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Théâtre

Mis en ligne le 29/10/2006

Vu pour vous à l'Opéra Royal de Wallonie


José Brouwers a fondé le Théâtre Arlequin, dans le quartier du Laveu à Liège, en 1956.
A l’occasion du cinquantenaire de sa troupe, il a fait part au Directeur Général de l’Opéra Royal de Wallonie de son souhait de jouer un des chefs d’œuvre de Molière dans une grande salle. Jean-Louis Grinda ne s’est pas contenté d’accepter de l’accueillir au Théâtre Royal : ils ont décidé de produire ensemble la version originale avec musiciens, danseurs et chanteurs de la comédie-ballet en cinq actes « Le Bourgeois Gentilhomme » créée en octobre 1670 au château de Chambord « pour le divertissement » de Louis XIV par les « deux Jean-Baptiste »
( Poquelin dit Molière ayant écrit le texte qu’il mit en scène et interpréta et Lully la musique qu’il dirigea).
C’est ainsi qu’en ce mois d’octobre 2006, ce spectacle a été représenté à Liège sept fois en cinq jours, devant des salles combles, du parterre au « poulailler ».
Nous avons assisté à une des deux « matinées classiques » lors desquelles des élèves de fin d’études secondaires ont, à juste titre, fait un triomphe à un Molière plus actuel que jamais.
Dans une mise en scène alerte de Claire Servais (O.R.W.) - assistée de Maryvonne Michel (Arlequin) et basée sur une dramaturgie de José Brouwers - , sous une direction musicale de l’excellent violoniste baroque Patrick Cohën-Akénine - assisté pour les études musicales par Hilary Caine et Jean-Claude Hecht - , dans une chorégraphie allègre de Barry Collins (déjà apprécié à l’O.R.W. dans « Chantons sous la pluie », « Titanic », « Simenon et Joséphine », « Sugar », etc…), dans des décors remarquablement adaptés à la pièce de notre concitoyenne Valérie Urbain, dans des costumes extravagants et inventifs du grand décorateur et costumier français David Belugou et dans une excellente mise en lumières du Liégeois Olivier Wéry, plus de quarante artistes ont animé ce grand spectacle.
Il s’agit de douze talentueux musiciens de l’ensemble namurois « Les Agrémens », de dix chanteurs parmi lesquels Laure Delcampe, Pierre Doyen, Thibaut Lenaerts et Benoît Giaux, outre six membres masculins des Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie, de quatre danseurs et de quinze comédiens.
Ceux-ci sont six des « Théâtres de la Ville de Luxembourg » (l’enthousiasmant Marc Olinger, la rigoureuse Claudine Pelletier, les primesautières Caty Baccega et Valérie Bodson, les excellents Jérôme Varanfrain et Hervé Sogne incarnant respectivement Monsieur et Madame Jourdain, leur fille Lucile, leur servante Nicole, leur futur beau-fils Cléonte et un maître d’armes)et neuf de

notre quinquagénaire Théâtre Arlequin (l’amusant Alexandre Tirelier représentant Covielle, le valet de Cléonte, le grand Serge Swysen jouant Dorante l’amoureux peu scrupuleux de la marquise Dorimène, qui revêt les traits de la charmante Marie-Josée Delecour, les expérimentés Thierry Enckels, Emmanuel Leforgeur, José Brouwers et Jean-Marie Gélon - parodiant le couturier Karl Lagerfeld - devenant pour Monsieur Jourdain ses maîtres : celui de musique, celui à danser, celui de philosophie et son maître-tailleur tandis qu’Antoine Schuurwegen et Michel Frenna furent ses premier et deuxième laquais).
Tant par la qualité de la conception que par celle de l’interprétation musicale et dramatique (avec, enfin, de remarquables comédiens au service d’un grand texte qui allie profondeur et esprit), ce spectacle restera comme un des évènements artistiques majeurs de cette saison 2006-2007 à Liège.
Jean-Maurice Dehousse a eu raison de regretter publiquement qu’une réalisation d’une telle qualité n’ait pas fait l’objet d’une captation télévisée publique de la R.T.B.F. ou à tout le moins de R.T.C.-Télé Liège afin qu’une trace en soit gardée dans notre patrimoine artistique.
Ce chef d’œuvre sera rejoué au Grand Théâtre de Luxembourg Ville les mardi 30 et mercredi 31 janvier prochain à 20 heures (Réservations au 00 352 47 08 95 1). Peut-être n’est-il donc pas trop tard pour réparer ce qui est plus qu’une erreur : une faute.
En tout cas, merci à José Brouwers et à Jean-Louis Grinda de nous avoir offert un tel cadeau à l’occasion du prestigieux anniversaire de la troupe de la rue Ruxthiel. Voilà du théâtre digne de Vilar dont d’autres scènes feraient bien de s’inspirer régulièrement.





Jean-Marie ROBERTI