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Musique

Mis en ligne le 11/09/2006

Entendu pour vous : brillants débuts des Nuits de Septembre 2006 en la Salle Philharmonique de Liège


Non, n’exagérons pas… même si, le week-end dernier, les trois premiers concerts du Festival des Nuits de Septembre - organisées cette année en coproduction avec la Salle Philharmonique du Boulevard Piercot – ont été, avec les chanteurs de la «Capilla Flamenca », avec le Gantois Peter Van Heyghen et des anciens élèves du Conservatoire de Bruxelles et avec Philippe Herreweghe, directeur musical de « De Filharmonie » et son Collegium Vocale Gent – cher à Mme Verhofstadt -, plus proches d’un Festival des Flandres que de celui de Wallonie. A quand la réciproque au Nord du Royaume… ?
Ceci dit et ce qui importe, c’est que la qualité musicale était au rendez-vous des débuts de ces Nuits de Septembre 2006.
Samedi soir, les quatre chanteurs dirigés par Dirk Snellings s’affirmèrent comme de remarquables interprètes des polyphonies de la Renaissance et leur association avec six musiciens du groupe tourangeau « Doulce Mémoire », animé par Denis Raisin Dardre, s’avéra des plus heureuses pour ressusciter les musiques sacrée et profane de la Cour de l’Empereur germanique Maximilien Ier qui régna de 1493 à 1519. Le concert débuta par des airs martiaux puis par une messe solennelle suivie d’hymnes à la Paix et se poursuivit, après l’entracte, par des chansons italiennes puis allemandes, donnant ainsi un aperçu éclectique de ce que fut la Vienne impériale à l’époque de la naissance gantoise de Charles Quint. Des compositeurs « franco-flamands » comme Heinrich Isaac et comme le Tournaisien Pierre de La Rue - qui se formèrent en Toscane avant de briller en Autriche - purent ainsi être découverts avec intérêt.
Dimanche matin, devant un public assez clairsemé - qui aurait sans doute pu être réuni dans une salle moins vaste comme, par exemple, dans un de nos prestigieux édifices religieux – nous avons écouté – outre deux bis en rappel – une sonate, une symphonie, un concert-sonate, un concerto grosso et un concerto da camera de musiciens de la fin du 17ème siècle : Georg Muffat, Arcangelo Corelli (les 2ème et 5ème interprétations) et Johan Christoph Pez (les 3ème et 4ème). Ces découvertes furent remarquablement servies par une vingtaine de jeunes musiciens flamands et francophones issus du Conservatoire de Bruxelles et qui se sont intitulés « Les Muffatti » en hommage au Savoyard Georg Muffat qui, élève de Lully et admirateur du violoniste Corelli, se présentait comme compositeur allemand au tournant des 17 et 18èmes siècles.

Leur prestation fut très appréciée par un public qui, bien que connaisseur, prit plaisir à découvrir des œuvres harmonieuses, rarement jouées chez nous.
Dimanche soir, la Salle Philharmonique était comble lors du concert-évènement de ces Nuits de Septembre » à l’affiche prestigieuse : la Requiem de Mozart dirigé par Philippe Herreweghe. (la photo)
Les sponsors avaient acheté places et tickets de boisson pour leurs invités qui, pour la plupart, n’avaient rien de mélomanes habitués de la Salle philharmonique. Ce fait modifie l’ambiance de la soirée mais, très heureusement, l’Orchestre des Champs-Élysées et le Collegium Vocale Gent fondés en 1991 et 1970 par Philippe Herreweghe ne furent pas inférieurs à leurs excellentes réputations. En première partie, l’Orchestre interpréta l’antépénultième symphonie viennoise de Mozart : la 39ème dont l’adagio introductif est marqué de la tonalité maçonnique aux trois bémols. Cette interprétation avait l’énergie et la grâce de celle entendue le 28 janvier sous la baguette de Louis Langrée qui dirigeait la formation « Vienne » (avec Richard Piéta comme concertmeister) de l’O.P.L., lors du Festival Mozart. En introduction de la seconde partie du concert, nous entendîmes la « meistermusik » écrite pour une cérémonie d’élévation à la maîtrise de l’un des compagnons de Mozart au sein de sa loge maçonnique. Puis ce fut l’heure du « Requiem », chef d’œuvre inachevé mais admirable. Nous l’avions, lui, entendu cette année, à Saint-Jacques, le 18 février, sous la direction de Pierre Thimus. La performance du Collegium Vocale Gent s’avère assurément bien plus exceptionnelle encore. Herreweghe conduit avec une parfaite maîtrise cette interprétation aux sommets de l’art musical. Et il ne faut pas être spécialiste pour comprendre que l’on atteint là un grand moment de la création humaine. Le génie de Mozart ne se discute pas : servi par des musiciens et des chanteurs tels que ceux choisis et dirigés par Herreweghe, il rayonne et irradie. Qu’ils en soient remerciés.
Et bon vent à des « Nuits de Septembre » 2006 qui ont admirablement débuté.





Jean-Marie ROBERTI