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Reportage

Mis en ligne le 07/10/2006

Jean - François Kahn «Campus de Cristal 2006»


Comme l’expliquera André Gilles, député permanent en charge de l’Enseignement et de la Formation et de ce fait, pouvoir organiseur de la Haute Ecole Léon-Eli Troclet de Jemeppe : « Le Campus de Cristal » qui a été décerné pour la première fois en 2002 a été imaginé par des étudiants en « Communication » de la Haute Ecole. Il a été attribué en 2002 à Fabienne Van De Meersche, journaliste et ex-présentatrice du JT à la RTBF, à Cathy Immelen (ancienne étudiante de l’école) et présentatrice de l’émission cinématographique « Screen » en 2003, au réalisateur Costa Gavras (lors de son passage en Belgique pour le tournage de son film « le Couperet ») en 2004 et à Philippe Lambillon (Les carnets du bourlingueur) en 2005. »
« Pour la cinquième année, j’ai le plaisir de remettre au nom de la Haute Ecole, le Campus de Cristal 2006, à un homme « modéré » – comme il se qualifie lui-même dans la préface de son dernier livre – à quelqu’un qui ne supporte pas l’excès d’inégalités, d’exclusion et qui par définition ne peut que réagir à l’excès d’inégalité, d’exclusion (et pas seulement sociale), d’oppression, d’injustice, à l’excès du pouvoir, d’unicité, d’arrogance, de mépris ou de conformisme. Jean-François Kahn est devenu le dernier patron de presse de « gauche » – j’ose le dire, grâce à lui, l’hebdomadaire « Marianne » est resté indépendant de tout groupe de presse ce qui lui assure une liberté éditoriale reconnu par ses lecteurs qui ne cessent d’ailleurs d’augmenter. C’est la preuve évidente de sa raison d’être ».
Par André Gilles on saura aussi que Jean-François Kahn était déjà venu deux fois à la Haute école, en 1991, et en 1997, quelques jours d’ailleurs avant la naissance de l’hebdomadaire Marianne. « Avec à la une, un article courageux dont le titre était « Dassault l’empereur tricolore de la corruption ».
On saura également qu’après une licence d’histoire, il travailla dans un tri des PTT, puis comme manœuvre dans une imprimerie avant de devenir journaliste. Il couvrira notamment la Guerre d’Algérie, il sera correspondant pour Paris-Presse, éditorialiste à Europe N° 1, correspondant en Afrique du Nord pour Le Monde ; il dirigea aussi les « Nouvelles littéraires », créa « L’Evénement du jeudi « en 1984 »….

Mais le député permanent dira également, avant de lui remettre le prix (un cristal du Val Saint-Lambert) : « J’ai découvert un point commun avec vous : un intérêt infini pour la chanson. Je sais que vous chantez très bien. Je trouve comme vous qu’un des rares moyens – à part la lecture de Marianne… – de percevoir ce que sont vraiment les sentiments populaires, l’humeur du temps est dans la chanson. Et je vous cite « L’écoute des tubes de 1938-1940 renseignent les raisons pour lesquelles nous n’avons pas gagné la guerre. Au moment de la montée de Hitler, des accords de Munich et du fascisme étendant son ombre sur toute l’Europe, on chantait « Prosper Youp La boum, C’est ma combine, Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine et Tout va très bien, madame la marquise ! »
Vous avez entièrement raison, un homme politique devrait, aussi, s’astreindre à écouter les tubes de son époque. Ils peuvent lui révéler bien plus de choses sur l’état d’une région que les sondages. J’essaye de le faire. Je terminerai par une maxime reprise dans votre ouvrage « Les Bullocrates ». Elle illustre bien les valeurs que j’essaye d’appliquer dans les Hautes écoles et plus généralement à tous les niveaux de l’enseignement de la Province de Liège : « Du « chacun pour soi » nous devons passer au « tous »ensemble ». Vous êtes avant tout un grand humaniste qui pratiquez le « centrisme révolutionnaire ».

Une heure pour expliquer

Jean-François Kahn devait, en principe présenter son tout dernier livre « Les Bullocrates » que moins d’une heure avant, il présentait en direct au JT de la RTBF. Mais il a préféré aborder d’autres sujets. Avec l’aisance qu’on lui connaît, une ironie à peine feinte, Jean-François Kahn expliqua qu’avant d’être éditorialiste, il fallait avoir vu et vécu bien d’autres choses dans le métier. C’est ainsi qu’il n’a pas hésité à écorner quelque peu son collège Alain Duhamel, l’éditorialiste français qu’on voit et qu’on entendu partout : «Alain Duhamel : bin quoi, il est né éditorialiste Bébé au lieu de faire areu areu, il était déjà éditorialiste. On voit ses éditoriaux partout que ce soit dans la presse de gauche et de droite …mais que sait-il au juste, puisqu’il n’a jamais fait que ça. C’est comme ceux qui se présentent et qui veulent être rédacteur en chef, tout de suite, ou comme directeur de journal, comme ça, sans avoir jamais fait de terrain, sans jamais avoir prouvé quoi que ce soit… »

A propos de son « étude » sur les chansons, il nous dira qu’il avait aussi été présentateur de variété à Europe N et que pour lui, ce qu’on entendait dans les chansons avait son importance en politique et de donner en exemple : «C’est vrai que dans les chansons yéyés des années 50-60, il n’y avait pas de grands messages. Mais fin 67, début 68, cela a changé et il y a eu Jean Ferrat avec son Potemkine et en mai 68, il y a eu ce que vous savez… »
Concernant sa position politique : « Je ne suis pas un homme de gauche. Je suis un modéré. Mais un modéré, quand il veut se faire entendre, il faut bien qu’il crie parfois plus fort que les autres. » Pour lui , les révolutions de 1789 et de 1830, sont des révolutions modérées et il qualifie celle de 1917 de coup d’Etat militaire, le Tsar Nicolas II ayant dû quitter le pouvoir avant, par une révolution modérée. « En fait je suis un « centriste révolutionnaire » parce que les révolutions, qu’est-ce que c’est ? C’est recentrer la vie des gens autour et pour l’homme. Le néo-libéralisme, ce n’est pas le libéralisme. Le néo-libéralisme c’est concentrer tout, autour du profit, de l’argent, de la rentabilité…et l’homme dans tout ça. Lorsque j’entends les patrons dire que pour leur salaire, il faut qu’il corresponde à 1400 X plus que le salaire d’un de leur employé, je dis qu’il faut être complètement fou pour accepter ça, cela n’a aucune raison d’être…. »
Bref durant près d’une heure, Jean-François Kahn a comparé la société actuelle (le système français notamment, mais en Belgique on n’en est pas loin) à un vacherin (avec une croûte dure et grise uniforme représentant le pouvoir avec sa pensée unique et composée d'élite coulée dans le même moule et sa crème onctueuse et goûteuse représentant la base avec sa diversité multiculturelle et riche) estime qu’une nouvelle révolution est possible, mais qu’elle devait être modérée, pour le meilleur et non extrémiste car alors ce serait pour le pire.

A propos des « Bullocrates » et de Marianne

Après « Le Camp de la guerre » (Fayard, 2004) et » Dictionnaire incorrect » (Plon, 2005), Jean-François Kahn publie chez Fayard « Les Bullocrates ».
Il s’agit ici d’un pamphlet, vif et à rebours de la « bien pensance ».

C’est un jugement sur lequel la gauche et la droite se mettraient volontiers d'accord : la France va droit à la catastrophe. Jean-François Kahn leur oppose que ce n'est pas la France qui tombe, mais ceux qui le proclament pour masquer leur propre effondrement : les médias et les politiques. Ce sont eux qui, coupés du peuple, entendent néanmoins parler en son nom et font obstacle au renouveau démocratique.C’est un peu, très résumé, le message qu’il a voulu faire passer vendredi après-midi dans l’auditoire de la Haute école Léon-Eli Troclet.
Et à propos de Marianne, il se définit comme un journal républicain, combattant à la fois le gauchisme soixante-huitard (ceux qu’on appelle aussi les bobos aujourd’hui), ainsi que la mondialisation néolibérale. Dans Marianne, Jean-François Kahn soutient la liberté d'entreprendre et le marché mais rejette le dogmatisme économique monétariste et néolibéral. Il soutient en revanche un libéralisme tempéré, celui des monopoles d’État dans des secteurs clés où il pense que le service public prime.
Il soutient la construction européenne, mais là encore, à condition qu’elle soit suivie par les peuples, et qu’elle ne soit pas l’instrument du libéralisme qu’il nomme turbo-capitalisme.

Début 2005, le magazine revendique 220 000 exemplaires vendus en moyenne, avec une pointe au mois d'août de 258 000 exemplaires ; il clôture l’année en atteignant les 300 000 exemplaires.
Juste avant qu’André Gilles ne présente Jean-François Kahn, Daniel Conraads (photo ci-contre), président de la section liégeoise de l’AJP (Association des Journalistes Professionnels), lui a remis un exemplaire du « Livre Noir des journalistes indépendant ». Ce livre comme nous vous l’avons déjà présenté, est la pièce maîtresse de la campagne menée actuellement par l’AJP pour la défense des journalistes indépendant, une campagne intitulée : « Pigistes, pas pigeons ». Jean-François Kahn a semble-t-il était très intéressé par cet ouvrage et il n’est pas impossible de penser que très prochainement « Marianne » lui en fasse l’écho qu’il mérite.





Gaston LECOCQ