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Université

Mis en ligne le 13/09/2006

Publication dans PNAS - Cancer : des peptides « obliques » ont une activité antiangiogénique

Pour grandir et proliférer, les cellules tumorales développent autour d’elles de nouveaux vaisseaux sanguins qui les alimentent en « vivres ». Depuis quelques années, la recherche contre le cancer se concentre ainsi, parmi d’autres voies, sur les moyens d’empêcher l’angiogenèse, c-à-d. la vascularisation tumorale. Les derniers travaux de chercheurs belges de l’Université de Liège et de la Faculté universitaire de Gembloux apportent une contribution significative dans ce domaine. Dans un article publié cette semaine dans la revue américaine PNAS (Proceedings of The National Academy of Sciences), ils révèlent qu’une catégorie de peptides, les peptides « obliques » présents dans l’hormone de croissance humaine ou la prolactine humaine par exemple, manifestent une activité antiangiogénique. Cette découverte va permettre d’approfondir la connaissance des mécanismes régulant l’angiogenèse et ouvre des perspectives très prometteuses sur le plan thérapeutique.

Dans la lutte contre le cancer, une des voies suivies actuellement par la recherche est de cibler les vaisseaux sanguins autour des tumeurs plutôt que les tumeurs elles-mêmes. Les cellules malignes ont en effet une propension à muter facilement et à développer un mécanisme de résistance aux agents anticancéreux, alors que les cellules vasculaires autour des tumeurs, parfaitement saines, réagissent de manière plus stable aux thérapies. D’où l’idée d’interrompre la prolifération des cellules tumorales en bloquant le processus de vascularisation.

Les peptides « obliques » sont de courts fragments de protéines capables de s’insérer de manière inhabituelle dans les membranes cellulaires. Composés d’une quinzaine d’acides aminés structurés en hélice α (alfa), ils pénètrent de manière oblique dans la membrane, en perturbent la structure et mettent en route des mécanismes biologiques à l’intérieur des cellules infectées.

Découverts à la fin des années 80 par les Pr Robert Brasseur et Jean-Marie Ruysschaert à l’Université libre de Bruxelles, les peptides obliques sont désormais connus pour intervenir dans les mécanismes infectieux d’un grand nombre de virus comme le HIV, le SIV (Sida du singe), le BLV (leucémie bovine), le virus de la rubéole ou le virus influenza de la grippe. Plus récemment, on a également identifié le rôle de ces peptides dans le développement de maladies neurodégénératives comme les maladies d’Alzheimer ou de Creutzfeldt-Jakob (maladie de la vache folle). La recherche biomédicale s’intéresse donc aux moyens de bloquer l’action de ces peptides.

Les résultats publiés cette semaine dans PNAS suggèrent exactement l’inverse. Ces courts fragments de protéines n’ont pas qu’un effet pathogène ; ils sont aussi des inhibiteurs de l’angiogenèse, devenant ainsi des alliés précieux dans la lutte contre la prolifération de celllules tumorales.

C’est ce que le Pr Joseph Martial et Ingrid Struman du laboratoire de biologie et génétique moléculaire de l’Université de Liège ont pu vérifier avec les peptides obliques des hormones hypophysaires, la prolactine humaine et l’hormone de croissance humaine. « Nous avions déjà dans des études antérieures mis en évidence le potentiel antiangiogénique de fragments de protéines de ces hormones, mais ceux-ci étaient encore trop longs (environ 150 acides aminés) pour que l’on puisse entrevoir une application thérapeutique, explique Joseph Martial. Grâce à notre collaboration avec le laboratoire du Pr Brasseur à Gembloux, nous avons isolé de plus courtes séquences d’une quinzaine d’acides aminés, qui présentent les caractéristiques des peptides obliques. On peut désormais réellement ouvrir de nouvelles perspectives pour la recherche pharmaceutique. »

Par ailleurs, les chercheurs de l’ULg ont observé le même effet antiangiogénique avec les peptides obliques du virus du SIV (Sida du singe) et du peptide amyloïde responsable de la maladie d’Alzheimer.



Source : « Prolactin/growth hormone-derived antiangiogenic peptides highlight a potential role of tilted peptides in angiogenesis », Ngoc-Quynh-Nhu Nguyen, Sébastien P. Tabruyn, Michelle Lion, Anne M. Cornet, Florence lair, Françoise Rentier-Delrue, Joseph Martial, Ingrid Struman (Université de Liège), Laurence Lins, Robert Brasseur (Faculté universitaire de Gembloux), PNAS, http://www.pnas.org/