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Musique

Mis en ligne le 16/01/2007

A l’Opéra, pour remercier Friedrich Pleyer, Jean-Louis Grinda l’invite à diriger l’Hymne à la Joie !

Il était une fois un de ces « Wiener Sangerknaben » (Petits chanteurs de Vienne) qui ne se contentent pas, depuis leur fondation par Maximilien en 1498, de chanter chaque dimanche en la Chapelle impériale mais qui en outre reçoivent, depuis l’école maternelle jusqu’à la fin des humanités, une éducation musicale d’exception dans l’Augartenpalais. Un de ces petits chanteurs devint le directeur musical de l’orchestre de notre Opéra Royal de Wallonie. Le premier août 2005, nous écrivions dans « Proxi-Liège », à propos de Friedrich Pleyer que « sa profonde culture musicale a naturellement imposé une cohérence, une homogénéité, une harmonie nouvelles à des musiciens qui doivent savoir se mettre au service de l’expression vocale ». Friedrich Pleyer a en effet été pendant onze ans le directeur musical de l'Opéra Royal de Wallonie. Avec constance et conviction, il s'est fait l'avocat d'un travail d'orchestre rigoureux et de l'exploration d'un répertoire toujours plus exigeant, jusqu'à l’intégrale du « Ring » de Wagner, qu'il a dirigée en conclusion de son mandat. Au début du second semestre de sa dernière saison de direction générale de l’O.R.W., Jean-Louis Grinda a justement voulu remercier Friedrich Pleyer de son très remarquable apport aux musiciens de l’O.R.W. Ce vendredi 19 Janvier à 20 heures et ce dimanche 21 à 15 heures, nous retrouvons dès lors avec grand plaisir Friedrich Pleyer qui retrouvera son orchestre comme chef invité avec l'œuvre symphonique sans doute la plus célèbre de tous les temps: la IXème Symphonie de Beethoven. Chœurs, orchestre et solistes s'uniront ainsi sous sa baguette en entonnant l'Hymne à la Joie : joie de la musique, joie des retrouvailles, joie d'avancer vers le futur grâce au travail accompli. En première partie de ce grand concert, la jeune soprano Nancy Weissbach, que l'on réécoutera d’ailleurs durant cette saison, interprétera avec l'orchestre les « Vier letzte Lieder » de Richard Strauss, testament musical sublime d'un compositeur que Friedrich Pleyer aura défendu avec brio durant toute sa carrière. On trouvera ci-dessous une brève présentation des deux chefs d’œuvre programmé ces vendredi et dimanche.
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Les «Vier Letzte Lieder» pour soprano et orchestre de Richard Strauss, terminés à Montreux en avril 1948 et exécutés la première fois le 22 mai 1950 à Londres
Le titre consacré « quatre derniers Lieder » a été donné à ce cycle, postérieurement au décès de leur compositeur, par son éditeur. Lors de la création par Kirsten Flagstad, l ’Orchestre Philharmonia était conduit par Wilhelm Furtwängler. Les textes des trois premiers poèmes sont de Hermann Hesse, écrivain plus connu par ses romans que par sa poésie et qui avait des rapports plutôt conflictuels avec le musicien, bien qu ’ils soient voisins. Le dernier poème est de Joseph von Eichendor .L ’ensemble présente un raccourci saisissant sur le cycle de la vie, du « printemps » au « soleil couchant » dont le dernier vers est : « Ist dies etwa der Tode ?» (serait-ce déjà la mort ?), en passant par « septembre » et « l ’heure du sommeil ». Il est à noter toutefois que l’ordre des chants a été fixé de manière posthume et qu’il est probable que le musicien avait décidé de mettre le «printemps » en avant-dernière position (comme lors de la création),ce qui constitue une vision plus optimiste du cycle.

La Neuvième Symphonie en ré mineur, op. 125 pour orchestre, solistes et chœurs de Ludwig von Beethoven, interprétée pour la première fois le 7 mai 1824 à Vienne et dont la dernière représentation par l'O.R.W. date de septembre 1983 au Palais des Sports de Coronmeuse

A partir de 1815, la célébrité de Beethoven est universelle: il reçoit la visite de Rossini, de Schubert, de Weber et du jeune Liszt, âgé de onze ans. Mais il ne les comprend pas: indépendant, orgueilleux, misanthrope, il fait volontairement le vide autour de lui, en arguant brutalement des droits de son génie et il se réfugie sur les cimes de l’art.
La « Missa Solemnis » et la « Neuvième Symphonie» obtiennent en 1824 un triomphe qui laisse indifférent cet homme supérieur.
La Neuvième Symphonie, ultime symphonie de Beethoven, la plus longue des neuf a été achevée au début de l ’année 1824, soit douze ans après la Huitième Symphoni . C’est la première symphonie de l ’histoire de la musique qui fait intervenir la voix humaine. Beethoven avait déjà parlé du projet de cette nouvelle symphonie dans une lettre de 1812 mais il ne parlait alors que de sa tonalité en ré mineur. La crise traversée par Beethoven dès 1813 n’est pas innocente au long écart qui sépare les deux dernières symphonies. Mais, surtout, Beethoven a beaucoup hésité sur la conception de sa dernière symphonie,il la voulait parfaite. Il hésitera notamment à mettre des chœurs dans le finale.
C’est à son dernier mouvement que Beethoven a fait l’innovation la plus spectaculaire, ajoutant un chœur et un quatuor vocal qui chante l ’Hymne à la joie , un poème de Friedrich von Schiller. Cette œuvre appelle à l’amour et à la fraternité entre tous les hommes et la partition originale fait maintenant partie de la liste « Mémoire du monde» du patrimoine mondial de l ’Unesco .
L’Ode à la Joie de Schiller (1785) est au coeur de l’interprétation politique de la Neuvième. Schiller compose son poème avec la volonté de répandre le bonheur et la fraternité à toute l’humanité (on trouve ainsi des vers comme «alle Menschen werden Bruder » : tous les Hommes deviennent frère). Mais beaucoup pensent, avec plus ou moins de preuves à
l ’appui, que le texte originel n ’était pas une ode à la joie (An die Freude )mais bien une ode à la liberté (Freiheit schöner Götterfunkel ) composée dans une perspective républicaine et démocratique et qui aurait subi le joug de la censure; d’où les interprétations politiques qui s’en sont suivies. Beethoven aurait alors décidé dès 1792 de mettre ce poème en musique.
L’introduction du 4ème mouvement, l’ « Hymne à la joie » a été adoptée en 1985 comme hymne officiel de l’Union européenne. L’adaptation en a été confiée à Herbert von Karajan.





Jean-Marie ROBERTI