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Il y a déja

Mis en ligne le 24/07/2006

1936-2006 Il y a 70 ans… Les congés payés : une conquête sociale


Juillet, août, le temps des congés payés, de l’envol avec un charter, d’une voiture chargée plein coffre, d’un train et des valises à quai…. Pour une partie de la population mondiale et la plus grande partie de la population européenne.
Il y a ceux qui restent à la maison, font des excursions, en profitent pour se retrouver autour d’un barbecue d’amis.
Nous le devons entre autre à un petit monsieur, grand homme politique, Léon Blum… Au temps du Front populaire comme le chanta Michel Sardou…

Qui se souvient que cela démarra en juin 1936 dans une atmosphère politique enfiévrée, de grèves d’usines (photo gève au Galeries Lafayettes), le front populaire et Léon Blum avaient gagné les élections en France. C’est bien son gouvernement qui créa les congés payés.
La classe ouvrière découvrirait la mer pour la première fois. En France on appela cela les "Accords de Matignon".
En Belgique, il avait suffit que Paris « s’enrhume « pour que la classe ouvrière belge éternue. Le 20 juin 36 les français avaient leurs congés payés, 12 jours. Le 9 juillet les travailleurs belges l’avaient sur fond de grève « sauvage » déclenchée par les dockers d’Anvers et les métallos et mineurs liégeois…. 600.000 travailleurs en grève avec l’appui des syndicats socialistes et chrétiens. A noter aussi la montée du rexisme et des gains électoraux importants du parti communiste belge au détriment du POB…

Un anniversaire quelque peu occulté

Une belle histoire qui selon l’OIT, Organisation Internationale du Travail concerne aujourd’hui 4 milliards de personnes. Les Chinois ont eu leurs premiers congés payés à la veille du 21ème siècle, en 1999, droit à une semaine…

Un « chômeur » aujourd’hui en Belgique a ses 24 jours de congés payés, dans la logique du droit des travailleurs et c’est très bien ainsi…
Rappelons une fois encore que notre sécurité sociale actuelle a été bâtie par la résistance en 1944 et que la notion de congés payés annuels fait force de loi depuis 1951 seulement.
La troisième semaine des congés payés sera votée en 1963, la quatrième en 1975. Entre 1947 et 1970, « le pécule de vacances » est doublé.
Cet anniversaire très symbolique des congés payés, nous en sommes à ses 70 ans déjà, même en France n’a pas eu le retentissement qu’il aurait pu avoir. Car avec les congés payés c’est aussi la reconnaissance des 40 heures semaines qui est entérinée politiquement.

Campagne pré électorale, mondial de foot ?

Seule l’Huma quotidien du PCF a mis le paquet sur ses archives et met en place une très belle exposition, objets, couleurs, sons, très didactique, avec reconstitution de cour d’usine, qui se verra à la Courneuve en septembre à la Fête de l’Humanité.

Une exposition qui souligne que la France entre 1936 et 1947 passe « d’un droit social infirme à une ébauche de démocratie sociale » Une émotion avec les photographies de ceux que la bourgeoisie appelait « les salopards en casquettes »
En Belgique, c’est un peu le même tempo. Quelques bons « papiers » de fond dans la Libre Belgique, le journal des Mutualités chrétiennes en marche. Pas de numéro spécial avec photos de l’époque…
Pourtant c’était aussi émouvant chez nous. Tout le tourisme social, les auberges de jeunesses, les centres de vacances des mutuelles ont pu se développer avec cette loi des congés payés bien ancrée aujourd’hui dans notre sécurité sociale.

Chez Hachette côté français vient de sortir un très beau livre de 192 pages intitulé tout simplement « Les congés payés » par Anne Kriegel
Evidemment tout ne s’est pas fait par magie, un matin de manif quand le cortège de la SFIO à Paris, rejoint celui de la CGT. La revendication des congés payés a toujours été une revendication ouvrière, particulièrement dans les secteurs lourds de la production.
Dès 1904 la notion de « congé annuel » fait partie des revendications ouvrières. En Belgique est repoussé un premier projet de loi dans ce sens en 1929.

« Les lundis perdus »

Revenons à la Belgique. Avant 1936 que se passe-t-il ? Il y a une forme de résistance anarchique du milieu ouvrier qui brosse souvent les lundis. Cela avait un nom : «les lundis perdus » Certains secteurs industriels appliquaient un paternalisme intelligent. C’était le cas dans le secteur des briqueteries dans les années vingt. Les ouvriers pouvaient obtenir entre 3 et 6 jours de congé. En 1925 ? Edouard Anseele ministre octroie 8 jours de congé aux cheminots…

Mais c’est bien 1936 le véritable détonateur d’une vie qui tout à coup devient différente. Cette année là, l’idée d’être payé à ne rien faire, comme le bonheur est une idée neuve. C’est tout autant une montée en flèche des droits sociaux, surtout en France et la mise au pas momentanée d’un patronat de droit divin. La sécurité dans les usines est mieux prise en compte, apparaissent les assistantes sociales d’entreprises…
Les mentalités changent comme le raconte un ouvrier toulousain retraité à un journaliste de l’Huma : « un dimanche matin, je prends l’air sur une chaise devant chez moi, mon patron passe, on bavarde et il me dit : « j’ai laissé ma voiture là bas, tu serais gentil si tu as un moment, de la laver ».
Je lui ai répondu : « excusez moi monsieur, mais ce n’est pas prévu dans la convention collective » Les ouvriers font la conquête de leur espace privé. Ce premier bonheur de se sentir chez soi, d’entretenir son jardin…
Le patronat prendra sa revanche sous le régime de Vichy en France et sous l’aile de l’occupation allemande en Belgique. (1)

Aujourd’hui le malaise du sex and sun

En 2006, tout le monde ne part pas en vacances. 4 personnes sur 10 en Belgique ne partent pas. Même si certains partent trois fois l’an. Les « all inclusive » ont la côte dans des pays qui développent leur infrastructures hôtelières, notion développée début des années « soixante » pour un milieu plus huppé.
Le soleil et le sexe bien davantage qu’un tourisme culturel et de découverte des gens du pays « massifie » les vacances, recrée de fait d’autres différences. Les voyages écologiques et humanitaires ne sont pas à la portée de tout le monde et le tourisme social, rappelons nous les colonies de vacances, manque de renouvellement et ne fait plus rêver…

Hier : une ascension sociale, l’accès à l’interdit

Danielle Tartakowsky professeur d’histoire à Paris VIII, revient sur le contexte de la loi des congés payés. (2)

" C’est un contexte de crise économique mais aussi du développement du taylorisme et du travail à la chaîne. C’est aussi une ascension sociale, car les congés existaient déjà pour les fonctionnaires et les employés. Victoire électorale de la gauche, occupation d’usines en grève en juin et les congés payés sont là… En juillet on rend visite à des parents éloignés, c’est la découverte de la mer, d’un monde considéré « comme interdit » Ceux qui partaient déjà en vacances avaient l’impression d’être dépossédés de leur plage."
A Paris, les bords de Seine ont leur plage artificielle tout comme à Bruxelles sur le canal ou à Liège place Saint Lambert. En 1936 les parisiens dansaient en bord de Marne…

(1) « L’an 40 » de José Gotovitch
(2) « L’avenir nous appartient, histoire du front populaire » Chez Larousse. Danielle Tartakowsky et Michel Margairaz





Jean-Pierre KEIMEUL