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Politique

Mis en ligne le 02/10/2006

Scrutins à Liège de 1976 – date de la fusion des communes – à aujourd’hui

Début des années septante, la fusion des communes – voire la création de fédération de communes – est à l’ordre du jour. Cette volonté d’imposer la fusion se justifie, notamment, par des raisons de simplification administrative et d’économies d’échelle. Elle a pour effet pervers de réduire tant le nombre de citoyens impliqués directement dans la vie politique locale que le sentiment de proximité qui liait la population à ses mandataires élus. Quoiqu’il en soit, au 1er janvier 1977, le nombre de communes en Belgique passe de 2 359 à 596. Les élections du 10 octobre 1976 déterminent quels seront les premiers conseillers communaux de ces nouvelles communes. Le ministre de l’Intérieur, le PSC Joseph Michel, a donné son nom à cette réforme de la vie communale. Il nous a paru intéressant de survoler les scrutins communaux à Liège survenus ces trente dernières années. Nombre de modification est intervenu depuis 1976. Tel l’abaissement de l’âge où l’on est appelé à voter (18 au lieu de 21). Tel l’accès au vote, réservé exclusivement aux Belges, mais ouvert en 2000, par inscription volontaire sur les listes électorales, aux ressortissants d’un Etat membre de l’Union européenne et étendu en 2006 à ceux d’un Etat hors Union européenne Tel l’abandon du vote papier en faveur du vote électronique.

1976, le vote du «Nouveau Liège»

Sur le point de devenir, au 1er janvier 1977, Liégeois à part entière, les habitants des anciennes communes de Bressoux, Rocour, Glain, Angleur, Chênée, Grivegnée, Jupille, Wandre ainsi que ceux du quartier de Sclessin, d’Ans-bas et de quelques rues de Saint-Nicolas et Vottem votent pour la première fois à Liège, forte de 227 974 habitants. La ville de Liège a absorbé une partie de sa « ceinture rouge ». Hormis Joseph Bologne, Paul Gruselin, Charles Bailly, socialistes, les bourgmestres liégeois sont, en effet, choisis dans la mouvance libérale sur les boulevards ou dans les beaux quartiers qu’ils aient nom de Maurice Destenay, Auguste Buisseret, Xavier Neujean, Gustave Kleyer, Emile Digneffe ou autre Ferdinand Piercot. Pressentant le changement, Paul Gabriel, rédacteur en chef de « La Meuse » fait sa « Une » du samedi 9 octobre, avec une immense photo d’Edouard Close, légendée : « Le bourgmestre de Liège ». Les résultats sont conformes aux prédictions du journal local. Sur les 141 245 bulletins de vote déposés dans l’urne, 135 028 se révèlent valables. Les électeurs ont le choix entre huit listes pour désigner les 51 conseillers communaux du « Nouveau Liège » selon la terminologie de l’époque. 49 954 votes se sont prononcés en faveur du PS qui obtient 21 sièges soit 7 de plus que le Parti Social Chrétien. Le Rassemblement Wallon (RW) qui, sous l’égide de Jean Gol, mène campagne sous la couleur verte fait jeu égal avec le Rassemblement Libéral Liégeois (RLL) emmené par Hubert Pirotte. Tous deux recueillent 7 sièges chacun. Le Parti Communiste de Belgique rafle les deux derniers sièges en lice. Maître de la situation, le PS choisit de s’allier avec une formation nettement plus faible, le RLL. Le RLL, par après, rejoint le PRLW (Parti des réformes et de la liberté de Wallonie) né de la fusion du « Parti de la liberté et du progrès » (PLP) et du RW.

1982, la révélation d’Ecolo

Les « nouveaux Liégeois » retournent aux urnes six ans plus tard, en 1982, toujours un 10 octobre. La couleur verte sert de ralliement à une nouvelle formation qui a fait son apparition sur l’échiquier politique national sous le nom de « Ecologistes confédérés pour l’organisation de luttes originales », mieux connu sous l’acronyme « Ecolo ». Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Six élus, 13 871 votes sur les 118 974 valables. Le Rassemblement wallon décapité s’unit avec le PS sous le sigle « RPSW ». Le PSC qui n’a pas digéré son éviction en 1976 s’associe dans « Union pour Liège » (UPL) avec les libéraux ragaillardis par l’arrivée en leur sein de Jean Gol et autre Michel Forêt. Ce dernier – aujourd’hui Gouverneur de la Province de Liège – l’emporte, en voix nominatives, sur le bourgmestre Edouard Close. Celui-ci fort de ses 23 sièges négocie avec Ecolo qui fait son entrée au Collège échevinal. Trois mandats d’échevins – Raymond Yans, Brigitte Ernst de la Graete, Théo Bruyère – sanctionnent la première apparition Ecolo dans un Exécutif, en Europe. Le Parti communiste de Belgique voit son groupe se réduire à un unique conseiller.

1988, bye-bye Lénine

Le 9 octobre 1988, 131 431 électeurs inscrits sont invités à faire leur choix parmi 10 listes. En dépit de l’obligation de vote, ils ne s’en présentent que 115 026. Il y a donc 16 405 abstentionnistes ayant enfreint la loi. Des 115 026 électeurs présents, 107 527 émettent un vote valable. Le PS conserve ses 23 sièges en dépit de la perte de 5 390 voix. Il se maintient toutefois au dessus de la barre des 40% (40,1 %). Se présentant chacun de leur coté, PRL (12 sièges) et PSC (10 sièges) réalisent un score supérieur à 1982 (22 sièges obtenus sous la bannière UPL). Le paradoxe veut que l’addition, en 88, de leurs voix respectives (43 128) soit inférieure aux 43 452 voix réunies en 82 ! Ecolo conserve ses six conseillers communaux, néanmoins il subit la défection de 1 694 électeurs. Le Parti communiste de Belgique disparaît de la scène communale liégeoise. Fidèle à sa ligne de conduite qui l’amène à choisir, parmi des partenaires fiables, le plus faible, le PS choisit de gouverner la Ville avec le PSC. Leur liaison dure encore aujourd’hui et d’aucuns espèrent sa reconduction au lendemain du 8 octobre 2006.

1994, l’année des «Elections noires»

Les élections communales du 9 octobre 1994 peuvent être qualifiées « élections noires ». « Elections noires » car l’exode de la population liégeoise ramène le nombre de conseillers communaux de 51 à 49. « Elections noires » qui voient l’arrivée à la Violette de deux formations d’extrême-droite. Chacune obtient deux sièges. Plus de 11 000 Liégeoises et Liégeois leur ont fait confiance. « Elections noires » car le nombre d’abstentionnistes ne cesse de croître. 19 762 électrices et électeurs n’ont pas accompli leur devoir électoral et cependant le nombre d’inscrits est revu à la baisse (125 601 contre 131 431). N’ayant plus que 45 sièges à se partager, les partis démocratiques, à l’exception du PSC (2 sièges supplémentaires), voient leur score diminuer. Le PS avec ses 18 conseillers passent largement sous la barre des 40% (32,6 %), le PRL perd deux conseillers et passent sous la barre des 20% (19,7%) et Ecolo, tout en ne cédant qu’un cinquième de pour cent (0,2%), perd un mandataire.

2000, dernière élection du XX° siècle

La dernière élection communale du 20ème siècle, le 8 octobre 2000, efface un peu le sentiment « Elections noires ». L’extrême-droite est boutée hors du Conseil Communal. Il n’y a toujours que 49 élus mais ils émanent de formations démocratiques. Seul point « Elections noires » s’aggravant : le nombre de citoyens se dérobant à leur devoir civique. Ce 8 octobre 2000, ils sont plus de vingt mille (20 554) soit près d’un électeur sur six à ne pas rejoindre le bureau de vote ! La lettre de convocation stipule « Le vote est obligatoire ». Moins de cent mille (99 917) votes valables élisent le Conseil communal de Liège. Grand vainqueur, Ecolo. Ce parti obtient 8 sièges et franchit la barre de 15% (15.4%). Le PRL allié au « Mouvement des Citoyens pour le Changement » (MCC) fondé par l’ex-président du PSC, Gérard Deprez, remonte au-delà des 20% (21,3%) avec 11 élus. Le PSC repasse sous cette barre (19,5%) et perd les 2 siéges obtenus lors des « Elections noires ». Il revient à son score de 88, soit 10 élus. Quant au PS, il frôle les 35% (34,8%) et récupère les deux siéges perdus par son partenaire du Collège.

2006, davantage d’ouverture aux électeurs

Le 8 octobre 2006, onze listes – un chiffre dans la moyenne depuis 1976 - briguent les 130 228 suffrages appelés à s’exprimer à Liège. Le nombre d’électeurs belges est de 124 923. Vingt mille six cent quatre-vingt six étrangers provenant de pays membres de l’Union européenne (UE) ou hors-UE ont eu, selon des modalités différentes, la possibilité de s’inscrire avant le 1er août 2006, sur les listes électorales. Un peu plus d’un quart d’entre eux (5 305) ont choisi de participer au vote communal. Des quatre listes démocratiques, deux – PS et MR – sont emmenées par la même tête de liste. En 2000, Willy Demeyer a obtenu 12 414 votes nominatifs soit près de deux mille voix (1 933) de plus que son challenger Didier Reynders (10 481). Le PSC a changé de nom, désormais son appellation est « Centre démocrate humaniste » (cdH). Il a également changé de tête de liste, Michel Firket ; en quatrième position en 2000, il a recueilli 3 476 votes de préférence. Changement également à Ecolo. En 2000, l’actuelle tête de liste, Bénédicte Heindrichs, placée en 9ème position sur la liste a obtenu 611 votes. Un résultat qui lui a valu la troisième suppléance et qui lui a permis, en cours de mandature, d'accéder au Conseil communal de Liège suite au décès de Benoît Labaye.





Pierre ANDRE