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Bouquins

Mis en ligne le 19/08/2006

Une grande Liégeoise méconnue : Alpaïde, mère de Charles Martel


En dépit de son allure contemporaine, la phrase date de 687. Elle est adressée par Dodon, le comte d’Avroy à Pépin le Métayer : «Seigneur, vous n’auriez pas une place au palais pour ma sœur Alpaïde. Elle pourra aider votre épouse, noble dame Plectrude». Avant de répondre positivement, Pépin le Métayer jette un regard sur la jeune fille, 17 ans, longs cheveux blonds, yeux bleus prometteurs dans leur candeur. Alpaïde aide Plectrude au point de remplir à sa place, des devoirs dits conjugaux. Engrossée, elle donne naissance, en 689, à un garçon que l’Histoire retiendra sous le nom de «Charles Martel». Les faits sont relatés dans le roman historique "D'Alpaîde à Charlemagne" de Jules Lempereur et Jacques Morayns, paru aux Editions Jourdan.

Le dur métier de Lambert

A l’époque, Lambert est l’évêque régional installé à Maastricht. La situation le contrarie. Il se doit de donner à Plectrude des paroles de réconfort et d’encouragement à mener sa vie d’épouse. Il doit, par ailleurs, indiquer au peuple le droit chemin alors que leurs seigneurs n’hésitent pas à emprunter des chemins de traverse plus voluptueux. Ce soir, le 14 octobre 696, l’évêque Lambert doit se rendre au palais de Jupille où Pépin l’a mandé à un banquet donné suite au sommet judiciaire qui s’est déroulé l’après-midi à Herstal. Lorsque Lambert arrive, ses commensaux ont déjà largement entamé l’apéro. Pépin invite Lambert à bénir une nouvelle coupe de vin avant d’entamer le « festin de Jupille », Lambert refuse net d’autant que le plan de table le place entre Alpaïde et son hôte. Outré, Lambert quitte Jupille et rejoint son oratoire au pied du Publémont, à Liège. Le « festin » se transforme en «complot de Jupille» au fur et à mesure que les outres de vin se succèdent au point que les hommes ne savent plus pourquoi le lendemain, l’un doit éliminer Lambert. Ce qui est néanmoins fait. A Lambert succède Hubert d’Aquitaine qui, avant d’accepter la charge d’évêque, parvient à obtenir de Pépin, l’exil d’Alpaïde dans un couvent d’Orp-le-Grand. Une belle histoire d’amour se termine apparemment. Mais, l’amour est plus fort que le couvent. Alpaïde vit au château d’Oupeye à deux pas d’Herstal, localité dont Pépin le Métayer prend le nom.

Charles Martel, le vainqueur de Poitiers

En juillet 708, Hubert organise le retour à Liège depuis Maastricht de la dépouille de Lambert. C’est la « translation ». Liège va se développer. Passons rapidement, encore que ce soit passionnant, sur des épisodes ou s’affrontent Plectrude et celui qu’elle nomme « Charles d’Avroy ». A présent, nous sommes en février 727. L’évêque Hubert sermonne Charles qu’il accuse de séculariser les biens de l’Eglise pour payer ses guerriers. Charles n’en a cure. Il pille encore quelques monastères sur le chemin qui, en 732, le mène vers Poitiers à la rencontre d’Abd-er-Rahman. « Que voulait cet Arabe venu du fin fond de son Orient ? Envahir l’Occident en cette année 732 qui marquait le centième anniversaire de la mort de son prophète Mahomet ? (. . .) ce n’est qu’à l’aube du septième jour, un samedi de la fin de ce mois d’octobre 732, que, dès leur éveil, les Francs devinèrent que quelque chose allait se passer. (. . .) Ce n’était plus l’affrontement de deux armées, c’était l’affrontement de deux mondes, de deux symboles. D’un côté, le Croissant de l’Islam ; de l’autre, la Croix de Rome ! » On connaît la suite « et les Austrasiens reprirent le chemin du nord, le chemin de la Meuse. Charles, entouré de Caribert de Laon, de Goran d’Amay, de Waser de Kingen et de Remy de Wandre, regardait son armée qui venait de forger, sur le sol d’Occident, sa couronne royale ».

Charlemagne, enfant de l’amour

L’histoire – notre histoire – se poursuit jusqu’à la présentation devant les seigneurs par Pépin le Bref de sa nouvelle épouse Berthe et son fils Charles. Au contraire d’un Lambert, l’évêque Boniface ne bronche pas bien qu’il sache que Pépin le Bref a eu deux enfants, d’une autre Berte, «Berte la Serve». Les Austrasiens présents reconnaissent Berte et son fils Charles comme leurs «puisque cet enfant était né sur leur terre, dans un modeste moulin de la Préalle». Coupes remplies, le banquet commence : «au regard de l’histoire, Charles, fils de Pépin le Bref et futur empereur d’Occident, (. . .) venait de naître officiellement. Et cela se passait à Jupille, le lundi de Pâques, soit le 2 avril de l’année du Seigneur 742».

A quand la « géante » Alpaïde

Jules Lempereur et Jacques Morayns, auteurs de ce roman historique qui, comme tout roman, prend certaines libertés avec la réalité, ont eu l’excellente idée de joindre d’importantes « notes documentaires » relatives à l’époque. Aujourd’hui, Lambert est bien connu de Liège au point que l’an 2006 lui a été dédié sous le titre « De saint Lambert … au Pays de Liège » qui se termine le 17 septembre, jour où l’on célèbre sa fête. Mieux, la Province de Liège l’a «géantifié». Il nous paraît regrettable qu’Alpaïde ne soit pas mieux connue dans sa ville. Nous partageons l’opinion du conseiller communal Pierre Stassart. Si Pépin ne succombe pas au charme d’Alpaïde, Lambert n’est pas occis, il ne suscite pas de culte, Liège n’existe pas au septième siècle ! L’année 2007 marque le 1320ème anniversaire de l’apparition d’Alpaïde dans la vie de Pépin. Une occasion de la « géantifier». « Géantification » qui a le mérite d’amener un début de parité homme/femme au sein des géants liégeois. Actuellement, d’un côté Nanèsse et Marianne, de l’autre, Tchantchès, Nanèsse, le Commissaire Maigret, Charlemagne, Mario li Houyeu et Saint Lambert. Liège se doit de présenter Alpaïde au rassemblement de géants, le 24 mars 2007 à Mons.

- « D’Alpaïde à Charlemagne » - Roman historique 262 pages – Jules Lempereur et Jacques Morayns – Editions Jourdan, 60 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris





Pierre ANDRE