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Quartiers

Mis en ligne le 18/11/2006

Quelques degrés à l’ombre des arbres du parc Wazon


Nouvel épisode dans le feuilleton des immeubles du parc Wazon, à Saint-Laurent. L’association Massillon&Lemaire a acheté la propriété de 6600 m2 à la société de Malmédy « La Bruyère » de Marc Antoine, auparavant propriétaire depuis 2003. L’architecte Benoît Tanghe, de Rocourt, stabilise la charpente de la toiture : « Le délai est de quelques semaines, nous annonce-t-il, selon les intempéries ». Les couvre-sol pourris, les gravas, et les cloisons des minuscules studios des caves et combles, habitées avant 2003, ont été évacués. Philippe Massillon s’occupe, via sous-traitance, de la réhabilitation complète : « Environ un an de chantier », prévoit-il. Jean-Marc Lelaboureur, locataire depuis 2000, connaît ainsi son 3ème propriétaire : « Les premiers contacts sont courtois ». Et d’espérer : « Cette année, on aura peut-être du chauffage en hiver ».

Enigme

Il enchaîne avec un volet « peut-être moins positif. La société immobilière n’est pas philanthrope. L’objectif de l’investissement est une réhabilitation rapide pour une revente de logements… habitables ». Les locataires, inquiets malgré le capotage via pétition du 31 octobre 2003 lourde de 2600 signatures (1337 à Liège) contre le projet de « La Bruyère » de bétonner le poumon vert, (extension avec 34 appartements et un parking souterrain), ont interrogé le nouveau propriétaire : « Quelque 15 appartements sont prévus, sans massacre du parc. Mais la société ajoute une phrase énigmatique - comme quoi elle se réserve le droit de promotion de la façade… un jour ». Le parc avec ancien home de Filles mères mi-19ème siècle compte un tulipier de Virginie, un platane commun, un marronnier d’Inde, un chêne rouge d’Amérique et un hêtre pourpre : les cinq arbres centenaires sont répertoriés parmi les Arbres et Haies remarquables de Wallonie. « Si les arbres meurent un jour ou si la protection peut être contournée, pense Jean-Marc Lelaboureur, la surface à construire sera intéressante pour la société. Je ne fais pas de procès d’intention, mais il pourrait arriver des « choses » aux arbres, ou la levée de boucliers pour la protection pourrait s’assoupir ». Scénario fiction ? « Peut-être, répond-il. Mais il n’y a pas de garantie de protection à 100% ». Il nuance, avec un bémol : « Si le site est macadamisé, il perdra sa valeur financière acquisitive ou locative».

Vraie eau chaude

Jeudi, la température avoisinait 15 degrés dans l’immeuble. Seuls 2 radiateurs sur 6 fonctionnent dans le logement de Jean-Marc Lelaboureur : « Je ne suis pas frileux. La réhabilitation débute.

Dès son arrivée, le nouveau propriétaire a fourni de la vraie eau chaude. Etant donné la lutte pour les arbres, nous étions les moutons noirs de « La Bruyère » : sur un an, nous avons connu cinq interruptions d’eau chaude, chauffage et électricité. En septembre, après 20 jours sans eau chaude, nous avions de l’eau tiédasse ». Les déboires ont écœuré le couple Goeury, qui sa « dose », et a donné son renom avant le changement de propriétaire : « Des travaux sont en cours, admettent-ils, mais cela ne garantit pas l’avenir. Depuis 5 ans que nous habitons ici, les conditions n’ont fait qu’empirer. Nous venons de passer, avec notre bébé, 20 jours sans eau chaude ni chauffage. Les parlophones, les sonnettes et les bras mécaniques des portes n’ont jamais été réparés malgré nos interpellations ». La société « La Bruyère » a intenté une action en justice contre Jean-Marc Le Laboureur, qui contestait « l’augmentation exponentielle des charges depuis 2000 : 80 à 180 E pour un service très relatif. Le parc n’est pas éclairé : trois tentatives d’effraction ont eu lieu en 2006». L’audience en Justice de Paix est prévue pour mi-décembre.

Abribus sans eau

L’immeuble Wazon, de quatre étages, compte aujourd’hui 7 appartements de standing de quelque 110 m2 (dont quatre - bientôt deux - habités), accessibles via un escalier look marbre. Les vastes logements, sans double vitrage, seront rénovés. Quelque 12 habitants ont quitté le site depuis 2003 : Jean-Marc Lelaboureur « entend les voisins marcher sous mon oreiller ». Des portes mènent aux coulisses « classe 3 », via d’étroites marches de bois, vers 25 studios occupés avant « La Bruyère » par quelque 60 locataires « et des centaines de cafards ». Jean-Marc Lelaboureur atteste d’une « rénovation correcte au début des années 1980 d’un immeuble auparavant squatté. Puis, je ne sais pas ce qui s’est passé : insalubrité, délabrement, surpopulation dans les sous-sols et greniers ». Nous avons visité : les cagibis sont « électrifiés » de fils dénudés. Dans un grenier à ciel ouvert, deux WC étaient disponibles pour quelques 20 personnes.

Les empreintes au sol des cloisons, enlevées en octobre, attestent de la promiscuité : « Je crois que seule la pièce de la chaudière n’était pas louée », poursuit notre interlocuteur. En juillet 2003, Marc Antoine a incontestablement mis un terme à cette pratique. Selon Jean-Marc Lelaboureur, « les gens ont disposé d’un mois pour obéir à l’exode. Le mobilier restant sur place a volé par les fenêtres. Un grand feu non écologique a brûlé « tout ça », avec des explosions de frigos ». Le précédent propriétaire, prié de vider les clapiers en juillet 2003 par « La Bruyère », s’insurge : « J’avais commencé énormément de travaux pour aménager des studios peu coûteux. Le propriétaire suivant n’a pas pris la relève, alors tout s’est déglingué. A l’époque, j’ai été dénigré par les riverains effarouchés du voisinage de personnes peu fortunées. J’y ai laissé ma santé. Je n’en suis pas encore remis ». Voilà qui paraît toutefois étrange dans le quartier Saint-Laurent, doté de nombreuses associations sociales. Un habitant proche, « scandalisé », se rappelle d’ « un ami parqué dans un abribus sans eau »… Ou est « parqué » l’ami ? « J’ai trouvé un logement à Fléron, puis à Montegnée, nous dit-il. Il faisait très sale à Wazon.. J’avais loué, car ce n’était pas cher. Le propriétaire nous avait promis d’aménager les lieux, il ne l’a pas fait ». Il ne garde pas de rancune : « Le propriétaire a eu des problèmes de santé ». Quels étaient les contacts entre locataires ? Jean-Marc Lelaboureur évoque un turnover « anonyme dans des « wagons marchandises » bondés, habités officiellement, ou officieusement ». Des studios coûtaient 7000 à 8000 FB. Quid de l’argument de la mixité du 1er propriétaire? « S’il y croyait, c’est possible, je ne veux pas le lyncher, mais alors il était peut-être le seul à y croire : c’était impossible, car innommable et bondé ».

Happy end ?


Entre 1980 et 2006, le prix du parc Wazon non entretenu s’est envolé de 1 million de FB à 800.000 E - à relativiser, étant donné la flambée immobilière : « Il y a 4 ans, une petite maison sans jardin à Droixhe, en face de l’immeuble Libération – à l’époque non rénové - a été vendue 4 millions de FB », s’insurge une habitante de Droixhe. Le chantier actuel signifie-t-il – un rebondissement – ou le happy end - du film Wazon ? « Ce site mérite mieux. Le bâtiment central est magnifique : il a été mis sur cliché par des photographes du musée de la Vie wallonne. Le lieu, arboré avec places de parking, est à proximité du centre ville et des autoroutes ». En tant que locataire « non candidat acheteur », Jean-Marc Lelaboureur est moins optimiste : « la rénovation de standing exclura les personnes, comme moi, aux revenus moyens. Mais je n’ai pas craqué malgré les cafards et la pression de « La Bruyère » pour déguerpir. Peut-être que le futur propriétaire tombera sous le charme du site et sera ravi d’avoir un sympathique locataire. Qui sait ? L’avenir est ici ou ailleurs. En attendant, j’admire le vent d’automne qui balaie les feuilles des arbres». Il sourit : « Le site a une beauté magique ». A l’ombre des arbres, il fait froid : 15 °. Combien dans un mois ?

Article et photos Terry BODSON

En radio : reportage de Terry Bodson ce lundi 20 novembre à 17h dans « Liège Reflex » sur Equinoxe FM (100.10 FM).