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Il y a déja

Mis en ligne le 27/07/2006

«L’après Marcinelle» et «Des hommes contre du charbon»


Ce n’est pas par hasard que cette année, le « Giro d’Italia » est parti de Liège et a sillonné pendant 4 jours les routes de Wallonie. En effet, comme vient encore de le rappeler Paul Bolland (sur la photo en compagnie de Jacques Crul, directeur de Blegny-Mine et de Jean-Jacques Stassen), gouverneur honoraire et président du Conseil d’administration du domaine de Blegny-Mine : « Cette année correspond à deux anniversaires, deux commémorations de l’histoire minière de notre pays. La première concerne le 60ème anniversaire de la signature du traité d’immigration belgo-italien à Rome le 23 juin 1946. La seconde, le 50ème anniversaire de la catastrophe du Bois-du-Cazier à Marcinelle qui fit 262 victimes (dont 136 Italiens), le 8 août 1956 ».
Comme l’explique aussi Paul Bolland : « Ces deux événements vont avoir une influence profonde sur notre vie économique, sociale et culturelle, qu’ils vont marquer de manière indélébiles pour les générations présentes et futures.

Blegny-Mine (la photo ci-contre) a tenu à ponctuer ces deux anniversaires, par deux réalisations particulières et qui s’inscrivent d’ailleurs dans l’opération lancée par la Province : « Autour du Giro - Pays de Liège ».
Il s’agit de la publication dans une nouvelle collection créée spécialement pour l’occasion, « Les cahiers de Blegny-Mine » d’un ouvrage du professeur Jean-Jacques Stassen, professeur honoraire de l’Université de Liège, inspecteur général des Mines honoraires intitulé « L’après Marcinelle ».
L’autre réalisation est la mise sur pied, en collaboration avec la Province de Liège, d’une exposition retraçant le début de l’immigration humaine de l’Italie vers la Belgique, de 1946 jusqu’à la catastrophe de Marcinelle « Des hommes contre du charbon ».

« L’après Marcinelle »

Un mois à peine après la catastrophe de Marcinelle, le ministre Jean Rey proposait au Conseil spécial des Ministres de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) ayant les mines dans ses attributions, de réunir une « Conférence sur la sécurité dans les mines de houille » en vue de réduire au maximum les risques d’accidents dans les mines de houille en mettant en commun toutes les connaissances acquises en matière de sécurité dans les 6 états membres de la Communauté.

La conférence avait deux objectifs : la protection contre le grisou et les poussières inflammables, contre les feux et incendies (en tenant compte de l’évolution des techniques, électricité, tirs, mécaniques des massifs rocheux) et également constituer un « Organe permanent pour la sécurité et la salubrité (problème de la silicose) dans les mines » qui par l’intermédiaire de la CECA serait chargé de proposer des recommandations aux gouvernements des états membres. Cet organe auquel participait le professeur Jean-Jacques Stassen allait édicter une série de règles de prévention et de précautions en matière de coup de grisou et ou de poussière inflammables ainsi que de prévention de dégagement instantanés et en matière de « Police des Mines ».
A ce sujet, ce mercredi lors de la présentation de son livre il nous dira : « C’est grâce à Jean Rey mais également à Léon Troclet que cette conférence qui s’est réunie plusieurs fois, nous a permis de faire d’énormes progrès dans ces matières. C’est ainsi que de 1958 à 1985, il a été possible de réduire les risques des explosions de 18 à 2 tués dans les mines de la CEE par 100.000 travailleurs. En ce qui concerne la silicose, le risque a été réduit à près de 2 %. Non seulement nous nous attachions à cerner les problèmes connus mais également nous trouvions des solutions pour des problèmes à survenir. Je crois d’ailleurs que ce type de démarche pourrait être fait dans des tas d’autres domaines, non seulement dans les matières industrielles mais également dans la vie quotidienne… » Et quand on lui demande pourquoi dans d’autres pays, comme la Chine par exemple où l’on connaît encore de terribles catastrophe minières il répond : « On m’a demandé d’y aller. Mais c’est terrible la manière dont il travaillent là-bas. Comme au Maroc d’ailleurs. C’est encore du Zola… »

Ayant voué une grande partie de sa vie à trouver comment on pouvait améliorer le sort de nos « gueules noirs », Jean-Jacques Stassen a aussi confié une grande partie de sa documentation au « Centre Liégeois d’Archives et de Documentation de l’Industrie Minière » (CLADIC) dont le siège est à Blegny-Mine.
Son livre « L’après Marcinelle » est une synthèse de son travail. D’une très grande richesse, à la fois par les thèmes abordés et par la philosophie qui a sous-tendu toutes les recherches entreprises, il pourrait encore être très utile et servir de base aux recherches actuelles en matière de sécurité. Par ailleurs, la richesse de sa bibliographie sera d’une aide précieuse pour ceux qui souhaitent poursuivre des recherches sur le sujet. Et l’on sait que les amateurs de tout ce qui concerne la mine et les mineurs sont encore très nombreux.
« L’après Marcinelle » sera disponible dans les bonnes libraires et on peut aussi l’acheter (15 €) au Domaine de Blegny-Mine ou se le faire envoyer (3,10 € en frais d’envoi).

« Des hommes contre du Charbon »

Une exposition sur la mine et les mineurs. Il y en a déjà tellement eu que ce n’était pas chose facile d’en imaginer une nouvelle qui puisse apporter encore un autre éclairage.

Pourtant, ce que nous avons pu découvrir mérite le détour. La scénographie imaginée par Mme Pacyna (sur la photo ci-contre) dans la salle polyvalente de Blegny-Mine, met parfaitement en relief tout ce qu’il faut savoir sur la vie de ces hommes qui sont venus du fin fond de l’Italie. Car il ne s’agit pas d’une exposition sur « toute la mine », mais sur une période bien particulière allant du 23 juin 1946 (signature des accords Minatori – carbone ») jusqu’à la tragédie de Marcinelle le 8 août 1956.
Panneaux, photos, articles de presse, œuvres d’arts, objets de culte et autres, permettent de cerner ce que fut la vie de ces milliers d’immigrés qui un beau matin ont débarqué en gare des Guillemins. Comment ont-ils été logés ? Comment ont-il appréhendé le travail du fond qui pour eux constitua un véritable choc et dont la première descente dans la mine constituait un rite quasi initiatique pour ces travailleurs venus d’un pays de soleil…et souvent d’origine rurale.

On y verra aussi comment se sont faites les relations avec les habitants qui étaient parfois tintées d’incompréhension et de préjugés. Mais aussi comment les mécanismes d’une culture ouvrière synonyme d’une véritable solidarité entre mineurs de toutes nationalités se sont mis en place.
Une place importante est évidemment donnée à la tragédie de Marcinelle qui a en quelque sorte permis, par l’angoisse et la douleur partagée, que ces Italiens soient considérés comme faisant partie intégrante de la société belge.
L’exposition tente également de définir les notions de nationalité et de citoyenneté dans l’histoire et d’appréhender ce que ces deux notions représentent actuellement. Ce sera d’ailleurs le thème des «Journées du Patrimoine 2006 ».
En conclusion, pour les anciens, ceux qui ont connu, dans les années 50-60, ces mineurs italiens, c’est une très belle et très émouvante page de mémoire. Pour les plus jeunes, c’est une très utile page d’histoire à savoir, à connaître. C’est en tout cas un fameux hommage à ceux-là qui l’on bien mérité.

En pratique

On y trouve des documents provenant de l’IHOES (Institut d’Histoire Ouvrière et Sociale) de Jemeppe, du Fonds Robyns-Desarcy et l’on doit savoir que Mme Pacyna a pu compter sur l’aide de MM. Rocco de Primis, Paul Christophe, Bruno Guidolin et Laurent Weytjens ainsi que celle de la Confrérie des « Maîsses Houyeûs dè Payis d’Lîdje »
Avec l’aide également de la Province (Service des expositions et Régie des bâtiments), du Musée de la Vie Wallonne et de la Fédération du Tourisme.

« Des Hommes contre du charbon », exposition accessible du vendredi 28 juillet au jeudi 31 août de 13 à 18 h et de 9 à 18 h (pour les groupes (sur réservation) jusqu’au dimanche 17 septembre.
Les visites individuelles sont gratuites (textes en français, néerlandais et italien). Les visites guidées : 38 € par groupe maximum de 25 personnes.
Les 9 et 10 septembres dans le cadre des « Journées du Patrimoine visites guidées gratuites en français à 10 h, 11h30, 13h30 et 16 h30.
Pour renseignements complémentaires : domaine@blegnymine.be. Site Internet : www.blegnymine.be





Gaston LECOCQ