une démotivation chez les jeunes. Et ce phénomène n’a fait que s’amplifier depuis.
- Deuxième constat.
Plus la catégorie socioprofessionnelle de la famille est défavorisée, plus l’absentéisme scolaire est de longue durée. Le risque de délinquance systématique est alors important mais uniquement si, en plus de ce statut défavorable, on rencontre un manque de contrôle parental, des problèmes disciplinaires, le fait de traîner dans la rue avec des copains.
- Troisième constat.
La fréquentation d’un établissement scolaire où les différentes classes sociales sont inégalement représentées engendre des sentiments de frustration, voire même d’agressivité à l’égard de cette société qui ne répond pas aux aspirations de certains jeunes.
4ème aspect : Quelles réponses apporter au problème de la violence des jeunes ?
- Consolider les dispositifs d’intervention et de prévention à l’égard des phénomènes de violence. Et pour cela, il faut favoriser la création de dispositifs de travail en réseaux dits de « maillage social », consolider les espaces de concertation et de collaboration entre les acteurs relevant de l’enseignement, de l’aide à la jeunesse et du secteur psycho – médico - social. Il s’agit d’articuler les fonctions pédagogiques, sociales et éducatives et ce, dans le respect des compétences, des rôles et des limites de chacun.
- Bien cerner le problème, nouer un dialogue au sein de l’école mais aussi avec l’extérieur de l’école et tout particulièrement les intervenants sociaux locaux6. Par exemple, en matière de décrochage scolaire, partir du principe qu’un élève décrocheur n’est pas forcément violent. Dans cette perspective, revisiter la formation des enseignants afin de leur permettre d’organiser et d’animer des espaces collectifs de paroles notamment pour « parler la violence », de permettre l’apparition et de mieux saisir le sens du conflit, de se sensibiliser au courant de la pédagogie institutionnelle et aux méthodes actives.
- L’enjeu est d’intervenir le plus adéquatement possible, de manière préventive, le plus rapidement possible, « de faire appel au bon service au bon moment ». Ceci implique notamment connaissance et reconnaissance mutuelles entre les services/les acteurs ; ainsi qu’une réflexion concernant le recours au concept de «secret professionnel partagé». Pour prendre un exemple, le législateur a traduit sa volonté de soutenir ce type de partenariat en légiférant son souci constant d’ajuster et de renforcer sans cesse les dispositifs déjà existants, et en précisant la place des uns et des autres. Par exemple, à titre illustratif, les équipes mobiles, ou les médiateurs scolaires initiant, en inter-réseaux, des démarches de prévention et d’accompagnement. Et ce, au côté, le cas échéant, des Centres PMS, autres acteurs incontournables par leur expertise et par leur approche globale des élèves et du milieu ouvert. Le modèle des services d’accrochage scolaire (les SAS) est toujours totalement innovant et constitue une réponse très pertinente aux problèmes rencontrés par certains élèves durant leur scolarité.
En guise de conclusion
La violence mine le lien social et fait régresser la démocratie. La liste des moyens de prévention et d’intervention reprise ci-dessus est loin d’être exhaustive. De nombreux chantiers sont ouverts. Une chose me paraît sûre en tout cas : la violence chez les jeunes est un problème global. En conséquence, nous ne pouvons lui apporter qu’une réponse globale. Personne n’a le droit de faire l’autruche en regard de cette réalité. Il nous incombe à tous, en tant que citoyens, que parents, que membres d’institutions publiques ou privées, non seulement de mettre en place des moyens pour prévenir la violence mais d’y travailler ensemble.

Violence conjugale au sein du couple : «Tolérance zéro » appliquée par le Parquet de Liège
Par Anne Bourguignont Procureur du Roi de Liège

Depuis le 5 septembre 2004 une circulaire relative aux violences commises au sein du couple a été diffusée par mon Parquet tant à mes magistrats qu’aux services de police. Ce document est l’aboutissement d’une étroite collaboration née au sein de la Commission Provinciale du service d’Egalité des Chances entre la Province, le Parquet et les différents mouvements associatifs s’occupant de cette problématique.
Un des grands principes qui régit cette circulaire est la pratique de la tolérance zéro. En effet, une politique de classement sans suite majoritaire a une influence néfaste tant sur l’auteur des violences que sur la victime. Elle développe chez l’auteur un sentiment d’impunité qui aggrave son comportement violent et suggère chez la victime une réaction négative vis-à-vis du système judiciaire et renforce chez elle un sentiment d’insécurité.
La violence conjugale se définit comme un processus au cours duquel dans une relation de couple, un partenaire a des comportements agressifs et violents à l’encontre de l’autre afin de le contrôler et de le dominer. La violence à l’égard des femmes témoigne indubitablement de l’inégalité des rapports de force entre les hommes et les femmes dans la vie sociale, économique, religieuse et politique.
La violence conjugale trouve son origine dans les relations inégalitaires entre les hommes et les femmes qui existent depuis des temps immémoriaux dans tous les domaines de la vie sociale.
Selon Amnesty International, une femme sur 5 est victime de violences dans le monde et d’après l’organisation mondiale de la santé, la cause première de la mort chez les femmes de 15 à 44 ans résulte de violences intra-familiales et ce avant le cancer et la peste.
Pour la première fois, une étude française a été menée par le Ministre de la Cohésion sociale et à la parité. C’est ainsi qu’en France, en 2006 une femme est morte tous les 3 jours dans le cadre de son couple. L’impact économique des violences dans le couple a été également évalué. Il est acquis que cette problématique coûte par an un milliard d’euros en France. Dans ce chiffre sont compris les coûts médicaux, le prix du traitement policier et judiciaire de ces affaires et celui bien entendu de la prise en charge des victimes par l’Etat français.
Dans cette évaluation ne sont pas compris le coût des violences psychologiques subies tant par le partenaire que par les enfants.
La violence conjugale est un phénomène universel qui touche tous les niveaux socio-économiques quel que soit le statut social, l’âge, la profession, la race ou la religion. Elle a longtemps été considérée comme faisant partie du domaine privé, secteur ou l’Etat n’a pas à intervenir.
De plus, les femmes battues ont des difficultés à s’identifier comme victime car la violence apparaît dans le contexte d’une relation amoureuse empreinte de l’espoir mythique du bonheur partagé. Certains facteurs renforcent la tolérance de la victime tels que l’enfermement, l’humiliation, la culpabilité, la peur des représailles pour elle et ses enfants, la dépendance financière, la réprobation de l’entourage.
Penser que la femme qui ne quitte pas le domicile conjugal aime subir les coups et ne doit s’en prendre qu’à elle-même est certainement le préjugé le plus enraciné qu’il faut absolument combattre.
- Les grands principes qui régissent cette circulaire sont les suivants :
- Premier principe :
Tolérance zéro en la matière. A chaque violence physique ou psychologique il y a une réaction du Parquet. Cette réaction n’aboutit pas nécessairement devant le Tribunal car ce que les femmes veulent avant tout c’est la cessation de la violence et la reconnaissance par leur partenaire des actes inacceptables qu’il leur a fait.
Il faut réagir au plus tôt. En effet, si un auteur de violences reste impuni trop longtemps, il finit par vivre dans l’illusion de sa toute puissance. Plus on attend, plus la situation risque de s’aggraver, car la plupart des crimes conjugaux interviennent quand la femme entreprend de quitter son mari et lui révèle ainsi les limites de son pouvoir. Cette politique criminelle doit permettre d’accéder à la réalité objective des faits au principe de réalité : la violence est interdite, c’est une violation de la loi, elle entrave la liberté des femmes, il n’y a pas d’excuse à la violence.
- Deuxième principe
Les victimes doivent être immédiatement prises en charge par les services d’aide aux victimes qui existent au sein des zones de police et à défaut par le service d’aide aux victimes de la Maison de Justice.
Ces services doivent leur donner toutes les informations utiles sur le plan juridique pour leur permettre d’affronter les divers problèmes qui se posent à elles, tant sur le plan pénal que sur le plan civil. Elles doivent être également orientées vers des associations qui les assisteront sur le plan psychologique.
Les victimes doivent aussi être informées soit par mes magistrats soit par les services d’aide aux victimes de toute décision judiciaire concernant l’auteur (relaxe, placement dans des homes, citation accélérée devant le Tribunal correctionnel et mise sous mandat d’arrêt).
- Troisième principe
Les auteurs de violence doivent impérativement quitter le domicile conjugal car il est inadmissible que ceux-ci restent chez eux alors que la victime et ses enfants doivent s’enfuir de chez elles pour se terrer dans des refuges pour femmes battues.
- Quatrième principe
Le recours quasi systématique à l’ASBL PRAXIS. Cette association conventionnée par le Service Public Fédéral Justice est habilitée à gérer l’agression des auteurs.
Elle les aide à prendre conscience que leur comportement est inadmissible et contraire à la loi.
Il est en effet indispensable de travailler avec les auteurs de violence pour les aider à assumer leurs responsabilités en évitant tout ce que l’homme pourrait interpréter comme une justification ou une manifestation de son comportement répréhensible.
- Cinquième principe
Les magistrats du Parquet sont invités à faire comparaître le plus souvent possible devant eux l’auteur des violences aux fins de lui rappeler la loi et de lui faire comprendre que s’il persiste dans son attitude, il risque d’encourir une sanction pénale ou même d’être arrêté. Deux magistrats de référence ont été désignés, Mme le substitut Collignon et moi-même.
En effet, des magistrats de référence en la matière favorisent la politique pénale en la matière et permettent aux mouvements associatifs de soutien aux victimes d’avoir un interlocuteur pour l’éclairage de certains dossiers ou les questions de principe.
Voilà, Mesdames et Messieurs, l’expérience menée depuis le 5 septembre 2004 au Parquet de Liège.
Quel bilan peut-on tirer de cette expérience ?
- STATISTIQUES
Le nombre de dossiers ouverts depuis le 5 septembre 2004 est particulièrement édifiant puisque : 4.930 dossiers ont été ouverts ; 1.495 ont été classés sans suite ; 450 jugements ont été rendus ; 96 sont à l’instruction ; 61 médiations pénales sont intervenues et 38 sont toujours en cours.
L’étude de ces dossiers confirme l’analyse que je viens de vous livrer et surtout au-delà des morts, des blessés, des suicides, la souffrance et la détresse et le sentiment d’abandon des victimes.
On peut considérer dès à présent que le Parquet de Liège a renversé la situation qui consistait avant 2004 à classer 90 % des dossiers de violences conjugales. En effet, à l’heure actuelle seulement 35 % des dossiers sont classés sans suite. J’ai demandé à mes magistrats et aux policiers des zones un effort considérable pour pratiquer cette tolérance zéro. En effet, 250.000 dossiers sont traités annuellement dans mon Parquet par mes magistrats qui sont quand le cadre est complet, 42, or le cadre est souvent déficient.
Cependant la difficulté qui réside dans l’application de cette circulaire est d’opérer un changement de mentalité tant chez les magistrats, les policiers et les assistants de Justice. Ils doivent être mieux informés de la problématique donc mieux formés.
Suite au combat mené par le Parquet de Liège dans le cadre de cette problématique particulièrement inquiétante, une circulaire signée tant par Mme la ministre de la Justice que par les Procureurs généraux a vu le jour le 1er avril 2006 uniformisant dans les 27 arrondissements judiciaires du pays l’intensification de la lutte contre les violences conjugales et intra-familiales.
Cependant, des mesures extrêmement variées doivent être prises pour lutter contre ce fléau, résurgence du machisme de l’homme, information du grand public, création d’unités spéciales dans la police, protection policière des victimes, développement du réseau des foyers d’accueil pour femmes battues, formations des professionnels concernés, coopération entre les différentes administrations concernées dans la problématique.
Enfin, il y aurait lieu que le personnel de santé qui est souvent le premier confident de la femme battue soit obligé de rompre son secret professionnel s’il soupçonne qu’une personne est décédée ou victime de lésions graves et ce, à travers une action punissable.
C’est ici que vous, les hommes et femmes politiques, avez un rôle à jouer en donnant à l’institution judiciaire sur le plan social les moyens de continuer cette politique. Il faut notamment renouveler les campagnes de sensibilisation à l’égard du grand public en commençant par les écoles.
Il faut que les maisons d’accueil pour femmes battues aient des moyens supplémentaires pour héberger le plus possible de femmes en difficulté. A l’heure actuelle elles doivent refuser certaines femmes en difficulté. Il est nécessaire que l’ASBL PRAXIS qui traite les hommes violents ait plus de personnel. A l’heure actuelle leur délai d’intervention est de 6 mois ce qui est trop long. En effet, c’est au moment ou la femme se décide à porter plainte qu’il faut immédiatement réagir.
Il faut que nous poursuivions au sein de la Commission provinciale Egalité des Chances notre combat pour parfaire notre politique criminelle et la rendre encore plus efficace.
C’est à cette condition que les victimes de violences retrouveront leur dignité et pourront se déculpabiliser, se reconstruire et prendre conscience qu’il est intolérable de vivre avec un homme qui recourt à la violence psychologique, physique, sexuelle ou économique aux fins de les dominer. En terminant cet exposé, je voudrais que vous gardiez en vos mémoires l’histoire de cette femme battue et humiliée pendant des années par son mari. Après de multiples interventions de la police restées sans suite, elle fut atteinte d’une paralysie faciale. Son fils battu lui aussi se donna la mort. A la mort de son mari, décédé d’un infarctus, elle fut internée dans un hôpital psychiatrique où elle s’est éteinte 20 ans plus tard sans jamais avoir cessé de hurler à mort son désespoir.

Violences et assuétudes

Par Jean-Baptiste ANDRIES - Avocat général près de la Cour d’appel de Liège

Le magistrat que je suis n’est ni psychologue, ni psychiatre, ni sociologue, ni médecin… Il n’a cependant pas grand peine à distinguer, dans l’exercice de sa profession quels liens peuvent exister entre la consommation compulsive de drogues et la violence.
Tout d’abord, le fait est que la violence et la toxicomanie constituent des comportements auxquels la loi pénale porte grand intérêt. Il n’est donc nul doute que s’y retrouvent des comportements jugés par le législateur comme indésirables et punissables, encore que les interdictions soient subtilement modalisées.
Si les violences physiques sont toujours punissables, les violences verbales ne sont en revanche pas définies et punies comme telles par le législateur, probablement en raison du caractère plus subjectif et relatif de leurs effets. La loi n’incrimine donc les violences verbales que dans des hypothèses précises, où la répression lui paraît possible et nécessaire : les injures, les outrages, la calomnie et la diffamation, la divulgation méchante, et les menaces.
Pour ce qui concerne la consommation de drogues, le législateur considère aussi qu’elle recouvre, par certains de ses aspects, des actes à ce point socialement indésirables qu’ils doivent être sanctionnés par une peine. Globalement, il distingue les substances dont la détention est en principe autorisée – c’est par exemple l’alcool, le tabac – des substances dont la détention est en principe interdite : c’est par exemple le cannabis, l’héroïne, la cocaïne.
Dans le premier cas, le législateur ne punit pas la seule détention, mais seulement certains usages abusifs : il s’agit par exemple de l’ivresse publique ou au volant, du tabagisme dans des lieux fermés accessibles au public…
Dans le second cas, le législateur punit en outre des actes relatifs à la seule manipulation des produits, tels que la détention, la fabrication ou la vente.
Au-delà de la simple constatation que la violence et les assuétudes constituent deux types de comportements dont de nombreux aspects sont passibles d’une sanction pénale, d’autres liens peuvent évidemment être établis entre les deux phénomènes.
En premier lieu, il est permis de s’interroger sur les circonstances qui font qu’un individu devient violent ou toxicomane. S’agit-il de deux comportements dont les origines, et les facteurs de développement sont totalement différents, sans points communs ?
Bien entendu, la réponse appartient au premier chef aux psychologues, psychiatres, ou criminologues, et ces spécialistes peuvent en parler bien mieux que je ne puis le faire. Mais il paraît néanmoins aisé de constater que dans les deux cas, il s’agit d’un passage à l’acte interdit, généralement considéré comme antisocial, en réponse à une difficulté d’être avec soi-même ou avec les autres.
Dans les deux cas, il peut en effet être souvent constaté, dans le chef de l’auteur, la pauvreté des réponses qu’il est capable d’apporter à certaines difficultés de son existence.
On devient sans doute violent parce qu’on n’a pas appris à coexister avec autrui sans résister à la tentation ou la pulsion de le réduire au silence lorsqu’il contrarie notre impérialisme égocentrique.
On devient peut-être toxicomane parce qu’on n’a pas appris qu’il existe des difficultés qui ne se traitent pas avec des pilules, et qu’on n’a pas acquis les moyens de lutter contre l’adversité autrement qu’en absorbant des substances.
Pauvreté des réponses, et incapacité d’en intégrer les conséquences réelles. Il s’agit de réponses qui peuvent séduire dans l’immédiateté, pour qui n’a pas de vue même à moyen terme sur le cours de sa propre existence.
Réponse destructrice, dans les deux cas. Destructrice de soi-même, ou destructrice d’autrui. La toxicomanie n’est-elle pas avant tout une forme de violence envers soi-même ?
Il est ensuite un autre phénomène qui apparaît d’évidence : c’est l’influence que peut avoir l’assuétude sur le comportement.
Cette influence est de trois ordres.
Tout d’abord, l’influence directe de l’absorption de certaines substances sur le comportement. Certaines substances sont en effet connues pour favoriser les comportements violents. Le sentiment de toute puissance et d’invulnérabilité que peut par exemple procurer la cocaïne est susceptible de générer des comportements violents. Le simple effet désinhibant de l’alcool favorise sans doute également le passage à l’acte violent.
Moins directement, certaines substances peuvent également favoriser le développement de véritables pathologies mentales chez les sujets prédisposés. Le développement de la paranoïa, par exemple, est notoirement favorisé par l’usage de certains produits stupéfiants.
Ensuite, si l’absorption de produits stupéfiants produit des effets directs, elle en produit indirectement d’autres par l’effet de manque qu’elle génère lorsqu’il s’agit de produits induisant une forte dépendance. Le surcroît de mal-être, voire même la douleur physique, sont également de nature à favoriser le passage à l’acte violent.
Enfin, et dans la même perspective, se placent des comportements bien connus de la justice. L’effet conjugué de la cherté de certains produits stupéfiants, de la grande dépendance qu’ils génèrent dans le chef des consommateurs, et l’impécuniosité de certains de ceux-ci peut les amener à chercher à s’en procurer par des moyens violents. Nous connaissons de multiples agressions, vols avec violences, qui sont expliqués par leurs auteurs par le besoin impérieux de se procurer immédiatement des produits stupéfiants.
Ce type de comportement est sans doute le paroxysme d’un parcours personnel : du simple vécu personnel, privé, à l’acte ouvertement antisocial.
La justice pénale sanctionne un acte pénalement punissable, mais ne peut faire abstraction de la personnalité de son auteur. La justice doit punir, mais aussi contribuer, dans la mesure du possible, à éviter que les faits se reproduisent. Elle est donc ouverte à toutes les mesures alternatives qui contribuent à donner aux auteurs les clés qui leur manquent. C’est là tout l’enjeu, toute la richesse, et toute la complexité de son action.

La victime au cœur de l’intervention policière

Par Joëlle VANBLAERE - Criminologue au Service d’aide aux victimes de la Police de Liège

Que met-on en place lorsqu’il y a des faits de violence ?
La victimisation, particulièrement celle qui touche à la personne, est une expérience difficile qui bouleverse l’équilibre de vie des victimes. Leur prise en charge est dès lors très importante pour les aider à retrouver leur équilibre antérieur ou un nouvel équilibre satisfaisant pour leur qualité de vie.
La police est un des acteurs de prise en charge, ce n’est pas le seul. Cependant, c’est un acteur hautement symbolique puisqu’il représente l’ordre qui a été bouleversé. On perçoit de suite, qu’une mauvaise intervention policière serait de nature à aggraver le traumatisme des personnes.
Pour toutes ces raisons, les violences contre les personnes sont considérées comme des priorités d’intervention qui se traduiront immédiatement par la rapidité à laquelle on va leur répondre.
Sur place, les intervenants veilleront d’abord au besoin de soins pour la victime.
Dans ce cas, une aide médicale sera sollicitée.
Les policiers sont formés dès l’école de police à l’assistance aux victimes, ils sont capables d’adapter leur travail judiciaire à l’état de celle-ci. Ils savent qu’il convient souvent de laisser un peu de temps à la victime pour s’exprimer, de la rassurer, de prévenir un proche…
Ce qui doit guider le policier, c’est le respect de la personne, de son rythme.
Lorsqu’il l’estime nécessaire, le policier dispose, au sein de notre police, d’un service d’assistance aux victimes qui peut, en appui, apporter un soutien immédiat.
Le travail judiciaire commence alors et il ne faut pas oublier que l’élucidation des faits est une attente importante des victimes. Elle leur permettra l’accès à la Justice et peut-être l’indemnisation de leur préjudice.
Au sein de la Brigade judiciaire, la zone de police dispose de plusieurs cellules d’enquête spécialisées dans les agressions contre les personnes.
Les policiers sont aussi très attentifs à ce que nous appellons l’assistance pratique immédiate. Il s’agit de poser de petits gestes simples qui vont soulager immédiatement la victime de certaines préoccupations : par exemple, penser à prévenir un proche, faire opposition aux cartes bancaires, organiser le retour des enfants de l’école…
Dans tous les cas, lorsque le travail d’audition est terminé, la victime se voit proposer une orientation vers un service de prise en charge, généralement le service d’aide sociale aux justiciables. L’accompagnement social des victimes ne fait pas partie des missions de police. Partant du principe que demander de l’aide n’est pas chose aisée, le policier optera souvent pour ce que nous appelons le « modèle d’orientation ». Il s’agit d’un document signé par la victime pour accord et qu’il transmet par fax au service sollicité. Celui-ci reprendra rapidement contact avec la victime.
La zone de police de LIEGE a également mis en place un système de revisite de la victime par son inspecteur de quartier. Ces dispositions visent à réduire le sentiment d’insécurité de la personne qui identifie un contact privilégié au sein de son commissariat de quartier. Par ailleurs, elle permet à l’inspecteur de quartier, sensibilisé à la victimisation, de s’assurer de la bonne évolution de la situation pour la victime et si nécessaire de lui communiquer des informations complémentaires.
On propose aussi parfois une visite technopréventive, lorsque l’agression a eu lieu au domicile ou que le sentiment d’insécurité qui découle d’une agression s’est déplacé au domicile. Des policiers spécialisés se rendent chez la personne pour un bilan de sécurité de son habitation.
Soulignons au passage que cette visite n’est pas conditionnée à une infraction mais peut-être totalement préventive et se réaliser à la demande.
La police n’a –t-elle pas aussi un rôle préventif ?
Le premier rôle de la police est la prévention des infractions. Cette mission s’exprime principalement à travers ce que nous appelons « la présence sur le terrain ». Elle vise à dissuader les malfaiteurs d’agir. Tout policier exerce cette mission, du policier de quartier qui circule pour ses pièces, à l’équipage 101 qui sillonne la ville entre deux interventions. La police est parfois amenée à jouer un rôle préventif plus ciblé, par exemple à travers des services spécialisés. Je pense, par exemple, aux patrouilles préventives des vols à main armée dans les commerces, en fin d’année, ou des patrouilles orientées à partir des chiffres de la criminalité.
Nous bénéficions aussi d’un service de prévention. Dans ce cadre, à la demande, des policiers réalisent par exemple, des séances d’information relatives à la prévention de l’arrachage de sac. D’autres sont spécialisés dans la prévention de la toxicomanie.
Dans un domaine malheureusement d’actualité, la violence en milieu scolaire, la zone de police de Liège met à disposition des établissements scolaires qui le souhaitent un point de contact permanent. Des personnes de références sont également désignées dans les commissariats qui pourront bientôt dispenser différents modules préventifs. Par exemple, la prévention du racket ou du vandalisme.
C’est particulièrement dans le cadre de la prévention que la police développe des partenariats. Ainsi nous avons plusieurs conventions avec le contrat de sécurité pour tout ce qui touche à la sécurisation des commerçants et des professions dites à risque comme les librairies, pharmacies… Ces commerçants et professionnels sont ainsi directement reliés par une télé-alarme au service 101.
L’intervention auprès des personnes victimes de violence nécessite le développement de compétences, comment cela se passe-t-il ?
Les policiers sont des professionnels qui bénéficient d’une formation de base importante. Celle-ci, d’une durée d’un an, alterne les périodes d’enseignement et les stages en milieu professionnel.
Outre les aspects légaux et techniques, l’accent est mis sur l’accueil et l’écoute du citoyen notamment dans le cadre de la police de proximité. Je l’ai déjà évoqué, l’assistance aux victimes fait aussi l’objet d’une attention particulière, partant du principe que la police occupe une position clé. En pratique, elle est souvent la première ou même la seule instance à laquelle s’adressent les victimes ; des tâches spécifiques lui sont donc attribuées comme l’information de la victime à différents niveaux, son orientation vers les services d’aide et de prise en charge.
Les efforts de formation se poursuivent tout au long de la carrière policière.
A côté des formations généralistes (accueil, revisites de victimes), la zone de police de LIEGE, depuis 2003, met un accent particulier sur la formation de son personnel à la prise en charge des victimes de violences au sein du couple. Il ne faut pas oublier qu’un nombre important de violences aux personnes intervient dans le cadre de la sphère privée.
Dans ces situations, l’approche policière doit par exemple pouvoir tenir compte de l’ambivalence des victimes qui, pour diverses raisons, hésitent souvent à dénoncer les faits.
Dans chaque commissariat, nous disposons d’un(e) policier(ière) de référence.
Pour clore la question de la formation et de la sensibilisation du personnel à cette problématique, je rappellerai que la zone de police de LIEGE est à l’origine du développement de la campagne du ruban blanc par laquelle les hommes s’opposent aux violences faites aux femmes. C’est grâce au très bon accueil que lui ont réservé les policiers que cette campagne connaît au fil des ans un développement important dans la Région et au-delà.
Arriver en urgence dans un poste de police peut être impressionnant, quelles dispositions sont prises pour aider la personne ?
Franchir un poste de police n’est pas chose aisée et, dans certains cas, peut constituer une source de stress supplémentaire pour les victimes. Si la relation humaine reste l’essentiel, le cadre de l’audition peut aider au dépôt de plainte.
C’est la raison pour laquelle un local spécifique pour l’audition des victimes de faits graves a été créé à l’hôtel de police de LIEGE. Des locaux semblables sont systématiquement envisagés dans nos futures implantations (Régence, Hôtel deVille…).
En conclusion, nous mettons tout en oeuvre pour que l’intervention policière soit une aide à la victime et non un traumatisme supplémentaire.
Si vous êtes un jour victime de violence, n’hésitez surtout pas à faire appel à nous.

Intervention du groupe Ecolo : Murielle Frenay, conseillère provinciale


Si les douloureux évènements de ces dernières semaines nous rendent conscients de la nécessité d’enrayer les causes réelles de toute violence, il ne faudrait pas, dans la précipitation et l’urgence, tenir aujourd’hui un discours simpliste et mettre en place des systèmes disproportionnés et inapplicables dans la réalité…
Comme viennent de le rappeler les experts dans leur intervention, la violence revêt de multiples visages…
Difficile de soutenir le regard d’un enfant ou d’une femme qui vient de vivre des moments d’abus ou de violence…
Inimaginable et intolérable lorsqu’elle est le fait de jeunes gens, tant leur réponse nous semble totalement démesurée par rapport au mobile du crime…
Honteuse lorsque nos aînés, souvent abandonnés à leur triste sort, en sont victimes…
La violence sous toutes ses formes est loin d’être la résultante d’une simple envie subite de nuire. Elle résulte toujours, d’une manière ou d’une autre, d’une exclusion, d’une insécurité ou d’une relégation : exclusion scolaire, exclusion du monde du travail, exclusion de l’accès au logement, exclusion enfin de notre mode de consommation où le paraître s’érige en modèle de pensée unique.
Permettez-moi de citer quelques phrases d’une récente chronique de Thomas Günzig parue dans le journal « Le Soir » : « mais à la télé, à la radio et sur Internet le monde vous parvient par jolies vagues colorées et musicales, entre 2 publicités pour le salon 4x4 chic, entre 2 clips ou des rappeurs obèses font l’apologie du fric et de frime en vous traitant, les yeux dans les yeux, de looser, entre 2 encarts offrant des photos de bijoux technologiques : GSM, PSP, MP3, Iphone, laptop etc. . Entre tout ça, donc, vous captez un peu d’information. L’information vous la prenez comme ça. Sans trop de recul, sans trop comprendre, sans nuancer…Le recul et la nuance, c’est un truc d’adultes à qui on a appris à réfléchir. Alors pour vous les choses du monde se sont des tyrans qui pendent d’autres tyrans, ce sont des patrons qui touchent chaque mois six cents salaires d’ouvriers, ce sont des gens qui meurent de froid, de chaud, de faim, de la lèpre ; c’est un monde ou le foot vaut des milliards, où les milliards valent de jolies 4X4 et où les 4X4 valent de jolies filles…»
Force est donc de constater que, parallèlement aux actes individuels de violence, s’est érigée une véritable violence institutionnelle, exacerbant les inégalités sociales. Quelles réponses y avons-nous apporté jusqu’ici ? Elles sont multiples et variées mais trop souvent, hélas, elles stigmatisent des personnes ou des populations et ne font alors qu’accentuer la fracture et l’exclusion à l’origine du problème. Il faut dès aujourd’hui voir la violence dans sa transversalité, ne plus répondre aux actes successifs par des réponses partielles et sous le coup des émotions.
Il faut passer d’une société où la dictature du marché a imposé ses règles de consommation et de production vers une société plus égalitaire, plus solidaire.
« L’homme ne naît pas social, il le devient », pour autant qu’on lui en donne les moyens.
Au vu de la globalité de la problématique, la Province de Liège peut-elle apporter des solutions ? Les outils pédagogiques que sont les bus thématiques et l’aide apportée aux associations de terrains nous semblent une réponse, même si elle n’est que partielle.
Si la violence a de tous temps été présente dans les jeux, la littérature, etc. et si l’on peut à ce titre même lui reconnaître un rôle d’exutoire à notre agressivité naturelle, son cantonnement au jeu, à la fiction, est essentiel. Il faut bien constater que c’est là que le bât blesse : trop souvent les limites entre la réalité et la fiction s’estompent.
La télé-réalité, brouille les pistes, mais elle n’est pas la seule : un simple sms ou un clic peuvent devenir des gestes anodins d’exclusion, la mise en avant de personnalités, y compris du monde politique, dans des jeux de fiction qui frisent la réalité brouillent encore un peu plus les esprits. Les balises et les repères s’estompent.
L’apprentissage d’une analyse critique et l’appropriation des médias que sont les journaux quotidiens, le journal télévisé, les jeux, les émissions de variétés, etc. devraient être une des priorités non seulement dans l’enseignement de la Province de Liège mais aussi dans les associations qu’elle subventionne. Bien au-delà des campagnes ponctuelles. De même que La reconnaissance de chacun dans ses choix philosophiques, religieux ou sexuels dans son milieu de travail ou qu’une campagne de sensibilisation par la commission égalité hommes - femmes de la Province sur le thème de la discrimination à l’embauche Ces pistes ne sont pas les seules possibles. Il ne faudrait pas que, suite aux récents évènements, la Province se lance tête baissée dans un ou plusieurs projets sans prendre le temps d’une concertation avec les acteurs de terrains que sont les enseignants, les animateurs de maison de jeunes, les travailleurs des PMS…
Intra familiale, extra familiale ou institutionnelle, quelle que soit la forme qu’elle prend, la violence est la négation de l’autre en tant qu’individu de droit. Dans ce monde du commerce érigé sur le modèle de la pensée unique et du culte de la personne, il n’y a que peu de place pour la différence. Faisons la !

Intervention du groupe CDh – CSP : Fabienne Detremmerie-Christiane, conseillère provinciale


J’ai choisi de limiter mon intervention à la violence chez les jeunes. Chacun d’eux peut en être victime ou auteur, le mien, le vôtre, cela n’arrive pas qu’aux autres …
Pré-ados, grands ados : tranche de vie « entre liens et ruptures », c’était d’ailleurs le titre du tout récent colloque provincial sur la prévention du suicide chez les jeunes.
Pour se construire harmonieusement, l’enfant doit rencontrer 5 principes d’éducation :
1. De la cohérence chez les adultes (entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font) aussi bien en famille qu’à l’école, en politique etc …
2. De la bienveillance de la part des adultes : je t’aime pour ce que tu es, je te reconnais et s’il y a faute, je sanctionne ton comportement, pas ta personne.
3. De la structure : du cadre, des limites, du respect.
4. De la coopération : certaines responsabilité, autonomie.
5. Du sens : des valeurs, un projet de vie.
Bien sûr, ces 5 principes d’éducation doivent, pour bien faire, se rencontrer dans tous les milieux de vie de l’enfant : famille, école, activités, institutions.
Or, la dualisation croissante de la société en même temps que le consumérisme à outrance, l’ascenseur social qui ne fonctionne plus, le progrès même qui n’est plus une balise ou un espoir mais suscite la peur (dangers environnementaux et autres), tout cela est angoissant.
Chez les ados, dont certains sont souvent déjà fragilisés par la vie, l’angoisse peut générer de l’agressivité. Un ado ne devient pas violent parce qu’il le choisit délibérément. A travers sont agressivité, qu’il fait subir aux autres ou à son propre corps (alcool, drogues, auto-mutilation, tentative de suicide), il crie au secours.
Il est en détresse et on ne peut pas l’y laisser mariner.
Un ado qui ne va pas, c’est souvent d’abord une famille qui ne va pas. Et l’école ne peut pas tout compenser dans l’éducation de ses «ouailles».
Le travail inter réseau qui existe déjà, en prévention, comme en intervention, est précieux mais il faut le renforcer et le diversifier. Lui donner des moyens, aussi, et cela, c’est une question de volonté politique. Mais c’est urgent ! Voici les propositions de notre Groupe CDH-CSP, par ailleurs évoquées au Forum Justice – Police de samedi dernier :
- Revaloriser l’enseignement technique et professionnel
- Augmenter le nombre d’équipes mobiles et d’éducateurs
- Développer les modules de prévention au sein de l’école : par exemple : séances d’information sur les assuétudes, sur le racket, …
- Faire appel aux formateurs de l’Université de paix pour apprendre aux adultes comme aux élèves à gérer les conflits.
- Eduquer les jeunes (et leurs parents) à la consommation responsable et raisonnable : c’est aussi, pour les parents, pouvoir accepter que l’ado puisse subir une frustration.
- Organiser des formations à la détection de signes de maltraitance.
- Organiser une campagne de sensibilisation des familles pour qu’elles protégent leurs enfants contre les images préjudiciables. Développer la politique sportive et culturelle de la Province.
- Organiser une campagne de sensibilisation des jeunes aux dangers de la route.
- Faire évoluer les centres PMS afin qu’ils fassent le lien entre l’école et les autres intervenants sociaux.
- Développer la médiation scolaire, locale et familiale : la faire connaître, la valoriser en reconnaissant la formation des médiateurs et en leur donnant un statut, et enfin, l’utiliser partout où elle peut être efficace.
- La médiation scolaire pourrait être davantage sollicitée mais le médiateur, pour être neutre, ce qui est l’ABC de la pratique de la médiation, doit venir de l’extérieur et non faire partie de l’école.
- Les médiations locales, dites souvent « de quartier », et familiales, pourraient être regroupées dans une Maison de la Médiation, qui serait instaurée dans les grandes communes au départ.
La médiation gère autrement les conflits : par l’écoute, le respect et bien sûr en toute neutralité, le médiateur fait en sorte de renouer le dialogue entre les parties en conflit et de remettre ainsi du lien entre les parents et les ados dans la médiation familiale, entre les voisins ou les colocataires dans les médiations locales, etc …
Ce sont les parties elles-mêmes qui vont trouver leurs propres solutions et parce que ce sont les leurs, elles respecteront davantage ces décisions.
- L’ado en crise à l’école, c’est aussi souvent un ado en crise chez lui. Si les problèmes sont relationnels, la médiation aide le jeune et ses parents à renouer le dialogue, à exprimer les « non dits », à rompre le silence et l’indifférence qui tuent à petit feu, à dissiper les malentendus qui les ont éloignés. Enfin, elle les aidera au besoin à rétablir des règles de vie familiale acceptées par tous : heures de sortie, argent de poche, tableau des charges, etc …
La médiation est pour le CDH-CSP une priorité de la prochaine législature. Permettant d’aider à résoudre les multiples conflits de la vie quotidienne, elle contribuera à résorber l’arriéré judiciaire et à diminuer le coût de la justice.
Mais d’abord et avant tout, elle permettra de diminuer la violence en remettant du lien social entre les gens, et la priorité à l’humain du CDH-CSP y trouve toute sa dimension. Car « La vie, c’est d’abord un projet Un projet qu’il faut se donner car la vie, c’est construire, édifier, élever Apprendre soi, Apprendre le monde Pour se connaître, Le connaître Se changer, Et le changer … » D’après Martin GRAY

Intervention du groupe MR : Cathy Firquet conseillère provinciale


La thématique de ce jour, relative aux différentes formes de violences dont nous sommes tous susceptibles d’être victimes, n’est malheureusement que trop d’actualité.
Il n’est pas un jour sans que nos quotidiens ne nous relatent des faits de ce type.
Les experts, qui viennent de se succéder à la tribune ainsi que les interventions de mon collègue Conseiller provincial, témoignent de l’intérêt que nous avons pour cette problématique.
Je souhaiterais pour ma part axer mes propos sur deux types de violence. Je me sens particulièrement interpellée par les difficultés que rencontrent les SENIORS.
En raison du vieillissement de la population et de l’augmentation de l’espérance de vie, nos aînés représentent aujourd’hui +/- 23 % de la population. Les statistiques nous prédisent, à l’horizon 2030, un taux de 45 %... Nous nous devons donc de réfléchir dès maintenant aux actions et structures à mettre en oeuvre pour rencontrer leurs préoccupations et veiller à leur bien-être.
La Commission provinciale SENIORS s’est, dès sa création, au cours de la précédente législature, penchée sur la problématique de la maltraitance des personnes âgées. Nous sommes tous des victimes potentielles d’un fait traumatisant mais les personnes âgées risquent d’être victimes de vols sous différentes formes, d’escroquerie, de maltraitance, qu’elle soit physique, psychologique ou financière. Que ces faits soient commis souvent au sein même de l’entourage de la personne âgée ajoute encore au traumatisme des victimes.
Le Docteur BERG, lors de son exposé, a clairement démontré l’importance de développer des actions en faveur de nos aînés. Le soutien actif de la Province de Liège au Centre d’Aide aux Personnes Agées Maltraitées (CAPAM), l’organisation de journées d’études de sensibilisation et de formation à destination du monde médico-social et associatif concerné reflètent l’importance toute particulière que notre Province accorde à nos aînés.
Mais ne pourrions-nous pas envisager d’aller plus loin dans nos actions ? La pyramide des âges a tendance à s’inverser c’est un fait. N’est-il pas dès lors primordial de réfléchir à des moyens de remédier à l’isolement et à la solitude de nos aînés. Il me semble qu’il est indispensable de penser avant tout à l’autonomie de la personne âgée… et favoriser son maintien à domicile. N’avons-nous pas là un rôle essentiel à jouer ?
La violence générée de manière directe ou indirecte par les consommateurs de substances illicites est un fait devenu quotidien qui conduit certains d’entre eux à l’incarcération qui n’apporte aucune solution réelle.
Ne soyons pas dupes, pour consommer, il faut des moyens financiers et pour se procurer cet argent… tous les moyens sont bons (vols à l’arraché (de préférence les personnes âgées qui sont des proies plus faciles), vols dans les voitures, cambriolages, …).
La Ville de Liège va ouvrir prochainement un centre de délivrance contrôlée d’héroïne… sans porter aucun jugement sur la création d’une telle expérience, ce n’est pas le lieu, ne faut-il pas s’attacher prioritairement à renforcer la prévention ?
Si nous commencions par informer et sensibiliser nos pré-adolescents et adolescents afin de leur donner toutes les armes et tenter de leur éviter de se retrouver dans de tels centres ?
Monsieur ANDRIES nous a entretenus de l’influence directe de certaines substances sur le comportement. Pourriez-vous nous indiquer le rôle joué par la Province de Liège dans la prévention et la prise en charge de la problématique des assuétudes ?

Intervention du groupe PS : Maurice Demolin conseiller provincial



Le thème qui nous est aujourd'hui proposé, d'une importance considérable, dépasse très largement le cadre provincial.
La violence est universelle, multiforme et sans doute constitutive de la nature humaine.
Phénomène sociétal de tous les temps et de toutes les époques, elle ne peut en aucun cas justifier la résignation ou le fatalisme: on peut nier tout progrès moral de 1'humanité, mais on ne peut ignorer les progrès institutionnels même si ceux-ci restent une conquête toujours inachevée.
Dans le cadre étroit de cette séance thématique et plus encore de cette intervention, le groupe socialiste ne peut prétendre à une approche exhaustive de ce formidable problème. Tout d'abord, il se réjouit des efforts de la Province, parfois originaux, souvent méconnus, dans la lutte contre la violence à l'école et dans l'éducation à la citoyenneté. Ces efforts doivent être poursuivis et accrus à travers le projet Réussite et Fraternité et notamment les Espaces Tremplins. Le groupe socialiste plaide pour un soutien renforcé au CAPAM dans sa lutte contre les maltraitances aux personnes âgées, pour le maintien et le développement de sa collaboration avec le Parquet et les différents mouvements associatifs qui s'occupent de la violence conjugale et familiale, comme il salue et défend les différentes initiatives provinciales de lutte contre les assuétudes dont on sait qu'elles sont souvent à l'origine de formes diverses de violence.
Plus précisément, les socialistes souhaitent un soutien renforcé à «l'ASBL Collectif» contre les Violences familiales et l'Exclusion ainsi qu'à «l'ASBL Praxis» qui prend en charge les auteurs de violences familiales. Ce problème est d'importance comme en atteste le beau récit biographique L'Américain de Franz-Olivier Giesbert, directeur de l'hebdomadaire Le Point et parce qu'il concerne toutes les classes de la société. Il concerne également l'égalité entre les sexes et la défense des enfants qui risquent de subir un comportement qu'ils reproduiront plus tard.
Cette action est particulièrement représentative de la politique prônée par les
Socialistes à sa voir, dans l'ordre, assurer la sécurité de tous, privilégier la prévention, et assurer la remédiation.
La sécurité. Il ne s'agit pas de promouvoir une politique sécuritaire qui exploiterait la peur des citoyens, justifiée ou non, ou, d'une manière opportuniste et démagogique, de tirer parti de faits divers récents et dramatiques parfois complaisamment mis en relief par les médias, mais d'assurer la sécurité de tous - ce qui est le premier devoir des responsables publics. Toute loi, tout règlement, doit prévoir, en cas de transgression, des sanctions adaptées qui doivent être appliquées avec fermeté. En l'occurrence, ici, la fermeté n'est pas violence, elle n'est que justice.
La prévention. Comme ses avantages et son caractère prioritaire sont bien connus, traçons plutôt quelques pistes qui devraient être exploitée dans un proche avenir.
Le rappel et le retour systématiques aux règles du savoir-vivre dans la lutte contre les incivilités, règles qui permettent à moindres frais d'améliorer les relations humaines.
La lutte contre les violences verbales que reflètent si bien - trop bien – des médias comme la radio, la télévision, le cinéma et internet. Il s'agit de cette forme de violence qui entraîne chez les plus démunis une violence gestuelle dirigée contre les biens et les personnes. C'est sans doute ce que veut dire Gilles
Deleuze en affirmant : «La violence est ce qui ne parle pas».Pourquoi les professeurs de français et les linguistes n'étudieraient-ils pas et ne populariseraient-ils pas une recherche comme celle de Klemperer sur la langue du IIIè Reich qui pourrait s'intituler «la Langue de la Violence» ?
La création de cellules de veilles éducatives pour la prévention de la délinquance précoce comme le préconise le parti socialiste français, et ce, dès l'école maternelle. Non pour ficher les délinquants, comme pourrait le laisser entendre Nicolas Sarkozy, non pour répondre à ce que d'aucuns considèrent comme un déterminisme social ou, ce qui est atroce, génétique, mais pour repérer le plus vite possible les enfants en mal-être, pour les accompagner ainsi que leurs parents et tenter de mettre un terme à leurs difficultés.
Enfin, la remédiation. Soyons humbles et sincères. Tous, peu ou prou, sur la route, dans notre milieu professionnel ou familial, il nous arrive de céder à la violence, souvent sous des formes bénignes ou sublimées. Violence différente selon notre histoire personnelle, notre milieu socio-professionnel, notre tempérament ou selon les circonstances, objectives ou subjectives. Animaux sociaux, tous nous avons besoin de tous pour nous contenir dans nos excès.
« Chacun est responsable de tous » clamait Dostoïevski. Nous devons admettre que, sauf quelques cas exceptionnels et pathologiques, chacun est amendable, car sans cette dimension humaniste, la lutte contre la violence n'a aucun sens.
Telle est aujourd'hui la modeste contribution du groupe socialiste: elle doit, elle sera prolongée. En conclusion, je livre à votre réflexion cette phrase de Bertolt Brecht qui résume bien nos préoccupations :«On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent».

Conclusions par la députée provinciale Ann Chevalier


Je me réjouis de l’intervention des Conseillers qui témoigne du vif intérêt qu'ils portent à la problématique des violences, chacun avec sa sensibilité particulière.
Il me paraît utile maintenant de rappeler les activités menées en cette matière par la
Province, notamment à travers les commissions provinciales consultatives créées dans le cadre du département des affaires sociales dont j’ai la charge. Ces commissions composées d’acteurs du monde institutionnel politique, médical, judiciaire, social et associatif s’articulent autour de différents thèmes qui, précisément, rencontrent déjà une grande part de vos préoccupations. De par la diversité de leurs expériences, elles sont garantes de la pertinence de nos actions.
1. Qu’avons-nous fait pour les jeunes ?
Précurseur en la matière, le Centre provincial d'Information et de Prévention pour le Respect de l'Enfant et de l'Adolescent effectue depuis 1988, aux côtés des équipes éducatives, un travail de terrain axé sur le concept de la bientraitance et sur la lutte contre la violence en milieu scolaire.
En amont du C.I.P.R.E.A., une équipe de puéricultrices affectées au Centre d'Aide à Domicile intervient directement auprès des familles présentant envers les enfants des négligences graves. Dans la majorité des cas, leurs interventions permettent d'éviter les placements.
2. Qu’avons-nous fait dans la lutte contre les Assuétudes ?
La Province de Liège joue dans ce domaine un rôle fondamental dans lequel elle a été et reste novatrice : travail de désintoxication, de réinsertion sociale et de prise en charge des maladies psychiatriques induites ou existantes. La Commission provinciale de Prévention des Assuétudes contribue à l’apport de solutions notamment par la mise à disposition d’outils pédagogiques tels que les bus thématiques de l’Opération "Diabolo – Manques" et l'outil "Kottabos" dont les objectifs sont de développer la connaissance des mécanismes de l’alcoolémie et la prise de conscience des risques immédiats liés à la consommation d’alcool.
3. Qu’avons-nous fait pour les Seniors ?
Là aussi, la Province est particulièrement active et son action vise principalement à rompre l'isolement de la personne âgée. Citons entre autres, les primes « téléphone » et les appareils de biotélévigilance, …, nous entretenons également une collaboration très étroite avec l'A.S.B.L. "CAPAM".
4. Qu’avons-nous fait dans la lutte contre les violences intrafamiliales ?
C'est dans le cadre du Service provincial d'Egalité des Chances que nous nous sommes penchés sur la thématique des violences physiques et sexuelles à l'égard des femmes. Nous avons ainsi mis en place sur Liège, "un réseau judiciaire social" et entamons la démarche sur les arrondissements judiciaires de Verviers et Huy.
L'intérêt de nos travaux en la matière est la mise en oeuvre d'une politique plus cohérente qui a pour objectif la tolérance zéro et un meilleur suivi (tant des victimes que des auteurs) ainsi que la sensibilisation de différents publics à cette problématique jusque là ignorée. Les interventions sont plus rapides, mieux coordonnées selon une méthodologie qui allie aide et contrainte.

J’en viens maintenant aux questions et réflexions des différents groupes
Le Groupe Ecolo nous a résumé les grands titres de la presse, entrant, comme à son habitude dans le jeu de la peur. Je constate cependant qu’il reconnaît que la Province de Liège apporte déjà des solutions partielles et qu’il ne faut pas travailler sous le coup des émotions.
A ce sujet, je tiens à le rassurer, la Province n’a pas pour habitude de réagir à des événements ponctuels mais, au contraire, elle pratique la concertation et développe des actions novatrices depuis de nombreuses années déjà. Concernant la violence scolaire, je répondrai au groupe CdH-CSP que la Province organise un accompagnement qui permet aux jeunes qui ne respectent pas les règles et les limites de prendre conscience de la portée de leurs paroles et de leurs actes.
Sachez que, jusqu'à présent, la Province de Liège, au travers de son département formation, a formé près de 850 enseignants tous réseaux confondus. Il faut également mentionner les espaces Tremplin. Ces structures hors école prennent en charge des élèves exclus ou en décrochage pour leur permettre de retrouver, le plus rapidement possible, le chemin de l'école dans de meilleures dispositions. Les espaces Tremplin sont le fruit d'un partenariat entre la Province de Liège et des ASBL agréées comme services d'accrochage scolaire. Il y en a cinq sur le territoire provincial : à Huy, Liège, Seraing, Verviers et, tout récemment, à Waremme. Au cours de l'année scolaire passée, ces espaces Tremplin ont accueilli plus de 100 jeunes et plus de 80 % d'entre eux sont retournés à l'école. Contrairement à ce que souhaite le Groupe CdH-CSP, nous ne développerons pas des services d’aide à la parentalité. Nous pensons en effet qu’il est important de laisser à chaque parent la liberté d’éduquer ses enfants comme il le souhaite même si la société doit parfois se substituer à des parents déficients.
Quant à la protection des enfants contre des images préjudiciables, cela relève clairement de la compétence de la Communauté française. Nos enseignants ont un rôle important à jouer en la matière. Permettez-moi toutefois de vous informer que le 25 septembre prochain, nous avons invité le Professeur Marcel RUFFO, Pédopsychiatre, Chef de service à la Maison de Solenn de Paris, à évoquer cette problématique lors d’une conférence.
Pour ce qui concerne la violence dans les quartiers, les associations locales reposent sur le bénévolat pour lequel nous assurons une intendance d'accompagnement en bonne intelligence avec les communes. Nous sommes également attentifs au dialogue entre les Communautés au travers des C.R.I. (Centres Régionaux d’Intégration). Vous soulignez le développement du sport et de la culture comme outil de lutte contre la violence, il est un fait que la Province de Liège n’a pas à rougir de ce qu’elle fait dans ce domaine.
Si la sensibilisation aux dangers de la route que vous souhaitez, Madame, relève de la compétence de l’Institut Belge pour la Sécurité Routière (IBSR), il n’en reste pas moins que l’agressivité croissante au volant relève des incivilités.
J’en viens maintenant à la réponse à la majorité. Peut-être plus impliquée, la majorité a bien mesuré les efforts déjà entrepris dans ce domaine et je remercie Monsieur DEMOLIN et Madame FIRQUET de leur apport constructif.
Les trois axes définis par le P.S. : la sécurité, avec le rappel à la loi, la prévention et la remédiation me semblent une ligne tout à fait dans l’axe de la Déclaration de politique générale de notre Province. A juste titre, il rappelle que la lutte contre la violence, c’est aussi la lutte contre les incivilités et les violences verbales.
De l’intervention de Monsieur DEMOLIN, je retiendrai son plaidoyer en faveur d’une action particulière dans le cadre des violences familiales et l’exclusion, alliant à la fois les soins aux victimes mais aussi aux personnes violentes.
Madame Katty FIRQUET semble avoir été particulièrement interpellée par l’intervention du Docteur BERG. Il est évident que le CAPAM est le bras armé de la Province dans ce combat et si nous avons déjà initié plusieurs actions comme les différentes primes, la sensibilisation et la formation des aides familiales, …, cela ne doit pas nous empêcher d’aller plus loin.
La sensibilité du MR aux problèmes des assuétudes n’est pas neuve. Dois-je rappeler le combat initié par Philippe WATHELET dès 1990. Mais le monde évolue, les consommations changent, les vrais dangers se banalisent et il importe maintenant d’oser nous remettre en question et d’anticiper sur le 21ème siècle.
Ceci étant, nous nous devons de maintenir les actions provinciales, de les renforcer, de les compléter en respectant les initiatives de terrain, nos compétences territoriales et l’évolution de la société en développant des partenariats avec les communes. Vous l’avez constaté, la Province est depuis longtemps active sur le terrain de la prévention de la violence. Aujourd’hui, les tabous sont brisés et les médias relaient très voire trop largement tous les actes de violences quotidiennes, au risque parfois de créer un climat alarmiste sur un terrain socio-économique déjà très fragilisé. Je souhaite poursuivre et amplifier le travail de terrain de manière à renforcer notre spécificité de prévention. Depuis octobre 2006, j’ai rencontré nombre d’acteurs du monde social et l’ensemble des commissions provinciales. De ces contacts, sont nées 6 propositions.
1) Nous réfléchissons à la mise en place d’une « consultation cannabis ». Si les expériences menées en France et à Bruxelles s’avèrent concluantes, ce « point rencontre » pourrait apporter une réponse à tout jeune voire moins jeune, aux parents inquiets et aux enseignants perplexes qui se posent des questions au sujet du cannabis ou qui sont en difficulté. En 2005, selon l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, 6 % des filles et 15 % des garçons de 17 ans consommaient régulièrement du cannabis ; c’est dire si ce problème est interpellant.
2) Pour compléter l’action de la Province en faveur des aînés, il nous faut maintenant promouvoir la télé prévention médicale, la télé assistance et, pourquoi pas, la télédétection d’événements dangereux par la mise à disposition par exemple de webcams reliées à une centrale d’aide. Dans notre souci d’éviter l’isolement des personnes âgées, de diminuer leur sentiment d’insécurité et de leur permettre de dénoncer des situations d’abus, il me paraît important de leur faciliter l’accès aux nouvelles technologies de communication, principalement par des formations à Internet qui seraient dispensées par des équipes itinérantes de formateurs actifs dans les communes.
Citons par exemple le module test de formation à l’intention des aînés de la commune d’Aywaille.
3) Aider les aînés à vivre chez eux c’est bien, leur permettre de circuler et de conserver une qualité de vie c’est tout aussi important. Le déplacement de ceux-ci en toute sécurité est vital. Nous étudierons donc un transport adapté valable également pour les personnes à mobilité réduite. Ici, l’expérience de Verviers est un modèle.
4) Il importe maintenant de poursuivre l’action du CIPREA pour les enfants témoins ou victimes de violences intrafamiliales. Les intervenants sociaux concernés doivent être sensibilisés, par le biais de formations, à cette problématique. Par ailleurs, la mise en place d’une équipe d’intervention qui serait un relais entre ces enfants victimes et les services compétents va être envisagée.
5) Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, certains handicapés mentaux arrivent au 3ème âge. Leur milieu familial s’inquiète ou a disparu et les problèmes résidentiels et d’encadrement sont de plus en plus aigus. Là aussi, nous initions une réflexion novatrice au côté des responsables d’associations, des communes, de la Région wallonne et l’AWIPH.
6) Il importe également d’inscrire le savoir-faire de Lierneux dans la communauté scientifique internationale. En effet, le travail réalisé au Centre Hospitalier Spécialisé « L'Accueil » de Lierneux dans la lutte contre les consommations d’alcool, de drogues et dans l’accompagnement des suicidants mérite de devenir l’image positive d’une Province solidaire.
Voilà six pistes de réflexion dans le domaine de la violence. Elles vont nécessiter un travail intensif en 5ème et 9ème Commissions du Conseil provincial. Elles vont aussi engendrer une multiplicité de contacts tant avec les associations qu’avec les communes et d’autres niveaux de pouvoir. La Province a les compétences et les services pour mettre en oeuvre notre politique.
Nous sommes déjà de plain-pied dans un nouveau millénaire. Sera-t-il celui de la Peur, comme nous le laissent à penser les médias ?
Peur du père, de l’enseignant, de l’autre, de l’étranger, de la perte de revenus ? Peur de ne plus être le plus fort avec ses poings ou son portefeuille ?
Peur au point de n’exister qu’en face des plus faibles ? Personnellement, je crains plus la démission : des parents qui ne mettent plus de limite, des enseignants parfois démoralisés, trop souvent bafoués et de nous tous avec nos petites incivilités.
Non, il n’y a pas de fatalité. Contre la peur qui génère la violence, armons-nous : à l’agression, ne craignons pas de répondre par la sanction mais avant, si nous essayions tous ensemble, là où nous sommes, la fraternité, la solidarité et le partage des mêmes valeurs qui supposent comme pré-requis le respect de l’Autre et de soi même ?