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Théâtre

Mis en ligne le 16/09/2005

Vu pour vous - Petit Théâtre de l'Opéra - José Brouwers incarne Richard Wagner dans « L’impromptu de Bayreuth » qu’il a écrit et interprète magistralement

C’est au Petit Théâtre, 4, Rue de la Casquette, que nous avons pu, ce jeudi 15 septembre, assister, en avant-première, aux côtés des Amis de l’Opéra et de leur Présidente, Rosita Winkler, à la générale publique d’une coproduction de l’Opéra Royal de Wallonie et du Théâtre Arlequin : « L’impromptu de Bayreuth » écrit par le directeur de la compagnie dramatique de la rue Ruxthiel, José Brouwers, qui a mis son texte en scène (en collaboration avec Thierry Enckels ainsi qu’avec Valérie Urbain pour la scénographie) et qui interprète son œuvre avec Delphine Dessambre, Antoine Schuurwegen et Valérie Centi.
Au soir de sa vie, en 1883, au Palazzo Vendramin à Venise, Richard Wagner revit des rencontres avec un père qu’il n’a pas connu, avec Franz Liszt qu’il admire et dont il est admiré, avec Louis II de Bavière qui l’aime, le protège et lui permettra de réaliser un « temple » pour ses chefs d’œuvre à Bayreuth, avec ses épouses Minna Planer puis Cosima Liszt ( fille de Franz et ex-épouse de son ami Hans von Bülow), avec ses inspiratrices Mathilde dont il mit des poèmes en musique et qui était l’épouse de son ami Otto Wesendonck, Judith qui fut l’inspiratrice de l’enchanteresse Kundry de son ultime drame « Parsifal » et qui était la fille de l’écrivain romantique français Théophile Gauthier et même une dernière jeune cantatrice Carrie Pringle.
« Ce sont les improvisations les mieux préparées qui s’avèrent les meilleures », nous disait souvent un de nos professeurs de l’Athénée de la rue des Clarisses. Cet impromptu de José Brouwers appartient à ce type-là d’improvisations. Il a requis un travail considérable, est nourri de lectures et de références (littéraires plus que musicales) et, en fin de compte, s’avère une remarquable réussite.
Cette évocation de la vie tumultueuse d’un compositeur de génie qui voulait, dans une vaste synthèse englobant tous les arts, atteindre une expression dramatique intégrale, fait mouche. Le musicien, le poète, le philosophe, le révolutionnaire, égocentrique mais généreux, inconstant et éternellement insatisfait, profondément convaincu par de grandes causes mais aussi animé de haines injustifiables, en particulier à l’encontre de juifs (comme le musicien Meyerbeer qui pourtant l’avait soutenu) et aussi à l’égard des Français (en tout cas quand ceux-ci le méprisaient), orgueilleux mais sceptique, rebelle traqué par la police et contraint à l’exil, poursuivi par ses créanciers mais ne reculant pas devant des dépenses grandioses, toute la personnalité complexe de Richard Wagner, entre vérité et légende, apparaît dans cette rétrospective de quelque 80 minutes pendant lesquelles jamais l’attention ne baisse.
Tout le mérite en revient à José Brouwers qui a le sens de la formule et de la réplique et qui imprime un rythme soutenu au texte de cette pièce dont il est aussi le principal interprète, ne quittant à aucun moment le devant de la scène.
Physiquement, il est sans conteste le personnage rêvé de l’emploi. Son incarnation de Richard Wagner est saisissante de réalisme et son jeu constamment juste.
Il est bien épaulé par Delphine Dessambre, qui est, notamment, une remarquable Cosima, et par Antoine Schuurwegen qui s’avère surtout un Louis II tout en nuances. Par contre les personnages de Kundry et Carrie nous ont moins convaincu et dès lors la prestation de Valérie Centi nous a moins touché.
Wagner a vécu septante ans, le Théâtre Arlequin a un demi-siècle et son directeur trois fois vingt-cinq ans : quel exploit de sa part que celui d’écrire et de jouer, de manière aussi magistrale, la vie du premier cité !
En marge du « Ring », je ne peux donc que vous conseiller d’aller applaudir, comme il le mérite, ce remarquable spectacle qui sera représenté ces six prochains vendredis à 20 heures (les 16, 23 et 30 septembre 7, 14 et 21 octobre) ainsi que les 27 septembre et 20 octobre à la même heure et le dimanche 16 octobre à 16 heures (Entrée 11 € réduits à 8, 5 € jusqu’à 25 ans , location au 04 221 47 22).





Jean-Marie Roberti