• Visiteur(s) en ligne : 5
  • |
  • Visiteurs total : 3084769

Tourisme

Mis en ligne le 03/09/2005

Le Kruisherenhotel de Maastricht : un vrai bijou de la reconversion., ou quand un couvent devient un « 5 étoiles »

C’est ce dimanche 4 septembre, en grandes pompes, dans la ville de Maastricht (notre presque jumelle) qu’a lieu l’inauguration (bien que l’établissement soit déjà ouvert depuis plusieurs semaines) du « Kruisherenhotel ». Cet hôtel de grande classe a été installé dans l’église et le couvent de l’ordre des Croisiers datant de 1438 et situé en plein cœur de Maastricht, sur la Kommelplein, à deux pas du centre historique.
Mais, vous direz-vous, pourquoi «Proxi-Liège » s’est-il ainsi intéressé plus particulièrement à un événement qui se situe non seulement en dehors de notre bonne vielle Cité ardente, mais qui plus est, en dehors de nos frontières ? Les raisons sont multiples.
Tout d’abord, Maastricht fait partie, ainsi que Liège, de l’Eurégio Meuse-Rhin et s’inscrit également dans l’organisation des villes MAHHL (Maastricht, Aachen, Heerlen, Hasselt, Liège) menant des actions communes en matière commerciale, économique voire touristiques.

Ensuite, parce que la reconversion d’un bâtiment historique tel que celui dont nous allons parler, est un bel exemple de ce que l’on pourrait faire (pour autant que les investisseurs soient intéressés) à Liège, où l’on ne manque pas de lieux aussi historiquement prestigieux que celui de Maastricht, et malheureusement au bord de la ruine physique autant qu’économique.

Autre bonne raison, le propriétaire de cet hôtel, Camille Oostwegel, par ailleurs Consul honoraire de France à Maastricht est aussi liégeois par son grand-père maternel, né Hardy, qui, comme beaucoup d’autres à l’époque, dû quitter la Cité ardente au début de la « Grande guerre ». L’histoire de Camille Oostwegel, vaudrait d’ailleurs à elle seul plusieurs articles.
Enfin, il faut savoir que c’est à l’invitation du président de la Fédération du Tourisme de la Province de Liège, Olivier Hamal, qui estime, en utilisant les chiffres récents établis par « l’Observatoire du tourisme » que Liège mériterait aussi un ou plusieurs hôtels de cette catégorie, que la presse liégeoise s’est rendue à Maastricht.

Un véritable bijou

Le moins que l’on puisse dire, les prix pour un nuit (et petit déjeuner) ne sont pas donnés au Kruisherenhotel : 193€ par personne, ou si vous souhaitez y passer un week-end cela vos en coûtera 316 € par personne. Mais évidemment il s’agit d’un hôtel classé en catégorie 5 étoiles et qui, assurément, ne manque ni de confort, ni de charme, ni d’attraits de toutes sortes.

Cet hôtel est situé dans un énorme complexe architectural qui, dès sa création en 1438 servait de couvent et d’église pour l’ordre des pères Croisiers. Pendant la révolution française, l’endroit est a servi de caserne et d’arsenal. Au début du siècle dernier, le bâtiment fut remis en état et utilisé jusqu’en 1981 comme station agronomique de l’Etat hollandais. Après c’est le début de la déchéance. Inoccupé, il a commencé à se délabrer.
En 2000, Camille Oostwegel prenait l’initiative de sauver ce bâtiment de la ruine. Connaissant parfaitement les problèmes des bâtiments anciens, soucieux de la préservation du patrimoine, expert dans la manière de mener une entreprise hôtelière, Camille Oostwegel, après une profonde restauration métamorphisait entièrement le complexe en un hôtel de luxe design, résolument contemporain.

L’hôtel comprend 60 chambres modernes. Chaque chambre a été décorée différemment. Mobilier ultra moderne et dernier du design se côtoient harmonieusement avec les éléments du passé qui ont aussi été mis en valeur : vitraux, cheminées de pierre, plafond à voussettes, etc.
Dans la nef de l’ancienne église l’on trouve un entresol où sont servis les petits déjeuners et dont les grandes fenêtres – héritage de l’ancien chœur de l’église – offrent une vue imprenable sur Maastricht. Dans la nef, on trouve également le lobby, trois coins salons dans les anciennes chapelles latérales, trois salles de réunion moderne, une bibliothèque et un ascenseur de verre. Enfin, toujours au rez-de-chaussée, il y a le bar ainsi qu’une cave à vin assez extraordinaire.

Un musée vivant


L’intérieur du Kruisherenhotel est une création de l’architecte d’intérieur de renommée internationale Henk Vos qui a fait décorer toutes les chambres de manière différente ce qui confère à chacune un caractère contemporain différent. Transparence, espace, modernité confort sont les maîtres mots de cette métamorphose pour laquelle des travaux d’artistes renommé comme Le Corbusier et Rietveld ont été utilisés mais aussi ceux de stylistes encore plus actuels comme Marc Nemson, Piet Heyn Eeck, Philippe Starck ou encore Roderick Vos. Le tout contrastant d’une manière harmonieuse avec les vitraux et les superbes et authentiques peintures murales restaurées et racontant de nombreuses légendes comme notamment celle de Sainte-Gertrude, patronne des voyageurs.
Restauré également le jardin du cloître, un oasis de repos en pleine agitation urbaine entourés des couloirs du couvent. Que dire enfin de cette « annexe » résolument moderne tout en « acier corten » et qui ne défigure nullement l’ensemble.

Partout, vous trouverez de superbes objets illuminés imaginés par Ingo Mauer, un artiste allemand de la lumière apportant une touche finale, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’hôtel. Résultat provoquant certes, mais c’est aussi un hommage de l’architecture des temps moderne à celle des siècles passés, contrastes et complémentarité entre le passé, le présent et le futur…Par ailleurs, dans chaque chambre, vous trouverez des reproductions agrandies et mise en valeur d’œuvres d’art (tableaux, photographies etc.…) que l’on peut acquérir au format initial, tout comme on vous donnera les coordonnées du fabriquant de la literie ou du mobilier, si jamais, parce que vous l’auriez tellement apprécié que vous souhaitiez en passer commande pour votre domicile.

Bon sang liégeois…et quelle carrière

Comme nous l’écrivions plus haut, Camille Oostwegel a du sang liégeois dans les veines de par son grand-père paternel.
Ça veut peut-être tout dire et expliquer en partie la réussite assez phénoménale de ce Maastrichtois qui est en quelque sorte parti de rien. Né en 1950, c’est en effet, c’est au début des années 70 qu’il est entré dans la carrière de l’hôtellerie avec en poche un diplôme de l’école supérieure hôtelière de Maastricht. Il passa ensuite quelques années dans le groupe Accor (notamment en Tunisie) où il acquis suffisamment d’expérience professionnelle pour se lancer sur la voie de l’indépendance. C’est un amoureux des belles choses et du patrimoine. Vers les années 80, avec 10.000 florins (environ 4.500 euros aujourd’hui) obtenu auprès de sa maman et des banques il se lance dans l’aventure et quelle aventure, lisez plutôt son parcours ci-dessous :
-1980 : Rachat du Château Erenstein, en déficit, à la commune de Kerkrade, grands travaux de rénovation, château entouré de douves datant du 17ème siècle.
- 1983 : Ouverture de l'hôtel du Château Erenstein (Hôtel Brughof) avec sauna et centre de remise en forme. Camille Oostwegel a pris l'initiative de restaurer entièrement « De Brughof », une authentique ferme carrée du Limbourg datant du 18ème siècle.
-1984 : Rachat du Château Neercanne, en déficit, à la commune de Maastricht. Vastes travaux de rénovation et grands travaux de restauration sur l'extérieur des bâtiments, sous la direction de Camille Oostwegel. Seul château en terrasse du 16ème siècle dans tout le Benelux. Il reçoit une étoile Michelin un an après le rachat 
- 1986 : Ouverture de l'Hôtel Winselerhof et du restaurant Pirandello (restaurant italien de grand standing). Camille Oostwegel a pris l'initiative de réaliser de grands travaux de restauration et d'agrandissement dans cette authentique ferme du 16ème siècle.
- 1987 : Après la rénovation : ouverture du restaurant L'Auberge (déjeuner uniquement) à Maastricht (ancienne « chapelle » de style renaissance mosane, située sur le domaine du Château Neercanne), propre vignoble (Pinot Noir).
- 1989 : Camille Oostwegel entreprend des recherches historiques et archéologiques et la restauration des anciens jardins baroques du Château Neercanne. C'est ainsi que la Stichting Kasteeltuinen Neercanne (Fondation des Jardins du Château Neercanne) voit le jour. Il a reçu, pour cela, une décoration de la part de l'Unesco et de la Commission européenne. Ouverture des jardins restaurés du château (1ère, 2ème et 3ème terrasse) le 9 juillet 1997.
- 1993-1995 : Restauration et aménagement de l'immense complexe des grottes du Château Neercanne. 250 m2 de grottes supplémentaires (1000 tonnes de marne) sont dégagés dans la montagne de Canne (Carrière Poswick), aménagement de l'Orangerie. Ouverture en juin 1995.
- 1995 : Début des travaux de restauration et d'agrandissement du château, de la cour Pachthof et de l'aile sud de la propriété de St. Gerlach dans la vallée de la Geul (top 10 des monuments néerlandais issus des 16ème, 17ème et 18ème siècles). Fin des travaux, 1er mars 1997.
- 1997 : Inauguration officielle du Château St. Gerlach le 15 septembre.
- 1998 : 15 septembre : célébration du tricentenaire du Château Neercanne.
- 1996/1997/1998 : Redécoration des suites de l'Hôtel Brughof, des chambres et des suites de l'Hôtel Winselerhof et des restaurants Château Neercanne et Château Erenstein.
- 1999 : Agrandissement et réalisation d'une cuisine ouverte dans le Bistrot de Liège.
- Agrandissement et réalisation du salon de thé La Serre et redécoration du hall de l'Hôtel Brughof.
- 30 avril : ouverture de la roseraie Princesse Juliana sur le domaine St. Gerlach
- 31 août : présentation d'une monographie du domaine de St. Gerlach en collaboration avec le service des monuments historiques des Pays-Bas.
- Sur l'initiative de Camille Oostwegel, la ville de Maastricht et la région du Limbourg du Sud sont incorporées à la célèbre série de guides Capitoolgidsen.
- 2000 : - 1er septembre : présentation du livre gastronomique « Les cuisines de Camille » à l'occasion des 20 ans de l'entreprise.
- Décembre : premières négociations avec la commune de Maastricht au sujet de la restauration du complexe des Croisiers. Camille Oostwegel a pris l'initiative de restaurer le couvent gothique laissé à l'abandon et d'en faire un hôtel composé de 60 chambres.
- 2001 : - Mars : congrès Europa Nostra dans le Limbourg du Sud. Pendant le congrès Europa Nostra, Camille Oostwegel fait savoir à la presse qu'il désire restaurer le couvent des Croisiers.
- Octobre/novembre : agrandissement du Pavillon de jardin du Château St. Gerlach (capacité multipliée par deux).
- 2002 : - Février : la banque centrale européenne tient son assemblée annuelle à Maastricht. Le Dr. W. Duisenberg et les banquiers de la banque centrale prennent tous une chambre au Château St. Gerlach et y plantent une avenue en l'honneur de l'euro
- 1er mars : ouverture du restaurant Luigi´s Trattoria (déjeuner uniquement) dans la salle voûtée, chargée d'histoire, de l'Hôtel Winselerhof.
- 2003: - 29 mars : présentation des plans de restauration et de réaménagement du complexe de couvent des Croisiers, situé à Maastricht.
- 15 septembre : ouverture du restaurant entièrement rénové du Château Erenstein. Le restaurant Erenstein dispose maintenant d'une formule moins formelle, plus abordable et résolument contemporaine.
- 3 décembre : sommet OSCE au Château Neercanne.
- 8 décembre : début des travaux de restauration et de réaménagement du complexe de couvent des Croisiers, situé à Maastricht.
- 2004 : - Juillet-décembre : 8 conférences européennes au sommet au Château St. Gerlach et au Château Neercanne
- 5 novembre : la restauration du complexe du couvent des Croisiers atteint son apogée.

- En 2005, à l’occasion des commémorations du 60ème anniversaire de la libération et des combats aux Pays-Bas, c’est à l’hôtel du château Saint-Gerlach que sont descendus, le président Bush et sa suite. La suite on la connaît, puisque ce week-end était officiellement inauguré le Kruisherenhotel de Maastricht. Le parcours est fameux et méritait d’être signalé.
Et pourquoi pas à Liège?
C’est à l’initiative du député provincial Olivier Hamal, par ailleurs président de la Fédération du Tourisme de la Province de Liège que la presse liégeoise avait été invitée à visiter cet exemple de reconversion tout à fait réussie d’un lieu de culte. Mais l’exemple pourrait être appliqué à d’autres demeures au patrimoine prestigieux. Ce qui ne manque pas en Cité ardente et dans le Pays de Liège. Partant du constat que la région manque singulièrement d’hôtels de luxe et de qualité, Olivier Hamal explique : « Si l’on considère que notre Palais des Congrès (actuellement en cours de restauration et de modernisation) peut facilement accueillir un millier de congressistes) nous ne disposons que de 473 lits d’un même niveau de qualité. Pour l'ensemble de la province, on recense 236 hôtels soit 3.900 chambres. Pour Liège, il y a 19 hôtels, soit 1000 chambres (dont 473 rien que pour les trois plus grands, le Mercure, le Holiday Inn et le Bedford), c'est trop peu pour une ville de congrès comme Liège dont l’ambition est de devenirs, un grand pôle d'attraction culturel. Pour Liège, il manque 500 lits dont 200 quatre ou cinq étoiles. Il faut donc attirer les investisseurs ou ne pas décourager ceux qui souhaitent investir à Liège dans ce domaine ».
Pour Olivier Hamal, ce qui se passe à Maastricht est un exemple à suivre. On doit tout faire en cité ardente pour permettre l’arrivée d’investisseurs sérieux dans le domaine de l’hôtellerie. Ce ne sont pas les demeures ou autre églises prestigieuses et abandonnées qui manquent et qui retrouveraient ainsi un nouvelle vie. Le patrimoine serait sauvegardé et la Cité ardente pourrait ainsi accueillir beaucoup plus de visiteurs financièrement plus aisés. Sur ce sujet, l’échevin de l’Urbanisme, du Tourisme et du Cadre de vie, Michel Firket est sur la même longueur d’onde. Liège manque cruellement d’hôtels de très grande qualité ». Et pourtant ce ne sont pas projets qui manquent. Mais pour le moment, rien ne se concrétise encore vraiment.

Il y a cependant de l’espoir. Et ce qui est vrai pour le moment, c’est que lorsque des personnalités, que ce soit dans le monde des affaires, des sports, du show-biz viennent à Liège, elles préfèrent encore aller se loger à plusieurs dizaines de kilomètres de la Cité ardente, à Bruxelles, voir à Maastricht ou en Allemagne, parce qu’elles ne trouvent pas chez nous un hôtel digne de leur standing. C’est peut-être un peu cynique, mais c’est ainsi. Il faut aussi dire que d’ici deux ans, lorsque Liège aura enfin sa nouvelle gare « Guillemins-TGV » qui sera sûrement une des plus belle d’Europe, si l’on ne sait proposer des hôtels de luxe en suffisance, on risque de passer à côté de la montre en or. Décidément, cette visite à Maastricht nous a ouvert les yeux, même si tout cela ne fait pas nécessairement partie de notre monde.
Pour en revenir à Camille Oostwegel à qui on laissera le mot de la fin : « Mon grand-père avait un projet : ouvrir une grande boulangerie à Liège. Il n’a pu le faire à cause de la guerre. Pourquoi ne le ferais-je pas, mais à ma façon ? » C’est sûr que si vous venez à Liège, investir et réussir comme vous le faites à quelques dizaines de kilomètres d’ici, vous serez bienvenu. D’autant que de grandes et vraies boulangeries en plein cœur de la Cité ardente, il faut chercher…

Les photos de haut en bas:
- l'ancienne église
- Olivier Hamal et Camille Oostwegel
- la cour intérieure avant -
- la même cour après (photo Etienne Van Slour)
- l'entrée de l'hôtel
- chambre pour jeunes mariés
- suite éclatante
- la petite annexe en acier corten
- vue sur l'entresol dans la nef.
Site Internet : www.chateauhotels.nl





Gaston Lecocq