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Médias

Mis en ligne le 14/12/2006

RTBF "La Une" : chapeau ! Welles n’aurait pas fait mieux…


Comme près de 90 % des téléspectateurs qui pensaient suivre l’excellente émission de Jean-Claude Defossé « Questions à la une » et qui avait pour thème : « Va-t-on supprimer les indemnités de chômage en Wallonie? » et « Les Flamands sont-ils plus corrompus que les Wallons? », j’ai été véritablement estomaqué lorsqu’ est apparue à l’écran la mire, suivie d’un d'un flash d’un « JT spécial » présenté par François De Brigode. La mine un peu défaite, sérieux comme un pape, celui qui avec beaucoup d’efficacité, présente régulièrement le JT de 19 h 30 nous annonçait vers 20 h 15, que ce mercredi 13 décembre : «Nous interrompons nos émissions pour vous annoncer que le Parlement flamand vient de voter à l’unanimité pour déclarer et décréter que la Flandre devenait ce soir un état indépendant. »
J’ai eu à peine le temps de me demander s’il ne s’agissait pas d’un « canulard » quand très vite, François De Brigode, comme il l’aurait fait en temps normal, a fait intervenir plusieurs journalistes dans le mode du direct : reportages en face du Gouvernement flamand avec en face quelques manifestants au drapeau jaune et noir chantant le « Vlaams Leeuw » ; reportage au palais de Laeken où l’on apprend que le Roi, dans l’impossibilité de régner quitte le pays avec sa famille (image en direct de Bruxelles-Airpot), interviews catastrophés ou pas, de différents parlementaires tels que José Happart (président du Parlement wallon), Charles Picqué (président de la Région Bruxelles-Capitale) ou encore de Herman De Croo, (président de la Chambre), le baron Etienne Davignon etc...et différents reportages qui font croire qu’effectivement, la Belgique de 1830, c’est bel et fini de par la volonté flamande.
Mais après un petit quart d’heure, alors que Alain Gerlache, le directeur de la rédaction est aussi venu sur le plateau pour commenter l’événement et le rendre encore plus crédible, apparaît en bas d’écran, un message : «Cela pourrait ne pas être une fiction… » Puis quelques minutes après, l’annonce « Editions spéciale du JT » était remplacée par une autre et qui est restée jusqu’à la fin de ce qui n’était en réalité qu’un « docu-fiction » - « Ceci est une fiction ».
On y a aussi vu, pour la petite histoire, des interview très réalistes de Jean-Marie Dedecker, l’exclu et trouble-fête de la politique flamande, Axel Red, ou encore Jean-Luc Fonck et Annie Cordy à qui l’on apprenait la fatidique nouvelle ainsi que des reportages sur le Ring de Bruxelles paralysé, des trains bloqués à la frontière linguistique, des avions détournés sur Bierset, le siège de l'OTAN en état d'alerte, des scènes de joie à Anvers, des policiers inspectant la frontière linguistique à Flobecq etc…
Bref, c’était d’un réalisme à faire pâlir Orson Welles lorsque le lundi 30 octobre 1938 sur CBS il présenta une adaptation de La Guerre des mondes de HG Wells dans laquelle un faux présentateur de CBS annonce l'arrivée des Martiens.

Un débat chaud, chaud…

Ce faux JT qui a duré presque deux heures était suivi d’un débat (de près de 2 heures aussi) au cours duquel Olivier Maroy dans le plus pur style de « Mise au point » avait invité autant de personnalités politiques flamandes que francophones dont notamment José Happart, Olivier Maingain, Francis Delperée, Jean-Michel Javaux, le bourgmestre de Wezembeek etc… Le thème de ce débat : « Un tel scénario est-il possible ? » et les réponses à un sondages effectué par la RTBF sur Internet.

Si le débat a été chaud, son issue est on ne peut plus claire : d’un côté, excepté peut-être José Happart et Olivier Maigain qui donneront sûrement encore du fil à retordre dans l’avenir, du côté flamand, c’est clair que l’on privilégie le thèse d’un « confédéralisme » donnant plus de pouvoir et d’autonomies aux régions. Rappelons d’ailleurs que mardi, les chrétiens-démocrates flamands du ministre-président Yves Leterme (CDNV), candidat inavoué au poste de Premier ministre, et leurs partenaires nationalistes (NVA) annonçaient qu'à l'issue de la réforme de l'état prévue pour l’an prochain, ils voulaient une Flandre compétente en matière de soins de santé et de politique des familles, d'emploi, de mobilité (aussi la SNCB), de télécommunication et de politique scientifique et aussi en matière d'impôts des personnes physiques et des sociétés, de sécurité et de justice. Sans oublier la scission de l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV)…
C’est dire si, à quelques mois des élections fédérale il était nécessaire d’ouvrir le débat et, pour les citoyens, de mettre enfin chacun en face de ses responsabilités. C’est que, et on l’a encore bien ce ce mercredi soir, même si cette émission a créé quelques ennuis, des craintes (même à l’étranger), des frayeurs, des centraux téléphoniques surchargés. Certes, la RTBF a mis les grands moyens, mais comme le dira Philippe Dutilleul, membre de l'équipe de « Tout ça (ne nous rendra pas le Congo) », et qui a eu l’idée de cette émission : « Le but était de susciter le débat et de mettre en avant un enjeu majeur du débat politique actuel, celui de l'avenir de la Belgique ».
Personnellement, je peux dire que c’est réussi. Ici, la RTBF a pleinement joué son rôle de chaîne de service public puisqu’elle a fait réagir des centaines de milliers de Belges à un problème que nos « politiques » francophones n’osent pas aborder de front attendant l’estocade des « politiques » flamands qui ne vont pas s’encombrer de l’état d’âme de sa population déjà acquise passivement à leurs idées séparatistes.
C’est cela qui a sans doute choqué les présidents de parti, du MR au PS en passant par Ecolo et le CDH qui se sont tous dis outrés par ce type d’émission. Pour une fois que l’on a remisé la langue de bois…va-t-on s’en plaindre.
Comme journaliste, on pourrait peut-être se demander si l’on a le droit d’entrer dans un tel jeu, si on a le droit de pratiquer du « docu-fiction ». Le débat qui en a résulté me ferait dire oui, puisque ceux qui se sont littéralement mouillés dans cette émission l’on fait honnêtement, dans le seul but d’essayer d’informer, d’essayer de faire comprendre ce qui se passe, ce qui se trame dans ce foutu pays surréaliste où le « bordel » ne vient pas de ce qui se montre et se sit à la RTBF. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il s’agit d’audimat, l’émission n’était pas annoncée et n’a pas été interrompue par de la pub.
Quoi qu’en disent déjà tous les présidents des partis francophones (PS et MR) et autres, qui, en attaquant de toutes part la « Maison Reyers » veulent en faire une « affaire d’état », il était peut-être temps que quelqu’un en Belgique francophone, montre qu’il en avait… C’est ça aussi la démocratie…susciter le débat. Et encore bravo pour l’émission les gars.
Parce que si la Belgique existe toujours, on ne sait pas vraiment pour combien de temps encore…et ça c’est une réalité dont on ferait bien de tenir compte dans le sud du pays avant qu’il ne soit trop tard. Quoi qu’en dise les Flamands présents lors de l’émission.





Gaston LECOCQ