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Société

Mis en ligne le 31/08/2006

Protection de la Jeunesse : une belle histoire…


Nous assistons à une tempête médiatique concernant le fonctionnement de l’aide à la jeunesse en Belgique suite à ce qu’il faut bien appeler une mesure »éducative » surréaliste.
Loin de moi, l’idée impulsive de jeter le bébé avec l’eau du bain. L’aide aux jeunes fait partie des idées les plus progressistes qui soient et la loi de 1965 côtoyait pratiquement l’esprit libertaire de 1968, lorsque les travailleurs sociaux se revendiquaient compagnons de changement social pour les plus démunis, les incarcérés…. Nous lisions « Libres enfants de Sumer Hill » et découvrions les utopies de la révolution russe et de Makarenko…
Rappelons nous les années antérieures, celles des placements qui se révélaient presque des bagnes et le livre de Jules Brunin…
Au travers de ma propre histoire de travailleur social des années 70-80, devenant journaliste par la suite, je mesure tout autant la consternation du monde politique, l’abasourdissement des familles des victimes et l’agacement des professionnels du judiciaire et du social.
Le véritable questionnement c’est de s’apercevoir que la société change, qu’elle perd des repères de valeurs d’intégration pour se cramponner à des valeurs extrêmement individualistes, et à la notion d’argent, davantage encore que celle de réussite.
Nous formons une nouvelle Europe avec des cultures très différentes et où la notion de violence et de domination est très prégnante. Le jeune polonais meurtrier doit se sentir soulagé de ne pas être dans une prison polonaise mais doit aussi se dire que les institutions belges c’est le club Med de la pénitence.

Eviter l'angélisme social

Eduquer c’est très bien à condition d’avoir des balises, une réflexion suffisante et des moyens d’appréciation cohérents.
Il faut faire comprendre au délinquant :l’importance du délit, la chance d’avoir une autre véritable chance dans sa vie mais ne pas apparaître en tant qu’éducateur ou institution responsable comme un doux crétin ,manipulé…
Même si la manipulation doit rester une notion clé qui se retrouve dans tout travail social. Un jeune à qui on propose des mesures éducatives ou la prison dit oui aux mesures éducatives, sans avoir pour autant l'intention d'accepter les règles d'un contrat social. Tout le travail et toute l'éducation sont bien là.
Jeune assistant social pénitentiaire interne à Saint léonard en 1975, j’ai eu l’occasion pendant 6 ans d’analyser la richesse de mes naïvetés, le sens de mes combats tels que de ne plus retrouver en prison des jeunes de moins de 15 ans, de tenter que de jeunes fumeurs de H ne deviennent pas délinquants et toxicomanes…
J’ai aussi enfreint la bureaucratie administrative en écrivant des lettres à des employeurs potentiels pour que des jeunes fumeurs d’herbes retrouvent un emploi...
Ma récompense ce fut à l’époque 5H d’interrogation par la police judiciaire pour découvrir quel trafic je couvrais et un défenseur hors pair Maitre Jean Mottard décédé récemment, qui me fit passer pour Saint Vincent de Paul, ce que je n’étais pas davantage…

Le sens de la véritable réussite

Ma véritable récompense, c’est il y a quelques jours dans l’ambiance d’une soirée électorale culturelle, je me suis fait dévisager longuement… »Vous ne me reconnaissez pas, vous étiez mon assistant social à Saint Léonard. »
Ce Monsieur qui m’a présenté son épouse est un homme respectable t respecté, il avait 16 ans au moment des faits… Moi j’approche de la soixantaine aujourd’hui, cela m’a ému, lui aussi et c’est à l’aune de ces réussites là qu’il faut poser un regard sur l’évolution de la protection de la jeunesse…





Jean-Pierre Keimeul