• Visiteur(s) en ligne : 5
  • |
  • Visiteurs total : 3136256

Théâtre

Mis en ligne le 16/11/2006

Le Trocadéro de Liège est en deuil


Le monde culturel liégeois est en deuil. Juliette Lemaire, la directrice du Trocadéro – la « bonbonnière » comme elle aimait à appeler « son » théâtre, de la rue Lulay à Liège, est décédée ce mardi 14 novembre des suites d’un cancer. Juliette Lemaire avait 64 ans.
Et si le monde culturel liégeois est en deuil, la tristesse sera probablement encore plus grande et plus sincère parmi les dizaines de milliers de Liégeoises et de Liégeois qui, des plus anciens aux plus jeunes sont passés par ce théâtre unique, non seulement à Liège mais également en Région wallonne. En effet, Juliette Lemaire, qui est à la tête de cette « institution » liégeoises depuis les années 80 a toujours eu, pour chaque spectateur, mais aussi pour chaque membre de l’équipe (de la vedette du moment à la plus humble des ouvreuses) le sourire ou la parole gentille qu’il fallait.
Juliette Lemaire, nous l’avons aussi bien connue fin des années 60, lorsque son père avait alors accepté d’aider (pendant presque deux saisons) une jeune troupe de théâtre amateur (Le Théâtre de la Galaxie) dont je m’occupais.
C’était aussi une des caractéristiques de la famille Lemaire : on croyait aux jeunes et on faisait ce qu’on pouvait pour les aider. A cette époque, Juliette Lemaire s’occupait déjà des costumes du Trocadéro et je me souviens combien elle nous avait été précieuse et dévouée lorsqu’à l’occasion du montage d’une pièce, nous devions impérativement trouver tel ou tel costume. Et pourtant rien ne l’obligeait à nous aider. Mais elle était comme ça : pour que le spectacle soit réussi, elle se serait coupée en quatre. D’autant qu’à cette époque, elle n’avait pas que ça à faire : elle aidait son père Lambert et son frère Jacques à la bonne marche du théâtre. Il n’était d’ailleurs pas rare de la voir à la caisse, mais aussi comme ouvreuse ou encore derrière le comptoir de la cafétéria lors des entractes. Et toujours avec le même sourire, le même désir de faire en sorte que tout qui venait passer une soirée en « Troca » en sorte avec le sourire au coin des lèvres.
La dernière fois que nous l’avons vue, c’était le vendredi 27 octobre dernier, lorsque nous avions assisté, à son invitation, à la représentation de la revue « Pour le maïeur et pour le rire ». A l’entracte, Juliette Lemaire n’avait pas manqué, dans la salle de la cafétéria, de faire le tour de celles et ceux qu’elle connaissait ou pas, pour les saluer et leur demander leur avis. Toujours avec le sourire et pourtant, elle se savait condamnée. Mais, courageuse comme l’a toujours été toute sa vie, elle ne le montrait pas et très peu, finalement, savaient qu’elle était malade et au bout du rouleau.
Le rideau vient donc de tomber sur une vie qui a été vouée entièrement au spectacle, au divertissement, à la joie de vivre.
Bravo Juliette, tu as parfaitement perpétué l’œuvre de ton papa, Lambert, auteur wallon mais aussi revuiste (c’est lui qui a lancé la mode des revues franco-liégeoises) à Liège et nous n’oublierons jamais tes fabuleux costumes avec leurs strass et leurs paillettes qui ont fait rêver des milliers de Liégeoises et de Liégeois.
Mais comme on dit, « le spectacle doit continuer ». Juliette Lemaire, sachant que le Trocadéro ne devait pas mourir avec elle, avait demandé en septembre à Didier Vincent de venir la seconder. C’est lui qui assurera la succession du théâtre du Trocadéro et qui aura la lourde tâche de continuer l’œuvre de la famille Lemaire. Comme l’a voulu Juliette, cette semaine, alors que ses obsèques sont prévue pour ce vendredi 17 novembre, les spectacles de vendredi et week-end ont été maintenus. Ce ne sera évidemment pas facile pour la troupe et tout le personnel du théâtre, mais c’est ce qu’à voulu Juliette Lemaire et c’est le meilleur hommage qu’on pourra lui rendre. Elle qui maintenant est parmi les étoiles…

Un peu d’histoire

Le Théâtre du Trocadéro, créé en 1917, fête cette année son 90 ème anniversaire. Cette dynamique et éternellement jeune institution culturelle succédait à l’époque à un café concert « Le Strass » installé déjà rue Lulay, n°6 à Liège. Mille péripéties, heureuses, dramatiques dont plusieurs incendies, vont se succéder au cours de son existence.
En 1946, Lambert Lemaire, auteur wallon, entre au Trocadéro. 13 ans plus tard, lui et son épouse achètent le Trocadéro qui ne quittera plus le giron familial.
Avec Paul Depas, Lambert Lemaire, écrira des dizaines de comédies et de revues qui feront le succès du Théâtre du Trocadéro où l’on joue tantôt en wallon, tantôt en franco-liégeois, ceux qui ont connu Henriette Brenu et Jacques Ronvaux s’en souviennent encore…Dès lors, les spectacles et évènements se succèdent à un rythme époustouflant dans ce théâtre à l’italienne, rouge et or, mettant en valeur des revues particulièrement prisée. On y organisa aussi des spectacles de lutte gréco-romaine ou des tournis de boxes, mais également des soirées wallonnes et des cabarets franco-wallons.

Depuis une dizaine d’années, le Théâtre du Trocadéro produit seul également les spectacles des « Galas de Paris » où les comédiens français les plus renommés, comme Jean Piat (un ami de Juliette Lemaire), viennent émerveiller. Le Livre d’Or du Trocadéro témoigne des hommages et citations des plus grands artistes.
En outre les « Comédiens Associés » sous la direction de Mme. Jeannine Robiane se sont également installés au Trocadéro ainsi que l’asbl « Comédiens wallons ».
En 1966, sous la direction de Juliette Lemaire (la file de Lambert), le Théâtre du Trocadéro crée son propre atelier de couture d’où sortent tous les habits fastueux et colorés, qui donnent un éclat étincelant aux revues.
C'est en 1980 que Juliette Lemaire deviendra la directrice du Trocadéro et qu'elle en perpétuera le succès.
Et la chose est tellement rare dans le domaine de la culture qu’il faut le signaler : le Trocadéro a toujours fonctionné sans aucun subsides.





Gaston LECOCQ