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Musique

Mis en ligne le 04/11/2006

Vu pour vous à l’O.R.W


Enthousiaste après la comédie-ballet de Molière et Lully « Le Bourgeois Gentilhomme », j’avoue ma perplexité après la « première », ce vendredi 3 Novembre à l’Opéra Royal de Wallonie, de la version d’ «Aïda » produite par le Theater Erfurt et l’Opéra de Monte-Carlo et encore jouée à Liège ces 4, 7, 8, 9, 10 et 11 novembre à 20 h. ainsi que les dimanches 5 et 12 novembre à 15 h. puis, à Charleroi, le samedi soir 18 novembre.
Ne sont en cause ni la direction musicale d’Alain Guingal (photo ci-dessous), ni la qualité de l’orchestre de l’O.R.W., et de ses chœurs (dirigés par Edouard Rasquin), ni les talents des solistes remarquables que furent (dans cette première distribution, doublée, pour cinq des rôles principaux, lors de la moitié des dix représentations) la ravissante et excellente artiste américaine Adina Aaron (l’esclave Aïda, fille du roi d’Ethiopie), la russe Olga Savova (convaincante Amneris, fille du Pharaon), le chanteur bulgare Zwetan Michailov (impeccable général égyptien Radamès), la basse russe Sergey Murzaev (très bon Amonasro, roi d’Ethiopie) ou le solennel grand-prêtre Ramfis incarné par l’artiste bulgare forné en Russie Alexander Anisimov, sans oublier Léonard Graus en Pharaon, Roi d’Egypte, un très sympathique pensionnaire de l’O.R.W. depuis plus de dix ans qui fit ses débuts dans ce même rôle en 1966 - il y a donc quarante ans ! – au Zuid-Nederlands Opera Maastricht (aujourd’hui transféré à Liège ?).
Ce qui par contre ne nous a pas convaincu c’est l’option du metteur en scène Dieter Kaegi (originaire de Zurich et directeur artistique de l’Opéra d’Irlande à Dublin)de transposer l’œuvre de Verdi, créée au Caire en 1871, dans les années… 1920.
Recherche d’ironie au deuxième (voire au troisième) degré, ce choix pose une question de plus en plus fréquente : les mises en scène doivent-elles servir les œuvres les plus célèbres ou s’en servir ? Le nombrilisme (botroulisme, dit-on à Liège) d’aucuns nous atterre.
Il semble évident que, même si, plutôt que de la restituer, Verdi inventait la réalité des temps pharaoniques à Memphis et Thèbes (éventuellement sous un pharaon de la XXème dynastie Ramsès III qui régna de 1198 à 1199 av.-J.-C.), il attachait une importance majeure non seulement à créer un exotisme musical mais, en outre, aux costumes, décors et ballets qui devaient (il en était convaincu) restituer un cadre visuel entraînant le public dans l’atmosphère d’une époque antique reconstituée (sans pour sa part prévoir l’avènement de rois comme Fouad ou Farouk ni d’empereur comme le Negus Hailé Sélassié).

Et, au-delà du fait que nous savons que Verdi ne peut plus se retourner dans sa tombe, ce qui nous a semblé plus ridicule qu’amusant ce sont des scènes comme celle où la « Gran Sacerdotessa » (la chanteuse française Marie-Paule Dotti) paraît davantage diriger un exercice d’escrime qu’une danse sacrée ou bien encore comme celle où des prises de vue cinématographiques prétendent, sans doute, vouloir, anachroniquement, souligner le côté peplum de l’œuvre.
Dieter Kaegi, assisté de Lutz Schwarz, de Barry Collins (chorégraphe disposant de huit danseurs), de Bruno Schwengl (décorateur et costumier) et de Roberto Venturi (lumières), nous livre donc une vision de cet opéra de Verdi qui, heureusement, respecte certes livret et musique mais qui nous a semblé dénaturer l’aspect visuel de cette création, aspect pourtant fondamental pour son auteur.
Puissent les prochains spectacles comme la re-création de « Piére li houyeû » d’Eugène Ysaye ce samedi 25 novembre (nous en reparlerons très prochainement), comme l’ «Orphée aux enfers » d’Offenbach pour les Fêtes (six fois du 22 au 31 décembre) ou comme les récitals de Werner Van Mechelen et de Rolando Villazon les dimanches 10 décembre et 7 janvier à 17 heures nous apporter davantage de satisfactions.





Jean-Marie ROBERTI