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Médias

Mis en ligne le 19/10/2006

Le Jour-Liège ne paraîtra plus


L’équipe rédactionnel du Jour-Liège qui avait été rappelée dans son ensemble à une réunion de rédaction jeudi matin, ne s’attendait sûrement pas à l’annonce que leur a fait Pascal Belpaire, le rédacteur en chef des « Editions de Vers l’Avenir ». En effet, c’est pratiquement sans ménagement, sans état d’âme, qu’il leur a annoncé que le journal ne paraîtrait même pas ce samedi 21 octobre. Qu’il leur a annoncé que « Le Jour-Liège », c’était fini. Qu’il leur a dit aussi que les journalistes sous contrat à durée déterminée (ils sont 9) ne verraient pas leur contrat prolongé et que les indépendants (une dizaine) pouvaient chercher ailleurs. Comme bonjour, pardon, il y a mieux. Et en outre, s’il a précisé que les journalistes à contrat à durée déterminée (ils sont 6) ne seraient pas licenciés. Par contre, il n’a rien dit en ce qui concerne la présence d’un bureau local à Liège.

Et pourtant, « Le Jour Liège » était comme un souffle neuf, jeune et dynamique dans le paysage de la presse écrite liégeoise qui, il faut bien le reconnaître, ne brille guère par ses capacités d’aérer l’information et surtout de la rendre plus proche de la Liégeoise et du Liégeois. En moins de deux ans, l’équipe de brillantes et brillants jeunes consoeurs et confrères, qui ne se contentaient pas de la pensée unique, avaient rendu un peu d’espoir à celles qui voyaient du neuf dans la manière de traiter l’information. Précis, sérieux, quelques fois très justement impertinents, les journalistes du « Jour Liège » auraient pu, si on leur en avait laissé le temps (argent, vous avez dit argent), s’installer pour longtemps dans une Cité ardente qui demande autre chose que ce que certains lui proposent en matière d’information. S’il est certes difficile de briser des habitudes, ce n’est pas impossible. Mais ça doit être rentable, tout de suite.

Pas assez d’exemplaires vendus

Si à Liège, la nouvelle a été annoncée à la rédaction, à Namur, siège central des Editions de l’Avenir (qui en comptaient 10 jusqu’à ce jour maudit) , c’est devant le Conseil d’entreprise que le plan de fermeture du siège et de l’édition liégeoise a été présenté.
Lors de son lancement, le 20 janvier 2005, les responsables du groupe avaient établi qu’ils se basaient sur une diffusion moyenne payante d'au moins 4.200 journaux en 2006, 5.000 en 2007 et 6.000 en 2008. Or, en 2005, les ventes moyennes ont tourné à 1.802 exemplaires en et étaient de 1.888 en 2006.
La direction du quotidien a expliqué que compte tenu des tendances actuelles du titre et du marché de la presse en général depuis le début de l'année 2005, il ne pouvait être envisagé d'assurer l'équilibre dans les trois prochaines années. En 2006, les pertes se chiffrent à 950.000 euros.

Les Editions de l'Avenir se recentrent pour mieux rebondir

Se recentrer pour mieux rebondir ! C’est le titre que l’on pouvait lire ce jeudi après-midi sur le site Internet des éditions de l’Avenir (quel avenir pour celles et ceux qui restent sur le carreau ?) à propos de la fin du « Jour-Liège ».
On y lisait aussi : « Malgré un réel succès d'image et la conquête d'un public fidèle, les Editions de l'Avenir constatent la difficulté d'inscrire leur édition Le Jour Liège, lancée en janvier 2005, dans un scénario de croissance continue permettant d'atteindre à échéance raisonnable un seuil de rentabilité minimum.
Dans un marché presse quotidienne à maturité, les Editions de l'Avenir ont dès lors décidé d'arrêter ce 20 octobre la parution de leur 10ème édition, Le Jour Liège, et de se recentrer sur leurs zones fortes, demeurant notamment fortement présentes en province de Liège avec leurs éditions régionales du Jour Verviers et du Jour Huy-Waremme. Tous les efforts de l'entreprise seront concentrés dans les prochains mois à la réussite du changement de format et de maquette du journal prévu au printemps prochain. Le lancement du nouveau journal sera doublé d'une dynamisation de la présence des Editions de l'Avenir sur Internet ».
Mais ce n’est évidemment pas en remerciant celles et ceux qui se sont mouillés pendant près de 2 ans sur le terrain à Liège que l’on arrivera à un résultat. On l’a vu au groupe Sud Presse, lors de chaque restructuration, lorsque l’on annonçait que demain cela irait mieux, que l’on avait un plan de redressement et un plan rédactionnel à toute épreuve. Aujourd’hui, cela ne va toujours pas mieux et pour cause, on voudrait donner plus d’infos aux lecteurs en rognant de plus en plus sur la rédaction.

Le « Jour Liège » ne paraîtra pas vendredi non plus

Suite à cette annonce pour le moins morbide, les journalistes des rédactions de Liège, Huy et Verviers, décidaient, à l’unanimité moins une abstention d’arrêter le travail jeudi. Les trois éditions du « Jour », c'est-à-dire Liège, Verviers et Huy-Waremme ne seront pas dans les kiosques vendredi matin.
Une assemblée générale du personnel a eu lieu à Namur ce jeudi 19 octobre. Avant toute action, elle a exigé que des négociations sociales aient lieu. Ces négociations (syndicats/AJP - direction) s'ouvriront fin d'après midi à propos notamment des conditions de reclassement des CDI et du sort des 9 CDD. Pour l'AJP, il faut y ajouter le sort des indépendants (très !) réguliers et plus généralement la politique du groupe en région liégeoise : quid du maintien d'un bureau à Liège ?
De son côté, par la voix de Martine Simonis, secrétaire générale de l’Association des Journalistes Professionnels de Belgique, qui n’avait jamais vécu un tel procédé, «L'AJP dénonce la brutalité des méthodes utilisées pour annoncer la disparition du Jour-Liège et l'absence de concertation préalable. Elle s'inquiète du seuil d'emploi jugé nécessaire par la direction pour mener à bien les ambitieux projets (Internet notamment) annoncés par ailleurs. »
Quand y aura-t-il en Belgique des patrons de presse qui préfèrent investir dans le vrai journalisme plutôt que dans les "toutes-boîtes" dont les publicités qui rapportent gros, ne touchent finalement que peu de monde puisque l'on sait que près des 80 % de ces "toutes boîtes" ne sont pas lus. Quel gâchi?

Pour éventuellement suivre l’évolution du conflit, vous pouvez vous rendre sur le site des Editions de l’Avenir : www.votrejournal.be





Gaston LECOCQ