• Visiteur(s) en ligne : 3
  • |
  • Visiteurs total : 3171143

Musique

Mis en ligne le 31/12/2006

Vu et entendu vous à l’O.P.L. et à l’O.R.W : Boris Belkin, Werner Van Mechelen, Louis Langrée et diable, quelles fêtes ! –"Orphée aux enfers".

La fin de l’année 2006 a confirmé (si besoin en était) que, grâce à son Orchestre Philharmonique et à son Opéra, Liège est bien, incontestablement, la capitale wallonne de la musique, tant classique que lyrique.
Nous avons écouté successivement le vendredi 8 décembre le concert de l’O.P.L. avec notamment, en soliste, le violoniste Boris Belkin dans le premier concerto pour violon et orchestre en la mineur (opus 77) de Dimitri Chostakovitch, le dimanche 10 décembre à l’O.R.W., le récital « Noël dans le lied allemand » du baryton-basse Werner Van Mechelen, le mercredi 20 décembre, au Théâtre Royal, la « générale » de l’opéra-bouffe de Jacques Offenbach : «Orphée aux enfers» et, le samedi 23 décembre, en la Salle Philharmonique du Boulevard Piercot, le Concert de Noël de notre Orchestre, cette fois à nouveau dirigé par Louis Langrée.
Nos impressions sont naturellement multiples mais généralement enthousiastes.

Un artiste liégeois d’exception

Les Liégeois ignorent trop souvent qu’ils comptent, parmi leurs concitoyens, un des meilleurs violonistes contemporains. Certes, d’aucuns écrivent au sujet de Boris Belkin, qu’il serait « russo-israélien… ». En réalité, comme son épouse, leur fille et leur fils, ils sont « belges ».

Il est vrai que Boris Belkin est né en Russie le 26 janvier 1948. Dès l’âge de sept ans, il commença à se produire en public sous la houlette du célèbre chef d’orchestre Kirill Kondrashin. A 25 ans, il obtint le premier prix du très important Concours Soviétique réservé aux violonistes. L’année suivante, en 1974, en plein règne de Léonid Brejnev, il émigra en Israël. Mais, depuis environ un quart de siècle, Boris Belkin s’est installé avec sa famille dans un appartement d’où il voit la Meuse et notre port des Yachts. Pendant la majeure partie de l’année, il sillonne le Monde, invité sur tous les continents par les plus grands orchestres et, chaque été, il a le privilège d’enseigner son art en Toscane, dans la très fameuse « Accademia Chigiana » de Sienne. Mais il se trouve bien quai Marcellis et y est devenu un Liégeois à part entière. C’est évidemment un grand honneur pour notre Cité d’avoir été choisie par un artiste de cette qualité. Sans doute serait-il temps, pour les responsables de notre politique culturelle, de mettre publiquement en lumière un aussi heureux concours de circonstances. En tout cas, ce qui est certain c’est que Boris Belkin conserve un enthousiasme et un dynamisme intacts après plus de cinquante années de prestations musicales. Il l’a démontré à nouveau dans son interprétation du premier concerto pour violon que Dimitri Chostakovitch, dont on a célébré le centenaire en 2006, a achevé l’année de la naissance de Belkin mais qui ne fut créé, par son dédicataire David Oïstrakh, qu’en 1955 alors que le jeune Boris commençait déjà à jouer en public. Ce chef d’œuvre alterne la mélancolique poésie d’un nocturne onirique, l’allégresse endiablée d’une danse juive, l’émouvant classicisme d’une passacaille répétitive et enfin le brio d’un final souvent sarcastique. Belkin vit cette musique et nous la restitue avec passion. Le public de l’OPL ne s’y est pas trompé, lui réservant une longue ovation. Oui, vraiment, en la personne de Boris Belkin, Liège dispose d’un artiste d’exception, digne des plus grands orchestres parmi lesquels notre Philharmonique occupe, malgré la relative modestie de ses moyens budgétaires, une place enviable.

Un Flamand, chantant en allemand, apprécié à Liège et en Provence

Les Amis de l’Opéra Royal de Wallonie ont accordé leurs faveurs, la saison dernière, à un chanteur flamand qui a excellé en incarnant Alberich dans le cycle « Der Ring des Nibelungen ».

C’est sans doute cette distinction qui a conduit Jean-Louis Grinda à inviter Werner Van Mechelen à présenter sur la scène de l’O.R.W. un « Récital de Noël ». Accompagné de Jozef De Beenhouwer, un pharmacien « malgré lui » (reconverti en pianiste depuis plus de trente ans), le baryton-basse, d’abord formé à Leuven, a choisi d’interpréter, dans le « lied », des œuvres inspirées par Noël à des musiciens allemands des XIX et XXèmes siècles : Peter Cornelius, Joseph Haas, Hugo Wolf et Engelbert Humperdinck (ceci entrecoupé par des pièces pour piano composée par les plus célèbres Johannes Brahms, Robert Schumann – dont Van Mechelen chanta aussi le « Weihnachtslied » - et Frédéric Chopin). Ce choix a permis à un public réceptif de faire d’agréables découvertes. En « bis », nous n’avons pas échappé au très traditionnel « Minuit, chrétiens … ». Mais si ce chanteur flamand apprécie très naturellement les langues germaniques, on notera que sa popularité dans le monde latin dépasse les frontières liégeoises car il a eu l’intelligence de s’installer avec sa famille en Drôme provençale, près de Buis-les-Baronnies, où il est également très apprécié car il a su s’intégrer à l’activité culturelle locale.

Des pétillants Jacques Offenbach, Claire Servais and C°

La nouvelle production d’ « Orphée aux enfers » par l’Opéra Royal de Wallonie marque du millésime 2006 une réussite festive exceptionnelle. Et cela grâce à une équipe à laquelle Jean-Louis Grinda a bien raison d’avoir fait pleine confiance. Elle se compose de Claire Servais pour la mise en scène, de Frédéric Roels pour la dramaturgie, de Barry Collins pour la chorégraphie, de Dominique Pichou pour les décors inventifs, de Jorge Jara pour les splendides costumes et de Jacques Chatelet pour les lumières.

Outre l’orchestre placé sous la baguette de Didier Benetti, les chœurs dirigés par Edouard Rasquin et la maîtrise dont le responsable est Jean-Claude Van Rode, douze chanteurs et douze danseurs ont emmené le public dans un tourbillon fait de rythme et surtout d’imagination. Alors que je suis souvent réticent à l’emploi des anachronismes, je dois reconnaître que cette fois ils étaient drôles et servaient pleinement l’esprit de l’œuvre de Jacques Offenbach dont le livret, dû aux vaudevillistes Crémieux et Halévy , avait été « révisé » par la metteuse en scène et le dramaturge précités. Alors que l’art lyrique n’est malheureusement pas la tasse de thé de mon épouse, elle me répéta tout au long du spectacle « C’est épatant, qu’est-ce qu’on s’amuse ! ». L’objectif a donc été pleinement atteint et il me reste à distinguer les qualités vocales et scéniques d’un nouveau venu à l’O.R.W. Loïc Félix, un chanteur et acteur français qui dans les rôles de Pluton et d’Aristée a fait merveille. Et le galop infernal de la parodie finale fut bien sûr ovationné, en cadence, par un public « aux anges ».

Des surprises : Mozart, Langrée mais aussi Babey ou Moréa

Le dernier concert de l’année pour l’O.P.L. débuta et se clôtura par des surprises, publiques ou non. Louis Langrée, qui était revenu travailler à Liège la semaine avant les fêtes, avait promis d’ouvrir le concert de Noël par une œuvre inattendue. Elle était de Mozart ce qui en 2006 ne s’avère guère original. Mais de Mozart père (Léopold) et cette « Kindersinfonie », longtemps attribuée à Haydn, fut interprétée non seulement par quelques musiciens de l’O.P.L. mais aussi par plusieurs de leurs enfants, y compris d’ailleurs ceux du chef d’orchestre. Cette amusante « Symphonie des jouets » - ainsi qu’on l’intitule en français – apporta un moment de grâce et d’amusement ponctué des chants du coucou, du rossignol, de la caille et des sons de crécelles, de petites trompettes, etc… Ensuite nous revînmes à Wolfgang et avons pu apprécier le recrutement judicieux d’une flûte solo flamande par l’ensemble orchestral liégeois.

En effet, Lieve Goossens, originaire de Dendermonde et diplômée de Gent et d’Antwerpen, a été engagée en 2005 par l’OPL où elle est devenue chef de pupitre au début de cette saison 2006-2007. Le concerto pour flûte en sol majeur de Mozart (K 313), dont elle était la soliste, a démontré toute l’étendue du talent de cette souriante musicienne de 27 ans.
L’Orchestre et son (encore très) récent directeur musical ont clôturé la partie officielle du dernier concert de l’année en donnant leur pleine mesure dans un véritable chef d’œuvre : la cinquième symphonie de Tchaikovski celle du destin, dramatique dès l’entame du premier mouvement et qui le devient de plus en plus jusqu’à son apothéose finale.
Avec quelques privilégiés, nous avons, après le concert, été conviés à rejoindre les musiciens, les anciens de l’OPL et des responsables de l’Association de leurs amis à une réception de fin d’année. Au bout d’un moment d’attente, nous avons été invités à rejoindre les fauteuils du balcon où nous avons apprécié les improvisations sur scène (dans un sorte de « jam session ») d’un pianiste (Louis Langrée) et d’une dizaine de musiciens des pupitres des cordes (dont des dames aux boas verts) qui improvisèrent une fête presqu’aussi infernale que celle d’Orphée à l’O.R.W.. Puis vint l’heure des discours. Tout particulièrement pour rendre hommage à quatre collaborateurs de l’OPL qui s’en vont à la retraite fin 2006 ou début 2007 : Joseph Rabuto, l’homme à tout faire (et plus encore), José Martens le chef comptable (venu comme un braconnier de la C.G.S.P.), l’alto franco-liégeoise Michèle Babey (engagée à Paris en 1964 et qui restera active à la Bibliothèque) et enfin – las but not least – le violoncelliste Octavian Moréa auquel le régime de Ceausescu refusa de multiples visas jusqu’en 1977, date à laquelle il quitta à Bruxelles l’Orchestre Philharmonique de Bucarest pour rejoindre celui de Liège où depuis il est resté intarissable, tant vocalement que musicalement comme l’ont encore démontré ses interprétations lors de cette surprenante et sympathique réception.
Que souhaiter à l’ORW et à l’OPL pour 2007, sinon de faire progresser encore la prééminence liégeoise dans le domaine musical en Wallonie ?

Les photos :
- Boris Belkin
- Werner Van Mechelen
- Loïc Félix (au centre des Enfers à l’O.R.W.)
- Lieve Goossens (soliste du concerto pour flûte de Mozart à l’O.P.L.).





Jean-Marie ROBERTI