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Musique

Mis en ligne le 28/09/2005

ENTENDU POUR VOUS : très brillant récital d’Éric Mairlot, à l’orgue de la salle philharmonique notamment dans le " troisème Choral", l’œuvre ultime de César Franck.


Ce mercredi 28 septembre, le troisième récital du festival inaugural de l’orgue rénové de notre salle philharmonique,a été joué par l’ « organiste maison » (et excellent rédacteur des programmes de l’O.P.L.) Eric Mairlot. Le directeur général de l’Orchestre Philharmonique de Liège, Jean-Pierre Rousseau, a, d’emblée, pris la parole pour souligner qu’Eric Maitlor avait été, je le cite, « vraiment la cheville ouvrière » de cette remarquable rénovation. Il a aussi insisté sur le fait qu’Eric Mairlot est l’auteur principal d’un très beau livre de 160 pages consacré au « Grand Orgue Pierre Schyven 1888 de la Salle Philharmonique de Liège » (ouvrage en vente à l’orchestre, au prix exceptionnel de 15 euros).
En tout cas, Eric Mairlot – qui jouait donc « at home », comme disent les amateurs de football – a séduit un public encore plus nombreux et plus enthousiaste que la veille. On voit qu’il connaît admirablement l’instrument et qu’il en tire le meilleur parti. Les ovations qui ont suivi sa dernière prestation l'ont conduit à jouer, en bis, la courte mais très belle «Toccata » de Pierre Froidebise, organiste liégeois majeur, beaucoup trop tôt disparu. Avant le début du récital, notre étonnement a de nouveau porté sur les raisons esthétiques ou acoustiques qui ont conduit à laisser sur la scène, ces mardi et mercredi, chaises et gros instruments de l’orchestre alors qu’ils n’y étaient pas lundi. Nous avouons ne pas comprendre …
Aux orgues de Saint-Pierre (…à Chênée), Eric Mairlot doit parfois rêver (et c’est très bien ainsi) aux orgues de Notre-Dame (de Paris). En tout cas les deux premières œuvres de son programme (« La berceuse à la mémoire de Louis Vierne » transcrite sur base d’une improvisation de Pierre Cochereau et la très brillante « Toccata », extraite de la deuxième des quatre suites regroupant vingt-quatre « Pièces de fantaisie », de Louis Vierne et jouée avec toute la fougue nécessaire) sont des compositions de deux titulaires du grand orgue de la très célèbre cathédrale de la capitale française que Vierne (pourtant presque aveugle de naissance) occupa de 1900 à 1937 (il mourut aux claviers) et où Cochereau resta, lui aussi, plus de trente ans. La mise en valeur des ressources de l’orgue symphonique fut, dans ces deux « hors d’œuvres » , remarquable.

Vint ensuite, extraite d’un long cycle de neuf méditations qu’à 28 ans, en 1935, Olivier Messiaen écrivit pour orgue et intitula « la Nativité du Seigneur », l’avant-dernière pièce de ce recueil : « Les Mages » et leur lente, tranquille et majestueuse procession vers la crèche.
Éric Mairlot , alliant un sens aigu de l’harmonie et une très réelle virtuosité, poursuivit ses interprétations par celle de l’œuvre ultime du plus justement célèbre compositeur liégeois : César Franck, né en 1822, rue Saint-Pierre (où s’était installé, sous l’Empire, notre premier Conservatoire) et décédé à Paris le 8 Novembre 1890, des suites, déjà,d’un « accident de la route » (sa calèche ayant été heurtée par un camion). Alité, César Franck corrigea ses trois chorals mais il ne put, avant sa mort, les écouter à l’orgue.(La photo:César Franck aux superbes orgues Cavaillé-Coll de l'église Sainte-Clotilde à Paris - Cliché de la bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel).
Ces chorals constituent son testament musical et un éclatant hommage à Jean-Sébastien Bach, le troisième présentant des similitudes délibérées avec le début du « Prélude et fugue en la mineur » (BWV 543) du génial cantor de Leipzig. Après une introduction rapide vient une partie plus lente basée sur un jeu de trompette puis un second mouvement vif , terminé en style de toccata, laisse enfin la place au choral proprement dit, choral calme et serein.
La transition fut brutale car, après ce chef d’œuvre de la fin du 19ème siècle, nous avons entendu la création (commandée par les Amis de l’Orchestre Philharmonique de Liège) d’une composition écrite par Michel Fourgon, professeur de composition et d’histoire de la Musique au Conservatoire de Liège. Cette œuvre est intitulée « Mon cuer, my fire » et son auteur déclare l’avoir élaborée à partir, d’une part, de la chanson écrite au 15ème siècle par Gilles Binchois (« Mon cuer chante joyeusement ») et, d’autre part, d’une partie de l’introduction du titre phare en 1967 du groupe anglophone « Doors » : « Light my fire » .
A un demi millénaire de distance, Michel Fourgon découvre des similitudes étonnantes entre ces deux chansons qui, selon lui, impriment couleur et climat particuliers à sa propre composition. Mais il est des allergies sans doute incurables car je n’ai pas davantage apprécié cette création que la composition de Michel Fourgon entendue cet été au Festival de musique de chambre de Stavelot. Enfin, Eric Mairlot en revint à des créations davantage en phase avec la ré-inauguration d’un orgue symphonique, en choisissant de conclure son récital par la « Sonata Eroïca » (opus 94) du Liégeois Joseph Jongen qui écrivit, en 1930, cette œuvre d’envergure pour l’inauguration au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles du grand orgue Stevens (qui, lui, attend toujours son remplacement).
Cette sorte de grande fantaisie rhapsodique s’adapte particulièrement bien à une vaste salle de concert et à son puissant orgue restauré. Cette ré-inauguration dure encore quatre jours : voyez en le programme et ne la manquez pas.





Jean-Marie Roberti.