• Visiteur(s) en ligne : 3
  • |
  • Visiteurs total : 3137506

Théâtre

Mis en ligne le 02/01/2007

Vu pour vous à l'Etuve : Un grand rire sauvage


Christopher Durang, l’auteur américain (1987) de « Laughing wild » dont l’adaptation française de Jean-Marc Delhausse «Un grand rire sauvage» a été interprétée avec éclat, le soir du réveillon de la Saint-Sylvestre au Théâtre Royal de l’Etuve, a-t-il été influencé par le génial Antonin Artaud ?
On sait qu’Artaud prônait (entre autres), l’avènement d’un théâtre à vocation spirituelle, communautaire, tout en refusant le drame psychologique, pour disait-il « favoriser la guérison d’une société malade ». Son concept de « théâtre pur » était d’en extirper les formes anciennes, de les détruire pour les remplacer par une véritable régénération. Son théâtre qu’il baptisa «théâtre de la cruauté» était une invite à une rénovation du langage théâtral : il s’agissait d’ébranler les spectateurs en formatant la frontière qui les sépare des acteurs, minimisant ou éliminant le discours pour lui substituer de simples sons et mouvements… et susciter des interprétations et des prolongements très divers, souvent contradictoires.
Si je fais ce parallèle avec Antonin Artaud, c’est peut-être parce que dans l’œuvre de Durang, à moins que ce ne soit dans le travail d’adaptation de Delhausse, je l’y ai retrouvé en tout bien tout honneur.
Je ne connais pas très bien le théâtre américain et avant ce soir je ne connaissais pas du tout Christopher Durang (qui est tout à fait connu outre-Atlantique) qui «…est l'un des hommes les plus drôles au monde, capable de faire rire l’assistances à maintes reprises, nous prenant par surprise avec ses plaisanteries et sa satire amère implacable… » selon Edith Oliver, du New Yorker. Et on ne peut qu’être d’accord avec elle. Enfin, c’est tout à fait personnel…

Décoiffés et prêts pour une nouvelle année

Nous savons le sentiment que c’était une pièce difficile, non seulement à adapter en français, mais à mettre en scène et à jouer. Et c’est pourtant le pari qu’ont réussi les deux interprètes : Jean-Marc Delhausse (qui signe l’adaptation française qui est aussi une création) et Muriel Clairembourg (qui avec Jean-Marc ont aussi signé la mise en scène).
Nous n’allons pas déflorer cette pièce parce qu’alors tous les effets tomberaient à plat.

Mais imaginez : vous sortez d’un supermarché où au lieu d’acheter une boîte de thon , parce que c’est la seule chose que vous savez cuisiner avec de la mayonnaise, vous avez assommé un client qui vous empêchait d’approcher du rayon de boîtes de thon, puis que vous tombez dans le caniveau après plusieurs démêlés pour obtenir un taxi qui ne peut finalement pas vous conduire où vous le souhaitez parce qu’il a fini son service…C’est comme ça que «Un grand rire sauvage » (emprunté (le rire uniquement)à une pièce de Samuel Beckett), commence avec « elle », c'est-à-dire Muriel Clairembourg que l’on verrait tout aussi bien dans « Virginia Wolff », « La mégère apprivoisée » dans « Zazie dans le métro » ou encore dans du Vian ou de l’Audiberti… quelle énergie, quelle justesse dans le jeu, quelle drôlerie….

Lui, (Jean-Marc Delhausse), c’est l’homme du supermarché, (l’assommé), qui avec son jeu (un peu à la Woody Allen moins triste), nous fait oublier que ce qu’il dit est très sérieux et existentiel (ici j’exagère).
Nous les trouvons chacun séparément dans leur monologue qui établit une sorte d’état des lieux, en fait leur état des lieux personnel (mais qui peut être celui de chacun des spectateurs), à la fois, énervant, absurde, grinçant, amer, désopilant… mais jamais, au grand jamais ennuyant.
Si l’on se place au niveau du théâtre français on pourra retrouver dans l’œuvre de Durang-Delhausse, surtout de la façon, dont Jean-Marc et Muriel l’interprètent, un peu de Jarry, du Vian, de l’Audiberti ou du Vitrac. Ici aussi, c’est tout à fait personnel.
Enfin, après un court instant d’un grand moment d’un célèbre jeu télévisé américain (pour l’adaptation il aurait peut-être fallu faire référence à une émission plus connue chez nous), où l’un des concurrents n’est autre que l’enfant Jésus de Prague (???), la pièce se termine par une sorte de duo décalé entre les deux protagonistes… Un grand moment de respiration synchronisée.
Bref, après ce spectacle décoiffant à souhait (grincheux et réac. s’abstenir), vous ne pouvez que démarrer 2007 gonflés à blocs. J’ai beaucoup aimé aussi le décor à la Warhol …

«Un grand rire sauvage» sera repris au Théâtre Royal de l’Etuve du 11 au 20 janvier, les jeudis, vendredi et samedis à 20 h 30

http://theatre-etuve.be





Gaston LECOCQ